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CHAPITRE VI

L'ÉTUDE DES SYMPTOMES OU SÉMIOLOGIE STATISTIQUE (Suite).

La détermination par comparaison d'un état social : malaise ou bien-être. — Objectivité précise de la recherche. — L'indice totalisateur. — Météorologie économique. — Le baromètre de M. de Foville. — Méthode de M. Neumann-Spallart. — Il fait porter ses investigations sur plusieurs pays. — Un véritable inventaire. — Choix des indices. — Groupe des indices de production. — Groupe des indices correcteurs. — Les indices de consommation. — Les indices moraux. — Combinaison de ces indices. — Réduction à une unité pour comparaison. — Causes d'erreur de cette méthode. — Index numbers. — Exposé du système. — Sa valeur très relative. Critiques dont il est l'objet. — Pour étudier les variations des prix. — Causes d'erreurs. — Difficulté des corrections. — Autre procédé : les estimations des valeurs en douane prises comme indices : MM. E. Levasseur et A. de Foville.

Le but poursuivi, lorsqu'on étudie les symptômes du bien-être ou du malaise d'une société, de l'état de l'atmosphère ou la situation de santé d'un être vivant, n'est pas toujours la recherche d'un trouble, d'un phénomène pathologique très accentué. Le phénomène pathologique de cette espèce se décèle souvent par un fait anormal dont le caractère, s'il est nettement tranché, peut être un indice unique, révélateur non seulement d'un trouble en général mais encore d'un trouble déterminé affectant un élément ou quelques éléments spéciaux et détruisant ou l'équilibre total, ou une partie de l'équilibre du système observé.

Liesse. 8

Mais les modifications qui surviennent dans un système social, dans la santé des êtres vivants, dans l'état de l'atmosphère, ne sont pas toujours des ruptures complètes d'équilibre. Il est des oscillations dont l'amplitude, par exemple, ne déplace pas suffisamment le centre de gravité d'un corps pour lui faire perdre l'équilibre. Ce sont ces oscillations, marquant des différences en plus ou en moins, c'est-à-dire des tendances, dont il est parfois utile de connaître la direction et l'intensité. Aucun des éléments de la stabilité ne présentant seul une modification susceptible d'éveiller l'attention ou, tout au moins, n'offrant pas une variation capable d'être mesurée et d'influer sur tout le système, c'est à l'indice totalisateur, à la coordination de tous les éléments constitutifs de ce système, qu'il faut demander compte de l'état général sur lequel on entend faire porter l'investigation. Tous ces éléments, par exemple, peuvent apporter chacun une petite cause de dépression qui, en s'ajoutant aux autres réunies, constitue une action totale très appréciable. Il est rare, sauf en certains cas et bien qu'il existe entre eux une solidarité théorique, que tous ces éléments agissent dans le même sens. On en fait donc la somme algébrique et le résultat ainsi obtenu donne la tendance cherchée.

S'agit-il de mesurer, par rapport à une époque antérieure, l'état économique d'un pays, du point de vue du bien-être? Après avoir défini, avec soin, ce que l'on entend par « bien-être », on réunira les données par lesquelles se manifeste cet état. On rapprochera des éléments comme ceux-ci : les importations et exportations ; les recettes et le tonnage des chemins de fer et de la navigation ; la production et consommation de la houille ; le rendement des divers impôts ;

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le mouvement des banques ; les émissions de valeurs, les ventes d'immeubles, etc. ; et aussi une série spéciale de phénomèmes d'ordre pathologique, comme les faillites, les engagements au Mont-de-Piété, les suicides. Nous reviendrons nécessairement sur ces derniers éléments, en raison de leur nature particulière et de la place à leur assigner dans l'ensemble des symptômes réunis sous le nom d'indice totalisateur. Car c'est bien un indice totalisateur que celui qui est la fusion de tous les effets observés. Cet indice ne vaut pas plus par lui-même, in abstracto, que l'indice unique. Tout dépend, dans l'emploi de ces deux procédés, de l'esprit scientifique et de l'ingéniosité de l'investigateur. Ce sont des instruments assez imparfaits pour le maniement desquels il faut un tour de main spécial.

L'usage de l'indice totalisateur n'est pas nouveau. On s'en est servi longtemps avant qu'il portât ce nom. MM. Dudley-Baster, Stanley Jevons, Leone Levi, GifFen, etc., en Angleterre ; Soetbeer, Engel, Neumann- Spallart en Allemagne et plusieurs autres statisticiens aux États-Unis parmi lesquels M. Edw. Atkinson, se sont livrés à des recherches de cette nature. Mais déjà, en vue d'établir des comparaisons de prix et de mesurer les variations de leur niveau, sir G. Evelyn avait réuni pour la Grande-Bretagne, à la fin du xvme siècle, un grand nombre de données ou d'indices dont il tirait un indice général. M. de Foville signale aussi un auteur, Scipion de Grammont, comme ayant dès 1620, appliqué ce système1. Nous décrirons, plus loin, les combinaisons compliquées, et assez logiquement échafaudées par M. Neumann-Spallart, en vue de mesurer

i. V. Nouveau Dict. d'écon. polit. (Guillaumin). Art. Prix.

l'état économique, puis l'état social, enfin l'état moral d'un peuple — ambition légitime du reste, mais bien trop vaste pour être réalisée sérieusement. La méthode de M. Neumann-Spallart nous paraît représenter le type le plus complet des procédés employés pour constituer l'indice totalisateur; aussi entrerons-nous à son égard, dans quelques détails. Il est intéressant toutefois de signaler auparavant, dans ce genre d'investigation, un procédé fort ingénieux de M. de Fo ville et qu'il a caractérisé en lui donnant le nom bien approprié de météorologie économique1.

C'est, en effet, des fluctuations semblables aux fluctuations de l'atmosphère que celles qui se font sentir dans le domaine économique. Les affaires vont bien un temps, moins bien ensuite, comme il est des jours où il fait beau et d'autres où le temps est mauvais. Le ciel économique, comme le dit très justement M. de Foville, a, aussi lui, ses vicissitudes. Pour mesurer les variations des éléments atmosphériques, on se ser d'instruments enregistreurs tels que les baromètres, thermomètres , hygromètres , anémomètres , pluviomètres, etc. Nous n'avons point, dans Tordre économique, des instruments de cette espèce. Cependant, les phénomènes et leurs variations peuvent aussi être notés mais d'une autre manière. On arrive même à constater, non seulement les crises, les tempêtes, mais aussi des fluctuations de moindre importance. Pour cette fin, on utilise des données statistiques portant sur toutes les manifestations de l'activité économique. Ces indices sont plus nombreux qu'autrefois, puisque cette activité économique s'accroît chaque

i. Gonsult. la communicat. faite à la Société de statist. de Paris, 18 avril 1888.

jour en prenant des formes multiples et nouvelles. A chacune d'elles, correspond un indice d'importance symptomatique plus ou moins grande. Ces indices sont, suivant une image de l'auteur, comme des bateaux sur un fleuve : les uns vont à la vapeur, d'autres à la voile, d'autres à la rame ; quelques-uns peuvent paraître immobiles. En les observant avec soin, dans leur nature, dans leur forme et leur marche, on arrive à découvrir, avec une approximation relative, leur direction d'abord, ensuite, la puissance et la vitesse du courant qui les entraine. Tous subissent, en effet, la pression de l'eau, l'action du vent. S'ils ont chacun une indépendance apparente, aucun de ces bateaux n'échappe aux forces générales sous l'influence desquelles il évolue. C'est bien l'idée sur laquelle repose le symptôme composé , appelé indice totalisateur. Voyons maintenant en quoi consiste l'originalité du procédé de M. de Foville.

Le cadre de l'enquête, à vol d'oiseau, entreprise par M. de Foville, est très large. Il a réuni beaucoup de témoins indices. Ils appartiennent à toutes les catégories de statistiques économiques et sociales : il a fait appel aux statistiques financières, industrielles, commerciales, judiciaires et démographiques. Toutes paraissent bien être, en effet, en corrélation certaine — quoique variable en direction et en intensité — avec la prospérité générale du pays observé. Mais il ne fond pas, dans un chiffre final, impersonnel, où ils perdraient toute individualité, ses témoins indices. Et c'est là qu'est le côté réellement original du procédé. Une ingénieuse représentation graphique lui permet d'offrir des résultats d'ensemble, en conservant, si "l'on peut s'exprimer ainsi, la déposition de chacun des témoins appelés par lui. Chaque témoin ou élément

consulté dans les chiffres de ses résultats, est représenté par un ruban coloré. Chaque donnée de l'élément est mesurée, suivant son indication symptomatique, par des nuances : une bonne année est représentée par un carré rouge ; une assez bonne par un carré rose ; une médiocre par une teinte demi-deuil ; une mauvaise par un carré noir. C'est, on le voit suivant l'importance des taches faites par les diverses nuances dans l'ensemble du graphique, que l'on juge de la situation générale révélée par ces symptômes.

L'auteur n'a pas eu la prétention de donner là un instrument de précision et il a été lui-même au devant des objections pour éviter tout malentendu. Il est des éléments ou témoins indices dont les chiffres en croissant traduisent un état de prospérité alors, qu'au contraire, d'autres révèlent un état de régression. Ces derniers représentent, pourrait-on dire, des témoins à charge ; ils sont d'un ordre négatif, comme les suicides, les faillites, les engagements au Mont-de-Piété, les condamnations, etc. Dans les années mauvaises, leurs taches noires prennent naturellement beaucoup d'importance. S'il s'agit au contraire des symptômes révélateurs de l'activité économique, si l'on envisage les chiffres des productions diverses, du commerce, des successions, etc., les mauvaises années sont celles qui voient le chiffre fléchir. Parmi ces éléments témoins, il en est dont les variations ont des amplitudes en moins et en plus, oscillant autour de chiffres qui, sans être fixes, se modifient, comme les émissions de valeurs financières, le cours des rentes, etc. D'autres éléments au contraire n'ont guère ou ne peuvent avoir de variations en sens régressif; car ils présentent une tendance à croître. Alors, les mauvaises années se manifestent seulement par le ralentissement de leur progression.

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Parmi ceux-ci se trouvent les réseaux de chemins de fer. ils ne peuvent, en effet, diminuer qu'en cas de mutilations territoriales, etc.

On peut certes discuter sur les combinaisons que présentent les trente-deux éléments ou variables choisies par M. de Foville. Chacun appréciera ïa valeur symptomatique de chaque élément, suivant les tendances et la nature de son esprit. Il y a, dans ces éléments, des indices qui traduisent des résultats plus ou moins décisifs de la prospérité nationale. Ainsi, bien que les indices d'ordre financier aient une importance sémiologique très grande, certains d'entre eux ne sont pas tous d'une égale valeur. M. de Foville a fait lui-même remarquer qu'il n'y a pas toujours eu, par exemple, concordance entre les phénomènes économiques proprement dits et les résultats financiers en ce qui regarde la Banque de France. Cet établissement, avec les garanties qu'il demande à ses clients, ne se trouve pas dans les mêmes conditions que les maisons de crédit privées qui, elles, reflètent, bien plus, les phases diverses « de la bataille des intérêts ». Il ne faut pas demander du reste au procédé de M. de Foville plus qu'il n'a voulu en tirer lui-même. Son but était de trouver un moyen d'approximation très large et un procédé très simple. Il n'a pas même essayé d'utiliser les coefficients différentiels ou coefficients d'importance des éléments témoins employés. Son procédé, ingénieux par la disposition graphique qu'il a su trouver, a ce mérite de ne pas aboutir à une moyenne brutale et d'être un excellent exemple de la complexité de pareils problèmes l. Avec ce graphique,

1. M. le Prof. Benini a repris, sur ce sujet, l'essai de M. de Foville en l'appliquant à l'Italie.

on ne perd pas de vue chaque élément témoin ; ils sont tous là, présents, alignés en ordre, pour rappeler à la réalité des choses. Il montre que certains témoins indices précèdent les autres dans la venue soit d'un état de prospérité, soit d'un état de régression. A certains moments enfin, tous les symptômes ont une marche égale et, lorsque Ton considère un ensemble portant sur un grand nombre d'années, l'isochronisme des oscillations apparaît dans une large généralité. Il serait imprudent, pour ces raisons, de pousser trop loin le nombre des nuances. La confusion alors se ferait sentir. D'ailleurs il faut toujours déterminer un peu arbitrairement les données extrêmes et aussi leurs nuances. C'est sur ces bases qu'est construite l'échelle des couleurs. Il y a là évidemment des causes d'erreurs inhérentes à la confection de cette échelle, mais il faut choisir celle qui donne les résultats d'ensemble très apparents, les seuls que l'on puisse obtenir en pareil cas et que recherchait M. de Foville. Essayer de donner à chaque symptôme par rapport aux autres un poids ? c'est-à-dire son degré d'importance, ce serait introduire dans le graphique une confusion qui enlèverait au système sa qualité première, la simplicité.

Cette application de l'indice totalisateur, pour originale qu'elle soit, est loin d'être une application intégralement logique du système. C'est à M. Neumann- Spallart que l'on doit la description la plus complète de cette méthode1. Lui aussi a voulu résoudre un pro-

i. Il Ta exposée devant l'Institut international de statistique. Consulter le Bulletin de VInslit. internat, de statist,, 1887, t. 11, p. 150.

On a, depuis lui, donné une extension plus large encore aux

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blême d'ensemble, en s'efforçant de comparer l'état économique de plusieurs nations. Il a étendu ses recherches à cinq pays de l'Europe occidentale : la Grande-Bretagne, la Belgique, la France, l'Allemagne et l'Autriche, puis aux États-Unis de l'Amérique du Nord, pensant avec raison que ce sont les pays où les variations de l'état économique se manifestent avec le plus d'intensité.

La première partie de son travail consiste dans le choix des symptômes ; il s'attache à découvrir ceux qui, dans l'extension économique, dénotent une marche ascendante. Ce sont les grandes industries productrices spéciales à chaque pays. Mais faut-il encore déterminer celles que l'on prendra pour symptômes. M. Neumann-SpalIart a pensé que ce sont les industries qui occupent le plus grand nombre d'ouvriers, ou dans lesquelles sont engagées les plus grandes masses de capitaux. Il se trouvera donc ainsi, parmi les symptômes observés, des industries communes à tous les pays dont il s'agit, et d'autres qui seront spéciales à quelquesuns de ces pays. L'auteur, suivant cette règle, arrive à construire un premier tableau de symptômes que voici:

combinaisons que peut permettre la recherche d'un indiee totalisateur. 11 y a une quinzaine d'années environ, M. le Dr Tylor a exposé, devant l'Institut anthropologique de la Grande- Bretagne et de l'Irlande, la méthode statistique ayant trait à l'observation du développement des institutions. Les faits relatifs aux mœurs, aux coutumes, les règles particulières à chaque pays, sont classés par nature en des tableaux spéciaux de façon à indiquer les concordances ou les rapports de coexistence de chacun d'eux. Si les concordances l'emportent sur les cas de différence on en concluerait qu'il y a connexion de causes entre les deux faits ou les deux coutumes. Cette méthode n'est, en réalité, que la méthode de comparaison et de rapprochement sur laquelle Mill s'est fort étendu dans sa Logique.

GRANDE-BRETAGNE

FRANCE

ALLEMAGNE

Protluct. de la houille, lndustr. sidcrurg.

Cotonnades.

Laines.

Prod. houille.

Fonte.

Soie.

Ensemble des industr. textiles.

Prod. houille.

Fonte.

Cotonnades.

Brasseries.

AUTRICHE

BELGIQUE

ÉTATS-UNIS

Product. houille.

Fonte.

Brasseries.

Lin et jute.

Product. houille.

Fonte.

Fahric. d'armes àfeu.

Verres, cristaux.

Zinc.

Houille.

Fonte.

Cotonnades.

Laines.

Il utilise les chiffres tels qu'ils lui sont offerts par les statistiques de production des différents pays. Une les modifie point à l'aide de coefficients différentiels employés quelquefois pour donner à chaque élémentsymptôme, son importance relative. Il y a renoncé en raison de la difficulté de déterminer ces coefficients. L'arbitraire a, en effet, trop souvent une part très grande dans leur établissement. Chacun de ces symptômes pèse donc un même poids. Mais ce n'est pas tout. Ce groupe primaire et purement économique des symptômes ne saurait satisfaire l'esprit. Il ne donne pas toujours, à lui seul, Fétat de bien-être, ou de prospérité d'un pays. Il se peut, par exemple que l'accroissement de la production soit dû à des poussées de spéculation sans frein, dont les conséquences seront, demain, mauvaises et provoqueront une crise désastreuse. L'état stationnaire ne décèle pas toujours, non plus, un état de stagnation; ce peut être une période de recueillement et d'épargne. M. Neumann-Spallart

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introduit donc un groupe d'indices correcteurs, choisis parmi les symptômes de l'intensité du commerce intérieur et extérieur. Il forme une seconde série d'éléments économiques qu'il dispose ainsi, pour chaque pays, dans le tableau suivant :

GRANDE-BRETAGNE

FRANCE

ALLEMAGNE

Nombre des voyageurs par kilom. de chemins de fer.

Id., des tonnes de marchandises.

Mouvement de la navigation

maritime.

Clearing house.

Commerce extérieur.

Mêmes éléments,

excepté le clearing

house.

Mêmes éléments,

excepté le clearing

house.

AUTRICHE

BELGIQUE

ÉTATS-UNIS

Trafic des chemins de fer.

Navigation maritime.

Commerce extérieur.

Mêmes éléments que pour l'Allemagne.

Mêmes éléments que pour l'Angleterre.

Suivant M. Neumann-Spallart, ces deux éléments, la production et le commerce, se corrigeraient. Si tous les deux sont en bonne marche, on se trouve dans une période prospère; s'ils sont, au contraire, restreints et fléchissent à la fois, c'est une époque de dépression. Ils n'apportent point, encore, au regard de l'auteur, des symptômes suffisants pour mesurer le bien-être d'un pays. Ils sont des manifestations d'un état économique prospère, mais d'un état matériel. M. Neumann-Spallart, ému par les objections de cet ordre, a voulu pousser plus loin son investigation. On voit déjà combien délicates et ardues sont les recherches de cette espèce puisque l'on arrive à étendre ainsi, et de

façon fort indéterminée, l'objet de l'observation. Qu'entendre par bien-être ou état de prospérité? Limiterat-on les constatations à opérer aux symptômes extérieurs, nettement accusés par des faits indiscutables en admettant que ces faits matériels soient bien observés et traduits par les chiffres recueillis? Ouessaiera-t-on d'y joindre des faits d'une autre nature relevant de la psychologie et, pour cette cause, présentant des indéterminations impossibles le plus souvent à corriger? Les faits économiques, résultats matériels de la production ou de la consommation des richesses, accusent une augmentation ou une diminution de cette richesse. La mesure du bien-être, envisagée de ce point de vue, n'a trait qu'au bien-être matériel. Sur ce terrain — en admettant que le statisticien ait réuni des observations vraies et des renseignements dont les erreurs ne sont pas trop considérables — on peut évoluer avec quelque probabilité de ne pas se tromper. En est-il de même lorsqu'on aborde l'analyse d'éléments spéciaux relevant avec des corrélations plus ou moins étroites, en tout cas fort variables, de la psychologie de l'homme? Le problème trop vaste n'est pas de solution toujours facile, et l'on entre dans un domaine nouveau, oùla prudence, le savoir et l'ingéniosité avertie doivent être les qualités maîtresses du statisticien. Est-ce à dire qu'il doive renoncer à explorer ces régions dont la topographie est assez mal établie encore? Assurément non. Les économistes, qui, à notre avis, ont, les premiers, en cherchant les mobiles sous l'impulsion desquels l'homme travaillait et dirigeait sa vie économique, apporté les éléments fondamentaux d'une psychologie positive, ne peuvent se désintéresser de ces recherches. Le point important est de les mener à bien. Quételet a été, parmi les statisticiens attachés aux in-

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vestigations de statistique morale, l'un des plus éminents. Les études de cet ordre faisaient la base de son système philosophique. Il a exercé à cet égard une forte influence sur le développement des statistiques de cette espèce. M. Neumann-Spallart a subi, comme tous les statisticiens, l'empreinte du savant belge. Il ne veut pas confondre l'état économique avec l'état social, et même il prétend, avec raison, qu'il est encore un état moral dont il faut tenir compte. Toutes ces distinctions analytiques, sur la valeur et l'opportunité desquelles nous reviendrons, l'ont engagé dans une voie assez tortueuse. Il a donc été amené à construire un troisième tableau de symptômes qu'il appelle groupe économique social ; le voici :

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