‹ La statistique, ses difficultés, ses procédés, ses résultatsChapitre 17 sur 40 · ANGLETERRE · texte numérisé non relu

ANGLETERRE

FRANCE

ALLEMAGNE

Consommât, de certaines denrées alimentaires.

Boissons.

Dépôts des Caisses

d'épargne.

Émissions.

Nombre de joint — stock banks. Émigration.

Faillites.

Consommation du

tabac.

Dépôts des Caisses

d'épargne.

Émigration.

Faillites.

Consommation de

la bière.

Assurances sur la

vie.

Émigration.

Émissions.

Faillites.

AUTRICHE

BELGIQUE

ÉTATS-UNIS

Consommât, du café.

Dépôts des Caisses

d'épargne.

Fondât, de Sociétés

par actions.

Émissions.

Faillites.

Gonsomm. du café et du tabac.

Dépôts des Caisses d'épargne.

Émigration.

Faillites.

Gonsomm. du thé et du café.

Gonsomm. de spiritueux.

Dépôts des Caisses d'épargne.

Immigration.

S'il est dans ce tableau des symptômes communs aux pays observés, il en est d'autres spéciaux à chaque pays et particulièrement dans Tordre des consommations. Ceux-ci peuvent avoir en certains cas une très grande valeur sémiotique, mais il est prudent, pour les utiliser, de bien veiller à l'influence qu'ont sur eux les régimes fiscaux de chaque pays. Il s'agit en effet d'objets de consommation comme le thé, les boissons spiritueuses, le café, le tabac. Le remaniement des impôts qui les frappent, Faction plus ou moins rapide de l'incidence de ces impôts, du « classement » des charges après une réforme même de détail, apportent de grands troubles dans l'importance de ces symptômes. Ils sont du reste positifs ou négatifs: indices de prospérité ou de recul, suivant qu'ils appartiennent à la catégorie des faits dont l'accroissement est considéré comme un signe de bien-être ou à celle des faits dont l'augmentation traduit au contraire une régression. Ici, les dépôts des caisses d'épargne rentrent dans la première catégorie ; les faillites appartiennent à la seconde. On se trouve encore en face des mêmes difficultés de notation et d'appréciation que celles signalées plus haut dans le diagramme de M. de Foville.

Enfin, pour l'état moral, M. Neumann-Spallart a repris les éléments déjà employés par Quételet et Guerry ; ce sont :

1° La fréquence des mariages ;

2° La natalité ramenée à l'année de la conception ;

3° La natalité illégitime en rapport avec le nombre total des naissances ;

4° Les suicides ;

5° La criminalité contre les personnes et les propriétés.

L'ÉTUDE DES SYMPTOMES

Ces éléments peuvent, presque tous, pour les pays européens, être trouvés dans les statistiques. A l'époque — 1887 — où M. Neumann-Spallart faisait la communication, dont nous nous occupons, il constatait l'impossibilité de les déterminer pour les États-Unis.

Toute cette première partie du système échafaudé par le savant statisticien est le choix des symptômes. C'est une besogne délicate, il est vrai, mais au cours de laquelle l'esprit critique peut se manifester et amener une sélection rationnelle de ces symptômes. La seconde partie du travail est relativement beaucoup plus ardue, car il s'agit de traduire numériquement des faits séparés par leur propre nature et dont les unités différentes ne sauraient être réduites en une expression identique et homogène. Les chiffres absolus sont là comme des hiéroglyphes indéchiffrables. Fondre, dans une expression finale, des tonnes de fonte, le nombre des voyageurs de chemins de fer et celui des criminels, est bien une entreprise vaine. M. Neumann-Spallart a essayé de tourner la difficulté en réduisant ces chiffres absolus en chiffres relatifs. L'opération n'est pas simple. L'auteur s'est rapidement aperçu que le point de départ de ces réductions devait être fixé de façon différente. Certains phénomènes se reproduisent avec une régularité relative, alors la moyenne des observations exprime le type même du phénomène ; il en est ainsi pour les naissances, les suicides, et à d'autres égards, pour les faillites, les émigrations. D'autres phénomènes, ayant des causes de variations indépendantes pour une part du mouvement général, varient en hausse et en baisse suivant leur nature. Il s'agit ici des chiffres de la production et du commerce.

Pour ces derniers, M. Neumann-Spallart a ^met que

leur accroissement répond logiquement à une augmentation de bien-être puisqu'ils indiquent une augmentation de besoins. Il a pris la première année de l'époque observée comme base. Il Ta faite égale au nombre 100. Puis — suivant la méthode adoptée à l'égard des index numbers des prix — les chiffres absolus des années suivantes sont calculés proportionnellement à cette première année représentée par le nombre 100, point de départ de cette succession de chiffres. La différence entre le chiffre relatif qui est attribué à la première année, et celui de la dernière année d'une époque exprime l'augmentation en tant pour 100. En divisant ce chiffre parle nombre des années écoulées on arrive à la moyenne de cette augmentation en chiffres de l'index. En comparant la valeur propre de chaque année à la valeur normale, on peut ainsi déterminer le caractère de chaque année et on en trouve l'expression dans la différence qui apparaît entre son chiffre et la moyenne.

En supposant que l'on ait à sa disposition, pour tant de pays, pour les six nations choisies par l'auteur, des statistiques acceptables, on aperçoit facilement quelles transformations profondes leur font subir ces calculs de moyennes superposées, d'autant plus que le système des coefficients d'importance, donnant à chaque indice ou symptôme sa valeur propre par rapport aux autres, est écarté comme trop complexe dans l'établissement de ces chiffres. La matière première qui est, ici, l'observation initiale, déjà entachée d'erreurs originelles, se trouve changée jusque dans sa nature, par ce laminoir, inexorable aux différences caractéristiques, qu'est le calcul de la moyenne arithmétique.

Pour les phénomènes dont l'accroissement des chiffres ne peut être interprété comme une augmentation

L'ÉTUDE DES SYMPTOMES

de bien-être, M. Neumann-Spallart a construit sa moyenne en additionnant les chiffres observés et en divisant cette somme par le nombre d'années de la période envisagée. Il a donné à cette moyenne la valeur initiale 100 et calculé pour chaque année sa valeur en comparaison avec cette moyenne.

Dans les deux cas, la nécessité de ramener tous ces chiffres à une unité qui facilite les comparaisons a conduit le savant statisticien à une sorte d'interprétation égalitaire des phénomènes. Le but cherché a quelque peu fait oublier le point de départ. A mesure que Ton s'éloigne des faits bruts en essayant de les simplifier, on tend à perdre la notion des réalités, comme l'on perd la notion des distances à mesure que Ton s'élève dans l'espace. M. Neumann-Spallart a donc porté tout d'abord ses investigations sur chaque pays séparément; puis il adressé des tableaux collectifs. Il n'y est arrivé, a-t-il dit, qu'après des calculs « très pénibles » et on le conçoit aisément. Ces tableaux collectifs contiennent des coefficients proportionnels à chaque pays et montrent groupe par groupe le développement de chaque élément de l'état économique social et moral de chaque pays. Il a même été plus loin. Il a tiré des moyennes pour le groupe entier et dressé des tableaux synoptiques de chaque pays. Il a enfin établi des moyennes pour les six pays observés et a obtenu des chiffres fort simples, qui signalent la marche générale des affaires et les grands changements intervenus pendant la période de 15 ans considérée, o'est-à-dire allant de 1871 à 1885.

Nous avons tenu à donner, avec quelques détails, la méthode préconisée par M. Neuman-Spallart pour montrer par un exemple complet en quoi consiste l'établissement de l'indice totalisateur. On ne peut refuser

Liesse. g

à cette méthode d'être théoriquement très logique. Elle consiste, en somme, à imaginer des inventaires annuels de chaque pays en se plaçant aux points de vue économique social et moral. Une fois cette méthode acceptée, il n'y a plus qu'à aligner des chiffres et à les combiner plus ou moins heureusement. On n'a pas à déployer, avec ce moyen, la sagacité, la critique et l'ingéniosité de l'observateur qui cherche, dans un symptôme caractéristique, l'indice typique d'un état pathologique. Mais cette méthode de l'indice totalisateur, si complètement utilisée par M. Neumann-Spallart, et dont la logique séduit au premier abord, offre des difficultés et des causes d'erreurs considérables dans l'application. Les chiffres de base, c'est-à-dire les données de l'observation — lorsqu'il s'agit de comparer l'état économique social et moral de plusieurs pays — ne sont pas recueillies partout suivant les mêmes procédés. Non seulement les faits ne sont point envisagés du même point de vue, mais les unités qui servent à les chiffrer n'appartiennent pas, la plupart du temps, au même ordre numérique. Ce sont là les difficultés les plus grosses, jusqu'à ce jour, que présente le rapprochement des statistiques de plusieurs nations. Et l'obstacle ne réside pas tant dans les systèmes numériques eux-mêmes que dans le mode d'observation adopté par chaque pays. L' « Institut international de statistique » travaille à rendre plus homogènes les statistiques des principaux pays et c'est une œuvre louable, et de la plus grande utilité, qu'il a entreprise. Ses efforts, toutefois, se heurteront longtemps encore, il est à le craindre, pour certaines régions du domaine de la statistique, à des partis pris et à des préjugés nombreux. Seules ou à peu près seules, les statistiques que les mœurs commerciales et les nécessités des échanges

L'ÉTUDE DES SYMPTOMES

internationaux ont peu à peu unifiées comme les cotes des bourses de finance et de commerce, les bilans des banques, etc., peuvent offrir un terrain de comparaison débarrassé des embûches les plus dangereuses. Pour ce qui est de la combinaison et de la coordination de ces éléments premiers, nous ne reviendrons pas sur les critiques faites au cours de notre exposé du système totalisateur. Ces entassements de moyennes superposent les erreurs et peuvent entraîner le statisticien trop féru d'abstraction très loin de la réalité. Malgré les complications arithmétiques de ses calculs, M. Neumann-Spallart a échappé au danger des grosses erreurs grâce à ses connaissances générales, à ses informations particulières, et à une longue pratique de ces sortes d'investigations. Un statisticien moins expérimenté et moins prudent n'arriverait certes pas à éviter de pareils écueils. Du reste, M. Neumann-Spallart n'a réussi qu'à donner un inventaire très général de l'histoire économique des nations observées durant une période de quinze années, lia noté des accroissements et des dégressions qu'une personne un peu experte en ces matières apercevrait, sans tout cet appareil de combinaisons, en suivant avec un peu d'attention les événements. En tout cas, il n'a pas donné de jalons qui pussent permettre de porter sur l'avenir quelque diagnostic susceptible d'ouvrir un jour même faible sur certaines tendances de la production ou de l'évolution sociale des six nations étudiées. Ce n'est point que nous croyions facile une telle entreprise surtout dans les conditions actuelles de l'observation statistique ; néanmoins, c'est vers ce but que doivent tendre les travaux de cette nature.

Au cours de l'exposé que nous venons de faire, il a été question de la méthode très connue sous le nom

d'index numhers. M. Neumann-Spallart, dans la construction pénible de son indice totalisateur, et en raison de la voie qu'il avait prise, devait être conduit forcément à emprunter à cette méthode des moyens de comparaison. Les index numhers ont, en effet, été imaginés en vue de chercher la mesure des variations du niveau général des prix. Ce n'est point un problème plus facile que celui de rétablissement d'un indice totalisateur. Il manque à l'économiste, pour trouver une solution satisfaisante à cet égard, la condition première de toute comparaison : c'est-à-dire une base qui soit un point de repère fixe. Force est donc, en ces matières, de se contenter d'approximations. Encore faut-il qu'elles présentent une sécurité suffisante pour être admises dans le raisonnement, tout au moins comme des tendances nettement déterminées. Malheureusement, la méthode des index numhers, malgré les perfectionnements dont elle a été l'objet, n'a pas précisément répondu aux espérances qu'elle avait fait naître dès le début. Nous ne nous étendrons pas, ici, sur l'histoire des index numhers ni des autres procédés employés pour mesurer les variations qui se produisent dans le niveau générai des prix. Une digression de cette nature nous entraînerait trop loin. Toutes les personnes qui s'intéressent un peu à ces problèmes connaissent les index numhers, depuis longtemps, d'ailleurs, vulgarisés dans leur forme la plus simple Y Économiste En principe, rétablissement de tables d'index numhers consiste en ealculs plus ou moins compliqués de moyennes de prix, comparées à une moyenne première choisie comme base. Le système adopté par Y Économiste — « système assez enfantin », suivant l'expression de M. de Fo ville, — comprend tout d'abord le choix de marchandises dont les variations de prix sont j

L'ÉTUDE DES SYMPTOMES

les plus faciles à noter. Voici comment il a été opéré pour la construction de ces tables. Le prix d'une marchandise déterminée, en prenant pour point de départ la période de 1845-1850, a été posée égale à 100; si ce prix, ensuite, s'élève ou s'abaisse de 25 pour 100 il aura comme chiffre représentatif dans le tableau 125, ou 75. Si l'on opère de même sur 22 données représentant 47 articles au total, puis si Ton additionne leurs prix respectifs on obtient un chiffre total, soit 2 200. C'est le chiffre de base, le point de repère fictif auquel on aura recours dans la suite pour faire les comparaisons. Ce chiffre, en effet, augmente ou diminue suivant que les moyennes arithmétiques des prix croissent ou décroissent. Pour simplifier on divise par 22, ce qui donne comme point de départ le nombre 100 avec lequel la série des index numhers est plus facile à comparer.

On voit très rapidement les défauts du système. Les marchandises choisies et leurs prix ne représentent qu'une partie des échanges et chacune d'elles entre dans les calculs avec une importance identique. On a fait remarquer avec juste raison, qu'à ce point de vue, le poivre ou le bois de campôche ne pouvaient peser d'un égal poids comme indices révélateurs des variations de prix. L'importance de la consommation, la valeur qu'elle représente pour une marchandise, sont, en effet, un facteur important dans la détermination des prix par le mécanisme à actions et à réactions complexes qu'est la loi de l'offre et de la demande. Si des économistes et des statisticiens de grand mérite, tels que Stanley Jevons, Soetbeer, M. Sauerbeck et plusieurs autres ont édifié ou accepté de telles tables comme susceptibles d'être consultées avec sécurité, il n'en demeure pas moins que l'on n'a pu répondre aux critiques très justifiées dont elles ont été et sont en-

core l'objet. Le premier reproche en ce qui concerne l'importance relative des transactions représentées par les 22 chiffres — auxquels correspondent 47 articles — s'aggrave encore de ce fait que les prix, qu'on les choisisse dans les prix de gros, ou, qu'au contraire, on les prenne dans les prix de détail, offrent des deux côtés des causes d'erreurs propres. La spéculation fait varier avec des amplitudes, parfois peu en rapport avec le mouvement économique réel, les prix de gros ; quant aux prix de détail ils ne reçoivent que très tard souvent l'action régulatrice du mouvement des prix en général. Essayer de les combiner pour établir une moyenne serait une entreprise fort difficile, les influences locales, particulières, psychologiques, ce que Quételet appelait les « causes accidentelles » intervenant pour fixer à l'égard de chaque marchandise des prix de détail bien différents. De ce côté, il est donc presque impossible d'apporter des corrections qui ne soient pas arbitraires. C'est le défaut originel des index numbers. On a cru pouvoir perfectionner cependant le calcul de ces moyennes en ce qui regarde l'importance de chaque marchandise, importance qu'elle re présente eu égard aux transactions dont elle est l'objet par rapport aux autres marchandises de la série adoptée. L'emploi de ce qu'on appelle les coefficients d'importance, ou les moyennes graduées ou encore le système discriminant a été tenté sous bien des formes. La place que tient, par exemple, le poivre dans les transactions ne peut être comparée à celle qu'y occupe la laine. Quel coefficient d'importance, quel poids donnera-t-on dans le calcul à l'une et à l'autre marchandise? Certes, les moyens théoriques d'introduire ici des corrections ne manquent pas. L'on peut essayer de comparer la valeur des transactions opérées sur la

L'ÉTUDE DES SYMPTOMES

laine et sur le poivre. Mais comment les obtenir? On ne peut guère recourir en cette circonstance, qu'à des approximations vagues. La méthode est logique, mais les moyens indispensables manquent pour rappliquer. Elle devient, pour cette raison, très peu sûre et n'arrive guère à contenter les esprits scientifiques un peu scrupuleux. Il semble bien, d'ailleurs, que les statisticiens plus particulièrement adonnés à ce genre de recherches aient été rebutés par la tâche ardue d'établir des moyennes graduées. Une double enquête a, en effet, été entreprise, il y a environ une vingtaine d'années, par la British Association for the avancement of science et par Y Institut International de statistique en vue de perfectionner le calcul des index numbers. Après un examen approfondi des travaux entrepris par les savants les plus versés en ces matières, tels que MM. Edgeworth, en Angleterre, A. Beaujon, en Hollande, St. Bourne et Forssel — un auteur suédois qui a élevé de très fortes critiques contre cette méthode — le rapporteur général, M. Robert GifFen, en arriva forcément à conclure que si les moyennes graduées doivent être regardées comme répondant le mieux à la logique de notre esprit, les calculs, complexes et pénibles auxquels elles donnent lieu, aboutissent, en fait, à la construction de courbes peu différentes de celles obtenues avec les moyennes arithmétiques. Il faut donc, à l'exemple de Jevons, se contenter de ce dernier procédé le plus simple et le plus rudimentaire, en ne l'appliquant surtout qu'à un petit nombre de marchandises pour ne pas introduire, dans le résultat, d'erreurs trop fortes. En réduisant ainsi leur ambition, les statisticiens peuvent arriver à des approximations très larges, auxquelles il sera prudent de ne recourir qu'après les avoir soumises à une

discussion critique serrée. En tout cas et pour les raisons que nous venons de présenter, on voit qu'il serait surtout imprudent de faire des comparaisons portant sur des époques un peu éloignées. Aussi M. de Foville a-t-il écrit à ce sujet : « Lorsqu'il s'agira d'une comparaison à longue échéance, d'une comparaison historique nous récuserons péremptoirement l'autorité de ces index complets qui donnent le mouvement moyen de certains prix, mais qui ne donnent pas le mouvement général des prix et d'où il serait téméraire de tirer des conclusions fermes relativement au pouvoir monétaire d'un siècle ou d'un demi-siècle à l'autre. »

Nous ne traiterons pas ici des divers systèmes proposés en vue de déterminer les éléments à faire entrer dans le calcul des variations si complexes des prix. Depuis longtemps on cherche des solutions acceptables de ce problème ardu. Nous rappelons en passant que des écrivains ont proposé de choisir une marchandise unique comme base et ont recommandé le blé. Parmi eux se trouvent Dupré de Saint-Maur (1762), Quesnay, Smith, J.-B. Say, Cibrario, etc. Dans son livre sur la Question de l'Or M. Ëmile Levasseur a utilisé les chiffres fournis par les observations de la douane. Voici comment il expose, dans cet ouvrage (p. 181), les raisons de ce choix : « En France, la seule mesure exacte des variations de prix est celle que fournissent les relevés officiels du commerce extérieur. En 1826, on a commencé, dans les comptes rendus du commerce, à exprimer, en francs, la valeur de toutes les marchandises importées et exportées, on a choisi les prix moyens de l'année et on les a pris comme des types invariables devant servir à comparer les chan-

i. Ouvrage paru en 1858.

gements de notre commerce : ces prix s'appellent des valeurs officielles. Mais les valeurs officielles avaient, au bout d'un certain nombre d'années, cessé d'être vraies et ne donnaient plus l'état réel, mais seulement l'état comparatif des importations et des exportations. En 1848, on imagina, pour réunir les deux avantages, de joindre à ces valeurs officielles, les valeurs actuelles, c'est-à-dire le prix réel auquel s'étaient vendues les marchandises pendant l'année courante. On appliqua ce système d'abord aux comptes de 1847; depuis ce temps, il a été suivi chaque année et les prix sont discutés et fixés par une commission nommée par le Ministre. C'est donc là, malgré les erreurs inséparables d'un pareil travail, la seule base sûre d'une évaluation comparative des prix dans le passé et d'une estimation de la baisse des métaux. »

M. A. de Foville a employé cette méthode avec beaucoup de succès pour étudier les variations annuelles des prix de 1827 à 1877, d'après les bases données par les valeurs en douane portant sur les importations et les exportations (commerce spécial). L'inconvénient que peut présenter un pareil système réside surtout dans les modifications apportées aux bases d'évaluation de la commission des valeurs en douane. C'est à cet obstacle que s'est heurté M. de Foville. Il existait avant 1862 des valeurs officielles et des valeurs actuelles. A partir de 1862, il n'y a plus que des valeurs actuelles. Pour établir la comparaison de 1827 à 1877, il y avait deux termes différents, 1827 et 1877. Pour arriver à égaliser les deux échelles, M. de Foville a pris l'année 1862 comme année de comparaison et a fait les chiffres de cette année égaux à 100*.

1. V. V Economiste français des 5, 19 juillet et 1er novembre 1879.

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