‹ La statistique, ses difficultés, ses procédés, ses résultatsChapitre 19 sur 40 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

vues d'ensemble

Observations de Sûssmilch : nombre des mariages, des naissances et des décès. — L'ordre divin. Marche régulière des phénomènes. — Euler et Malthus. L'accroissement de la population en progression géométrique. — L'ordre natureld.es physiocrates. — Solutions d'ensemble des problèmes sociaux. Les lois naturelles. Le progrès. — Quételet. L'esprit astronomique. — La physique sociale. — L'homme moyen. Tendance au fatalisme. — Quételet croit à la perfectibilité lente de l'homme. — Autres conceptions de la permanence et de la périodicité des phénomènes économiques et sociaux. — Vico, La Scienza nuova. — Les Sociétés évolueraient sur des courbes fermées et repasseraient par les mêmes états. — Gœthe. Mouvement circulaire combiné avec un mouvement ascensionnel. La spirale de Gœthe. — Méthode historique. — Méthode statistique.

Parmi les observations nombreuses que Ton doit à la statistique, Tune des plus curieuses, et certainement la plus féconde en résultats pour les sciences sociales et la philosophie, est, sans contredit, celle de l'uniformité ou de la régularité et de la périodicité dans les actions humaines *. Elle est trop importante pour n'être

i. Buckle a écrit dans son Histoire de la civilisation en Angleterre : « Quiconque sait combien de découvertes ont été faites par cette seule méthode (la statistique) doit non seulement reconnaître l'uniformité avec laquelle les phénomènes de

pas examinée ici dans son origine et dans les développements auxquels elle a donné lieu.

Il est probable que, depuis longtemps, on a entrevu certains faits de régularité dans les phénomènes sociaux. Mais, moins apparents et moins faciles à vérifier que les phénomènes naturels d'ordre physique, ils n'ont point été l'objet de travaux d'ensemble. Et il paraît bien que ce soit Sûssmilch1 qui, le premier, ait relevé scientifiquement et analysé, du point de vue général, un fait observé de régularité dans les actions humaines. Pasteur de l'une des paroisses de Berlin, sa ville natale, Sûssmilch a longtemps été classé, quoique ignorant les hautes mathématiques, dans l'école que l'on appela: école des arithméticiens politiques2, en raison des tendances qui le portèrent à étudier surtout les mouvements de la population. Au cours de ces recherches, il put constater, avec précision, que, dans un groupe social assez étendu, l'on retrouve, à peu de chose près, chaque année, des nombres très sensiblement égaux de mariages, de naissances et de décès. Il s'empressa, dans un livre paru en 1740, Y Ordre divin3, de tirer les conséquences philosophiques d'une telle découverte. A vrai dire, le fait de cette

l'esprit se succèdent, mais encore, selon moi, avoir la certitude que des découvertes plus importantes encore seront faites aussitôt que l'on mettra en jeu les autres ressources puissantes que même l'état actuel des lumières fournira abondamment. Sans cependant anticiper sur ces recherches futures, nous n'avons, pour le moment, à nous occuper que de ces preuves de l'existence d'une uniformité dans les affaires humaines, que les statisticiens ont été les premiers à révéler. » T. I, p. 25 (trad. franç., loc. cit.).

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