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V. notre chapitre Ier

3. Die Gettliche Ordnung in den Verœnderiingen der menschlichen Geschlechts. Le livre eut trois éditions; la dernière date de 1787.

régularité avait déjà été entrevu et noté. E. Hailey et Graunt avaient, quatre-vingts ans auparavant, à la suite de leurs investigations sur la population de Londres, enregistré ce phénomène, mais sans plus s'y attarder. C'est donc bien à Sùssmilch que revient le mérite d'avoir donné au problème toute son ampleur philosophique. Il voit, en effet, dans cette permanence du nombre des mariages, du nombre des naissances et de celui des décès, une loi d'ordre supérieur, divin. Le monde humain obéirait ainsi à des lois comme le, monde physique ; les actions humaines graviteraient comme des corps célestes sur des trajectoires tracées d'avance. Bien mieux, si un accident ou une épidémie vient rompre l'équilibre; peu de temps après il se rétablit de lai-même par l'augmentation des naissances. D'ailleurs, la loi exposée par Sùssmilch n'était pas une loi de régularité élémentaire. Il n'avait pas manqué de s'apercevoir que la population tendait à augmenter, mais suivant des règles assez exactes de croissance. Et il était si pénétré de la marche régulière et précise de ces phénomènes qu'il s'adressa, ne connaissant point suffisamment les sciences exactes, à Euler. Celui-ci, dans la position du problème, admit cette hypothèse, que les progressions du chiffre de la population avaient une « raison » constante, et que l'accroissement se faisait suivant une progression géométrique. C'était une erreur. Elle est probablement la source à laquelle puisa Malthus pour adopter une hypothèse identique. Il est donc à croire que la base de l'une des fameuses progressions présentées dans le petit livre sur La Population, par le célèbre économiste anglais, a été empruntée à Euler par l'intermédiaire de Sùssmilch. L'autorité d'Euler, élève de Beniouilli, très apprécié alors en Europe par tout le

monde savant, a pu entraîner Malthus à prendre le résultat d'une hypothèse particulière pour une loi générale.

Les conceptions d'ensemble formulées par Sùssmilch au sujet des observations faites sur la population et sur la régularité des phénomènes d'ordre moral, devaient être plus tard, comme nous allons le voir, reprises et considérablement élargies par Quételet. Mais avant de résumer l'œuvre si originale du savant belge, il nous paraît utile de signaler le parallélisme entre T « ordre divin » de Sùssmilch qu'il considérait comme régi par des « lois », et F « ordre naturel » de Quesnay. Les physiocrates aussi, vers le milieu du xvme siècle, époque si fertile en théories, découvrirent que les sociétés obéissent à des lois de développement. Pour eux, comme le monde physique, le monde social est soumis à des « lois naturelles ». Ils étendent, toutefois, leurs vues beaucoup plus loin que le pasteur berlinois, enfermé dans le cercle des études théologiques. Des circonstances particulières, aussi, les amènent à diriger leurs regards sur l'organisation sociale. L'ancien régime commençait, en effet, à être atteint dans ses œuvres vives. Les finances de FËtat étaient dans la plus mauvaise situation. Les impôts mal répartis, trop lourds pour ceux qui les payaient, rentraient mal; la dette très grosse augmentait chaque année. De leur côté, les fortunes privées se trouvaient aussi atteintes que la fortune publique. Cette crise était encore aggravée par les nombreuses disettes qui marquèrent cette époque. Tous les hommes éclairés s'efforçaient alors de trouver des remèdes à une situation aussi grave. Les physiocrates, plus que tous les autres penseurs du xvme siècle, devaient, par la nature de leurs préoccupations, être entraînés dans cette voie.

Les problèmes économiques attirèrent donc fortement leur attention. Avant eux — à part Boisguillebert, leur précurseur — Ton n'avait guère cherché que des solutions de détail, afin de trouver des palliatifs, impuissants, du reste, à guérir un mal aussi profond. Quesnay et ses disciples élargissent le problème. Ils entendent donner aux sociétés des indications positives, pour suivre, à l'avenir, des voies meilleures. Leur doctrine — car, au début, ce fut bien une doctrine dans toute l'acception du mot — ne tendait à rien moins qu'au progrès social. C'est grâce à la connaissance des « lois naturelles », ignorées jusque-là, que les peuples pourront désormais se conduire dans la vie économique. En s'adaptant à Y « ordre naturel », une société se perfectionne. Aucune idée de fatalité ne se révèle dans les observations et les conclusions des physiocrates. Ils vont vers la liberté, comme vers une terre nouvelle de Chanaan, véritable but des sociétés en mal de crises, de guerres et de misère. Il dépend ainsi des individus et des sociétés de progresser ou de retourner en arrière, suivant qu'ils obéissent ou non aux lois de Y « ordre naturel ».

L'idée commune à Sùssmilch et aux physiocrates, idée nettement exprimée, est, que le monde social ne va pas à l'aventure et que, comme le monde physique, il est soumis à des lois, à un ordre, qui domine les actions des hommes. Sùssmilch, en constatant des lois relatives au mouvement de la population, s'est tenu sur le terrain de l'observation spéciale. lia noté des faits précis et a signalé leur permanence. La conséquence la plus importante qu'il en ait tirée est, en somme, bien plus philosophique qu'économique: elle a trait aux destinées de l'âme humaine et à l'organisation du monde conçue, suivant un ordre divin. L'or-

ganisation sociale n'est pas l'objet de ses préoccupations. Cependant, il n'entrevoit pas vers quelles déductions fatalistes peut entraîner sa découverte.

Avec Quételet, au contraire, nous sommes sur le terrain de la logique étroite. Aux observations générales des physiocrates, sur la psychologie de l'homme et l'organisation des sociétés, à leurs belles envolées et à leurs hypothèses hardies, succèdent des mensurations précises et des constatations anthropologiques. Non seulement il y a régularité dans les phénomènes relatifs à la population, mais encore l'homme physique oscille autour d'un type déterminé, Fhomme moyen. Bien plus, l'homme moral lui-même est enserré dans un réseau de probabilités, en ce qui regarde ses actes les plus conscients, réseau qui le fait lui aussi, se rapprocher d'un type: l'homme moyen moral. Du reste, ces deux hommes moyens se confondent, n'en forment qu'un: l'homme social; d'où cette conception que la science sociale est de la Physique sociale^. Les différences observées entre les hommes, et du point de vue physique, et du point de vue moral, ne sont produites que par des causes accidentelles. Quételet opère, dans une généralisation abstraite, l'intégration de toutes ces différences, sans plus se soucier,* des actions et réactions si nombreuses et si décisives qu'elles exercent sur la vie des individus et des sociétés. Astronome habitué à voir au loin les astres, il néglige cette étude, si utile pourtant, de la psychologie de l'homme. Et il semble bien qu'elle soit d'ordre trop micrographique pour un esprit habitué à considérer de vastes trajectoires et des centres puissants d'attrac-

i. C'est le sous-titre d'un ouvrage : Sur l'homme et le développement de ses facultés ou essai de physique sociale dontlalre édit. parut en i8o6.

tion où se résument les forces de l'univers. ■ Ainsi, écrit-il. celui qui n'aurait jamais étudie la marche de b lumière que dans les gouttes d'eau prises isolément ne s'élèverait qu'avec peine à la conception du brillant phénomène de l'arc-en-ciel : peut-être même, l'idée ne lui en viendrait jamais s'il ne se trouvait accidentellement dans des circonstances favorables pour l'observer. » Certes, il faut aller jusqu'à une généralisation élevée et abstraite d'un ensemble déterminé de phénomènes similaires pour établir une loi de leur manifestation ou de leur développement, mais ces lois, lorsqu'elles concernent l'homme et ses tendances, doivent être énoncées avec toute la relativité avec laquelle elles s'appliquent. Ce qui est scientifique, en ce genre de phénomènes inhérents auxactions de l'homme, ce sont, à notre avis, les limites entre lesquelles ces phénomènes s'exercent. Quételet était un esprit trop avisé pour s'y méprendre. Il faut bien séparer chez lui la méthode «qu'il emploie et la discussion critique a laquelle il soumet parfois les résultats qu'elle donne. Quand il dit: <r L'homme que je considère ici est. dans la société, l'analogue du centre de gravité dans les corps, il est la moyenne autour de laquelle oscillent les éléments sociaux: ce sera, si l'on veut, un être fictif, pour qui toutes les choses se passeront conformément aux résultats moyens obtenus pour la société1 », il ne perd pas de vue que ces lois, par suite de la méthode employée pour les déterminer, ne sauraient s'appliquer aux individus, si ce n'est dans certaines limite-, et il cite lui-même 2 cet exemple que l'époque à laquelle une personne doit mourir ne peut-être indiquée par

i. Ouvr. cit-' - lus L lut, r. iii.

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