OBSERVATIONS PARTICULIÈRES
Crises commerciales. — Opinions absolues de Cobden et de Jevons sur leur périodicité. — Opinion vérifiée de M. le Dr Juglar. Phases des crises. 11 y a périodicité mais sans loi précise de la durée des phases. — Conséquences : la périodicité s'applique-t-elle aux naissances ?
La répartition des revenus. La sélection naturelle et les aptitudes. — Travaux de Francis Galton. Hypothèses. La courbe des aptitudes. — La vraie pyramide sociale d'après M. Otto Ammon. — La courbe de répartition des revenus. Elle se rapproche de celle des aptitudes. — Méthode de M. Vilfredo Pareto. — Ses intéressants travaux sur ce sujet. — Vérification sur des données de statistiques fiscales. — La loi de répartition des revenus serait exprimée dans le temps et l'espace par une formule générale de la forme Nœ = - — ~ • —
Forme inférieure de la courbe. — Observations de M. March. — » Considérations générales.
L'étude des crises a fourni à M. le Dr Juglar l'occasion de constater leur périodicité ; mais, beaucoup plus prudent que Jevons et que Cobden qui attribuaient aux fluctuations commerciales un cycle de dix années, il s'est bien gardé de risquer une hypothèse sur la fixa-
tion exacte du retour des crises et sur le temps de leur durée. Il a écrit avec infiniment de raison : « Il ne faut pas enchaîner ces oscillations du monde des affaires dans des formules déterminées à l'avance, il faut leur laisser toute leur élasticité. Ce serait tirer de l'observation plus qu'elle ne donne que de fixer à 5 ou 10 années les retours périodiques des crises1. » Et l'auteur fait remarquer que ce qui trouble les esprits, c'est que l'on cherche toujours les causes des crises dans les événements extraordinaires qui les précèdent ou les accompagnent. Or, comment ces causes extraordinaires, anormales, se reproduiraient-elles, bien que différentes et distinctes, pour amener les crises? Ce serait donc un effet continu du hasard ? L'esprit se refuse à une telle conception, si éloignée de la logique sous laquelle nous voyons l'enchaînement des causes. Bien que les crises n'obéissent pas à une loi exacte, elles n'en sont pas moins périodiques. Elles ne se font sentir d'ailleurs que dans les pays où un grand nombre d'opérations à terme sont engagées. Là où les affaires se traitent au comptant et sont d'une importance restreinte, ces commotions ne se produisent pas ou du moins sont très loin d'atteindre de telles proportions. Mais, dans les centres où elles éclatent, leur origine est marquée par des causes identiques dont l'action latente s'exerce à intervalles variables, mais néanmoins compris entre certaines limites. La cause accidentelle, souvent invoquée comme une cause fondamentale déterminante, n'est le plus souvent que l'étincelle qui met le feu aux poudres, « la goutte d'eau qui fait déborder le bassin » et accuse brutalement, aux yeux de tous, l'état pathologique du
1. Les Crises Commerciales et leur retour périodiques, p. 164 (2e édit.).
marché des capitaux par la rupture violente d'un équilibre dont l'instabilité s'est de plus en plus accentuée. Comme on le voit, l'état critique, le moment où survient l'arrêt brusque des transactions et la baisse des prix, n'est qu'une phase longtemps préparée, provoquée par une phase précédente, dite de prospérité, pendant laquelle une grande prospérité se manifeste et se révèle par la hausse des prix et des signes diagnostics à caractère très net, observables dans rencaisse et le portefeuille des banques1. Après la bourrasque, après la phase pathologique aiguë, la liquidation s'opère avec plus ou moins de rapidité et de facilité. C'est l'état de convalescence. Puis les mêmes événements recommencent dans le même ordre avec plus ou moins d'amplitude, pour parcourir un cycle semblable, dans des milieux appropriés.
La théorie de M, le Dr Juglar a le mérite d'expliquer la périodicité des crises; elle montre aussi pourquoi elles ont un caractère d'universalité, c'est-à-dire pourquoi elles affectent les grandes places financières du monde ou retentissent sur elles. Il y a en effet un parallélisme qui se manifeste entre les crises constatées en différents pays, parallélisme que ne sauraient produire des causes accidentelles.
Voici un tableau de crises, en France, en Angleterre et aux États-Unis, depuis le commencement du siècle jusqu'au fameux krach de 1882 2.