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2. Extrait des Crises commerciales du Dr Juglar, îoc. cit.} p. 61 (2e édit.).

Tableau des crises.

France.

Angleterre.

États-Unis.

La coïncidence des dates dans la plupart des crises et le peu d'écart dans les autres indique bien, ou des causes communes ou Faction solidaire des marchés considérés. Cette seconde hypothèse rentre, du reste, dans la première. Ce phénomène s'explique parfaitement et la coïncidence sera d'autant plus exacte que les marchés ou les centres, sur lesquels portent les crises, seront plus étroitement liés entre eux par des opérations financières et commerciales. Sur ce point, il ne saurait y avoir de doute et nous pouvons prévoir, à cet égard, la marche des événements dans des limites restreintes, avec une probabilité assez grande. En est-il de même pour l'apparition ou la durée des phases inhérentes aux crises commerciales? Peut-on chercher une loi de périodicité dans leur retour? Le problème nous semble, en l'état actuel des choses, assez insoluble. Le fait de la périodicité est certain et prouvé par l'observation, mais les périodes sont assez variables, à nos regards tout au moins. Ces variations relèvent de causes complexes. Aussi ne peut-on guère arriver à les comprendre qu'en leur attribuant une origine psychologique. L'esprit de spéculation qui, dans la phase de

grande prospérité, pousse les industriels, les commerçants, les financiers, tous les chefs, petits et grands, de l'armée économique, à estimer plus qu'ils ne valent, les titres cotés sur les marchés, paraît bien être comme une force invincible par laquelle ils sont entraînés malgré eux vers une hausse indéfinie des prix. A ce moment, aucune raison, si forte qu'elle soit, n'a de prise sur leur esprit. L'expérience d'hier ne les assagit pas ; les avertissements sont sans effet. Les mêmes hommes, qu'une crise précédente a ruinés, se ruent à l'assaut des hauts cours, dans l'espoir, cette fois, que la chance sera pour eux. Gomment expliquer ce phénomène qui se renouvelle périodiquement sans perdre de son intensité? Assurément il se trouve, dans les rangs des spéculateurs, des hommes nouveaux, entrés depuis peu dans les affaires et auxquels l'expérience fait défaut. Mais les crises sont trop rapprochées pour que ceux qui en ont souffert aient disparu. Cependant ils oublient eux-mêmes les désastres passés.

La tendance à la hausse se propage comme une épidémie. La foule suit inconsciente, entraînée par la force acquise et par l'esprit d'imitation. Les personnes mieux placées pour voir le mécanisme du mouvement économique n'ignorent pas toujours quelle sera la fin d'une telle poussée. Elles pensent néanmoins pouvoir se retirer à temps de l'engrenage où les a entraînées l'ardeur de la spéculation. L'attrait du hasard, si puissant sur beaucoup d'esprits, la possibilité de s'enrichir rapidement, tout en évitant, au bon moment, la crise menaçante, les tient et les hypnotise. Pour beaucoup aussi, la situation de place et l'impossibilité de se dégager, de liquider, créent des obstacles qui ne leur permettent pas de sortir sans gros dommages de la crise. L'ignorance des résultats auxquels conduira la hausse

des prix chez les uns ; l'espoir et la crainte qui se partagent l'esprit des autres, des spéculateurs plus conscients, sont des sentiments dont les variations obéissent à l'influence de causes multiples, diverses, changeantes, et, la plupart du temps, insaisissables dans leur action et surtout dans leur intensité. Bientôt l'équilibre factice est rompu ; et les choses, après une période aiguë — beaucoup plus courte que les deux autres — sont remises au point par une liquidation plus ou moins laborieuse. Une nouvelle période s'ouvre, dont la durée, quoique comprise entre certaines limites, est indéterminée. Elle n'est, on le sait, que le premier acte d'un drame qui aura un dénouement prévu, semblable aux précédents. C'est un recommencement, dû aux éternelles oscillations de l'esprit de l'homme et au mouvement de ses passions, mais dont les fantaisies n'ont qu'un temps et sont, en définitive, dominées par Faction régulatrice de l'offre et de la demande, loi d'équilibre toujours inéluctable.

M. le Dr Juglar a poussé plus loin que l'étude du phénomène lui-même ses investigations. Il a cherché si cette périodicité des crises ne provoque pas, n'est pas la cause de la périodicité d'autres phénomènes qui, logiquement, relèvent des facteurs dont sont faites les crises. Les crises amènent une dépression économique, une diminution des revenus. Cette diminution retentit sur toute une catégorie de faits sociaux avec plus ou moins d'intensité et dans un temps plus ou moins éloigné. M. Juglar a, pour cet objet, établi, dans un tableau, les dates et la durée des crises, puis à côté, les variations dans le nombre des naissances. Il a étudié ainsi le mouvement des naissances en France, en Angleterre, en Allemagne et en Prusse. Ces variations — en baisse — coïncident-elles avec les périodes de

crises ? Avec certaines, oui. Avec des crises comme celle de la guerre de 1870, cette baisse était inévitable. Mais, suivant les circonstances, la crise des naissances se manifeste dans Tune ou l'autre des phases des crises. Tantôt elle coïncide avec la période aiguë, tantôt c'est avec la période de liquidation. Il est d'ailleurs dans la logique des choses que les crises aient une répercussion dans la plupart des cas, sur la population1.

Yico n'a expliqué son hypothèse des recommencements historiques que par des causes générales. Depuis lui, les sciences biologiques ont pris naissance, et leur développement, considérable surtout en ces trente dernières années, a permis de pénétrer plus loin dans la succession des causes et de construire des théories nouvelles, ingénieuses, susceptibles encore de beaucoup de modifications et de changements, mais à coup sûr originales et attirantes.

Si des phénomènes sociaux et, en particulier, des phénomènes économiques sont permanents ou se reproduisent de façon semblable, c'est qu'apparemment les causes nombreuses, dont ils sont issus, se combinent, en général, suivant les mêmes lois. On a donc été conduit à examiner les causes biologiques et à essayer de les faire entrer dans l'explication de ces phénomènes. Si Ton part des hypothèses sur la concurrence, et sur la sélection naturelle, qui en est la conséquence, on constate — fait connu depuis longtemps — que les aptitudes et les qualités sont réparties de façon fort inégale parmi les hommes. Comment se distribuent-elles ? Par quel obscur travail de l'hérédité, par quel enchevêtrement de combinaisons igno-

1. Consulter la communication faite par le Dr Juglar à l'Académie des sciences morales et politiques. Bulletin de l'Académie, août 1903.

rées, arrivent-elles à faire surgir l'homme de génie et à faire émerger les hommes de réel talent ? Ce sont là autant de problèmes complexes dont les solutions restent à découvrir, et seront, selon toutes probabilités, pendant longtemps encore impénétrables. Ces grosses difficultés n'ont point arrêté les chercheurs. Certaines observations ont permis, en effet, de vérifier d'un peu plus près des faits déjà connus et de les synthétiser. Galton 1 a étudié ainsi, et en se servant du calcul des probabilités, ce qu'il a appelé la « fréquence des différents degrés des aptitudes humaines ». Ce sont ces combinaisons d'aptitudes ou de qualités psychologiques qui déterminent le succès des individus remarquables, possédant sur leur temps une influence supérieure ou se distinguant par leur élévation dans la société. Galton s'est livré en Angleterre à un certain nombre d'observations et a opéré la répartition d'un million d'hommes dans des classes particulières. Sur ces résultats, il a construit une courbe qui a la forme d'une toupie régulière et dont nous donnons ici le croquis.

Gemef

Forme de la pyramide sociale, d'après Galton.

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