‹ La statistique, ses difficultés, ses procédés, ses résultatsChapitre 25 sur 40 · Hereditary Genius, par Francis Galton · texte numérisé non relu

Hereditary Genius, par Francis Galton

Au sommet, vers la pointe effilée, en haut se tient le génie ; il est donc très rare. Le talent qui vient ensuite est une qualité plus répandue ; puis la moyenne générale est représentée par le grand axe. Au-dessous et dans une progression en sens contraire, s'étageraient les catégories de plus en plus inférieures. C'est un perfectionnement de la pyramide qui avait déjà servi d'image pour traduire les proportions des catégories sociales. Cette distribution des aptitudes répond assez à Tidée que nous nous en faisons par l'aspect que présentent les catégories sociales dans une société civilisée. Et en tant que société civilisée nous considérons des sociétés, en dehors de toute organisation en castes, c'est-à-dire des milieux où règne, dans une certaine mesure, tout au moins, la liberté du travail et des contrats ; la concurrence économique en un mot. Làr les individus peuvent développer leurs aptitudes naturelles, et en user pour conquérir des situations sociales de toutes sortes, plus élevées que celle d'où ils sont issus. Les États-Unis nous offrent un exemple de ce concours permanent, intense, de la volonté et des aptitudes en ce qui regarde le côté économique. Nous avons donc déjà, à première vue, une idée qu'il existe, tout au moins en apparence, une sélection. Mais cette sélection se fait-elle normalement suivant des règles scientifiques ? N'y a-t-il pas des causes artificielles, dues à la mauvaise organisation des sociétés, causes dont l'action troublante fait dévier la sélection des voies rationnelles que nous imaginons, suivant nos connaissances, être les seules vraies ? Nous avons donné ailleurs1 l'opinion de Darwin au sujet de la sé-

1. Voir notre livre, Le travail aux points de vue scientifique, industriel et social, p. 384.

lection dans les sociétés humaines. Le célèbre naturaliste reconnaît qu'elle ne se manifeste pas, dans ce milieu, comme dans le milieu animal proprement dit. Des causes accidentelles troublent l'évolution sociale d'un peuple, assez profondément pour retarder ou faire dévier cette sélection. L'équilibre néanmoins tend à s'établir et la loi de concurrence finit par donner, dans la plupart des cas, la prépondérance aux mieux doués — les mieux doués ici étant considérés du point de vue social. Il s'agit, d'ailleurs, des aptitudes de oute nature dans l'hypothèse de Galton. Il fait entrer, dans ce groupe supérieur, aussi bien les savants de tous ordres, que les hommes politiques, les grands industriels, les financiers de marque, tous les individus dont l'action sur la société au milieu de laquelle ils vivent est certaine et décisive. Cette idée de classement naturel est en germe dans Quételet. C'est à Quételet que Galton a emprunté la formule 1 des probabilités au moyen de laquelle on exprime la fréquence des oscillations autour d'une moyenne. C'est ainsi que se calcule la probabilité des combinaisons psychiques, pour donner la proportion des aptitudes.

Nous sommes en pleine hypothèse et bien que l'esprit se retrouve un peu dans ces conceptions par suite de leur ajustement aux faits observés chaque jour, il n'en est pas moins vrai que la base même des observations sur laquelle ont été édifiées ces théories est assez restreinte et instable. Il est cependant une catégorie d'aptitudes, celles ayant trait à la concurrence économique pour laquelle l'hypothèse semble assez bien se vérifier. Les qualités de hardiesse dans les entreprises,

J. M. 0. Ammon, dans V Ordre social et ses bases naturelles, trad. par M. H. Muffang, fait remarquer, p. 115, que cette formule de Quételet avait été trouvée déjà par Gauss.

Liesse. ii

d'ordre d'épargne, de prévoyance et d'organisation, les qualités acquisitives en résumé, sont celles qui font s'élever toute une catégorie d'individus sur l'échelle des fortunes. Or, de ce côté, l'on peut avoir des données d'observations fournies par la statistique. Ces éléments premiers sont les statistiques fiscales relatives aux revenus. Un anthropologiste allemand, M. 0. Ammon1, a opéré sur les statistiques des revenus en Saxe pour l'année 1890. En représentant, après avoir fait des calculs préparatoires, les chiffres statistiques, par une courbe, l'auteur a constaté que, dans toute sa partie supérieure, la courbe des revenus se superpose à peu près à la courbe des aptitudes d'après Galton, et que la partie inférieure de la courbe des revenus n'est pas symétrique par rapport à sa partie supérieure. Elle se rapprocherait donc, dans son contour complet, de la pyramide sociale qu'on a déjà, depuis longtemps, imaginée comme l'image servant le mieux à symboliser le classement des catégories sociales. Pour expliquer cette configuration presque identique des deux courbes, celle des aptitudes et celle des revenus, il convient de remarquer, ainsi que n'a pas manqué de le faire M. 0. Ammon, que la courbe des aptitudes est construite avec la formule *de Gauss. Or cette formule a pour but d'établir les proportions de groupes ou de catégories dans lesquelles les écarts s'éloignent d'une moyenne de telle sorte que les cas particuliers sont d'autant moins fréquents que l'écart est plus grand, ce qui explique bien la tendance de ces deux courbes à ressembler à la pointe d'une flèche, à s'effiler de plus eu plus vers le sommet. M. Ammon a fait porter ses vérifications sur la Saxe, comme nous l'avons dit, et

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