‹ La statuaire polychrome en Espagne; illustré de quatre-vingts planches tirées hors texte et de trois planches en couleursChapitre 10 sur 171 · FIDÉLITÉ DE L’ESPAGNE AUX ARTS POLYCHROMES · texte numérisé non relu

FIDÉLITÉ DE L’ESPAGNE AUX ARTS POLYCHROMES

dont il sera bientôt parlé en raison de leurs analogies de style avec les polychromies espagnoles, sont peintes et dorées ; il en est de même de celles qui décoraient la façade du château de Gaillon et du château de Madrid construit pour François TL Mais déjà l’influence de l’Italie se faisait sentir et Germain Pilon est peut-être le dernier de nos artistes en renom qui ait suivi les anciens errements. Toutefois, dans le Midi, la statuaire polychrome eut la vie plus tenace que dans le nord de la France. Ainsi, les archives municipales de Toulouse renferment une protestation contre la peinture de statues exécutées par Bachelier, un sculpteur de la Renaissance en très grand renom, et un mémoire relatif au coloriage d’une statue de Louis XIII.

En vérité, seule l’Espagne resta fidèle à la statuaire polychrome. Si la terre classique de la résistance nationale, si la patrie de Viriathe et de Pélage se laissa entamer par les idées étrangères et mésusa de l'eau lustrale®, la surprise fut de courte durée. Puis, elle conserva des contrées fermées aux novateurs, des territoires d'élection où l’art proscrit eut encore des adeptes illustres et où l’on trouve des œuvres dont la vue aide à porter le deuil des monuments disparus. Elles sont d’autant plus précieuses que la belle floraison de la statuaire polychrome en Espagne répond au xviT et au commencement du xviiT siècle, c'està-dire à une époque où elle était morte dans le reste de l’Europe.

Le respect d’une tradition partout ailleurs décriée convenait au caractère opiniâtre et persévérant du peuple, mais il tenait encore au contact sept fois séculaire des écoles chrétiennes avec les écoles musulmanes d’où étaient nées non seulement I architecture et [a décoration inudejares tout imprégnées du soleil de la Perse, mais la civilisation mozarabe \ qui, des contrées soumises aux conquérants musulmans, s’était étendue sur le reste du pays. Je l’attribue aussi au caractère religieux que conservèrent si longtemps les arts de la péninsule. Les immenses retables, les autels, les vitraux, les ornements sacerdotaux, les lambris de faïence aux chaudes couleurs, les tentures de damas et de velours enrichies de crépines, de galons, de franges et de glands d’or, les magnifiques tapisseries importées de Flandre ou tissées dans le pays, les tableaux eux-mêmes appelaient la sculpture polychrome. Ensuite, les statues peintes étaient plus vivantes, elles parlaient à ces âmes pieuses un langage plus éloquent que les saints taillés dans la pierre blanche.

Ce sont là des considérations morales. 11 en est de matérielles qui eurent une influence tout aussi heureuse et tout aussi puissante.

Les sculpteurs espagnols, dès que l’art national se forma, usèrent tour à tour du bois, de la terre cuite, de la belle pierre à bâtir, du marbre, de l'albâtre et du métal. Le bois, la terre cuite et la pierre, quelle que fût sa nature, furent peints et dorés; le bronze, le cuivre et l'argent furent émaillés et dorés au feu avec parfois des réserves plus ou moins importantes quand il s’agissait de l’argent. Enfin dans certaines contrées, à Burgos notamment, l’on associa l’ardoise à l’albâtre, l’ardoise pour les vêtements, et l’albâtre pour les chairs.

Le bois et les métaux étaient réservés à l’ornementation intérieure. Le marbre et l’albâtre suivaient la fortune du bois, tandis que la pierre à bâtir et la terre cuite furent utilisées de préférence pour les œuvres exposées aux intempéries. 11 en est résulté que la peinture des statues et des retables de bois a en général peu souffert, tandis que la peinture des statues et des bas-reliefs en pierre ou en terre cuite à peine préservés par les cloîtres ou des portiques saillants s'est fanée beaucoup plus vite et qu’elle a même disparu sur ceux que le soleil, le froid et la pluie ont attaqués tour à tour. 11 semble même que le grain de la pierre et les rugosités de la terre cuite aient fiicilité l'usure par le frottement. En vérité, quand la polychromie est encore apparente, les rouges, les bleus et les jaunes sont décolorés et salis et les ors, en grande partie remplacés par le ton ocre jaune d’un premier enduit ou de la mixtion. Cette transformation accusée à Salamanque dans les tombeaux qui seront bientôt décrits et à Pampelune dans le cloître de la cathédrale, l’est surtout à Burgos également dans le cloître de la cathédrale dont les sculptures sont peintes de la base au sommet et qui ne gardent la gamme à peu près intacte des tons et des ors primitifs qu’au fond des creux bien abrités.

A ne considérer que la matière employée, le bois, par sa Iragilité relative, a encore favorisé la bonne conservation de la polychromie. Sa fragilité eut, en effet, une action heureuse et décisive le jour où, à la suite delà campagne conduite par les artistes italiens, il se dessina en Espagne un mouvement favorable à la statuaire monochrome. Outre qu’après l’enlèvement de la peinture, le bois n eût pas présenté un ton heureux, d autant qu’il avait été assemblé sans

Planche IX. — Vieroe. Port.ml de i.a cathédrale de Tarragone

Pierre — Phot. inédite de l'Auteur

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