‹ La statuaire polychrome en Espagne; illustré de quatre-vingts planches tirées hors texte et de trois planches en couleursChapitre 9 sur 171 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

DÉCLIN DE LA STATUAIRE POLYCHROME

LTtalie de la Remiissance préconise la slatuairc monochrome. — Son e.xcmpk est suivi par la France et les autres grandes nations européennes. — Protestation de l'Espagne. — Après quelques hésita-

tions, elle se confirme dans sa résistance. — Raisons de ce respect de la tradition. — Devons-nous

peindre nos statues:'

E court historique que je viens de terminer de la naissance, des progrès

et de l'épanouissement des arts polychromes a montré, malgré sa brièveté.

JL y l’éclat qu'ils acquirent en Orient comme en Occident et fait raison des critiques dirigées contre l’association si fertile de la couleur et du relie!.

A s'en tenir à la logique, il n’y a donc aucune raison sérieuse, supportant un examen impartial de condamner, puis de proscrire la statuaire polychrome. C’est bien là aussi ce que professèrent tous les artistes — peintres, architectes, sculpteurs, décorateurs, — dont les œuvres s’échelonnent de l'aurore des temps historiques jusqu’à la fin du Moyen âge.

Comment le goût du public si fermement décidé en fiiveur de la polychromie a-t-il pris une orientation artistique nouvelle? A la suite de quelles circonstances, un dédain général a-t-il succédé à une admiration universelle?

La tradition de la sculpture polychrome persistait encore au début de la Renaissance. Mais à cette époque, une grande inquiétude saisit les artistes. Épris de l’antiquité classique, ils recevaient comme des lois divines les exemples qu’elle avait légués ; or les statues de marbre apparaissaient blanches, lavées par le temps et celles de bronze, couvertes d’une patine de couleur uniforme, ou, si elles gardaient des vestiges d’une ancienne coloration, ces vestiges étaient trop

laibles pour attirer l'attention. Alors, trompés par les monuments où le temps n’avait laissé aucune trace de peinture, ils pensèrent que tels ils se montraient, tels ils avaient été créés. Bientôt on en vint à considérer comme un reste des âges barbares la coutume de rehausser de couleurs les œuvres en relief et l'on décréta l'inviolabilité de la forme, on promulgua le dogme de la sculpture monochrome. Non seulement la vénération du marbre, le respect du bois et du bronze furent imposés comme un article de foi, mais des néophytes zélés, s’en prenant aux dieux qui avaient cessé de plaire, nettoyèrent, lessivèrent, brossèrent avec une sorte de frénésie, grattèrent à vif les statues et les bas-reliefs peints ou rehaussés de couleurs. Les chefs-d'œuvre souffrirent d’autant plus que leur renommée les signalait les premiers au savon purificateur.

Pour des causes analogues, on allait méconnaître pendant plus de trois .siècles les arts si nobles et si purs de notre Moyen âge qu’en témoignage de mépris nos pères qualifiaient de gothiques.

De puissants esprits déplorèrent cet abandon de la statuaire polychrome, entre autres Michel-Ange, de qui l’on a une lettre bien précieuse. Mais la tourmente était déchaînée, leur voix se perdit dans le bruit de la tempête. Et c'est ainsi que l'anathème fut lancé contre des œuvres devant lesquelles nous nous prosternerions si les couleurs employées par les peintres grecs ou romains avaient mieux résisté aux atteintes du temps et à la puissance destructive des éléments.

L’Italie avait eu de grands sculpteurs polychromistes ; encore au xv' siècle, on cite des statues et des bas-reliefs coloriés de Donatello, de ’Verochio, de Mino da Fiesole, de Rossellino, de Benedetto da Majano, de Pisano, de Luca délia Robbia et, bien plus tard, les statues équestres de la üimille ducale de Sabbioneta ' et les groupes contenus dans les quarante-six chapelles du Sacro monte à VaralloL Et pourtant ce furent les artistes italiens qui exaltèrent les premiers la sculpture monochrome et qui propagèrent le nouveau credo. La France, les Flandres, l’Allemagne se convertirent par degrés. André Beatmeveu et Jean 'Van Eyck collaborent encore avec le sculpteur. Durant la première moitié du xvP siècle les Michel Colombe et les Antoine Just restent fidèles à la tradition. Les statues en grandeur naturelle qui ornent le chœur de la cathédrale d’AIbi et celles du musée de Toulouse provenant de la basilique de Saint-Sernin

Planche VIII. — Prophètes et apôtres. Portail de la cathédrale de Tarragone.

Pierre. — Œuvre de Jayme Castayls. — Phot, inédite de l'Auteur (Page 54)

LA STATUAIRK l’üiA'CHRO.MH ii\ F.SPAGNE.

faillies pour attirer l'attention. Alors, trompés par les monuments où le temps n'avaii laissé aucune trace de peinture, ils pensèrent que tels ils se montraient, tels ils avaient été créés. Bientôt on en vint à considérer comme un reste des ■ âges barbares la coutume de relmusser de couleurs les œuvres en relief et l'on décréta l'inviolabilité de la forme, on promulgua le dogme de la .sculpture monochrome. Non seulement la vénération du marbre, le respect du bois et du bronze furent imposés comme un article de foi. mais des néophytes zélés, s'en prenant au.v dieu.x qui avaient cessé de plaire, nettoyèrent, lessivèrent, bros- •érent avec une sorte de frénésie, grattèrent à vif les statues et les bas-heliefs peints ou rehaussés de couleurs. Les chefs-d'œuvre souffrirent d'autant plus que leur renommée les Signalait les premiers au savon purificateur.

Pour des causes analogues, on allait méconnaître pendant plus de trois .siècle;- les arts si nobles et si purs de notre Moyen âge qu’en témoignage de mépris nos pères qualifiaient de gothiques.

'Oe puissants esprits déplorèrent cet abandon de la statuaire polychrome, entre autres Michel-Ange, de qui l'on a une lettre bien précieuse. Mais la tourmente était déchaînée, leur voi.x se perdit dans le bruit de la tempête. Et c'est ainsi que l’anathcme fut lancé contre des œuvres devant lesquelles nous nous prosternerions si les couleurs employées par les peintres grecs ou romains avaient mieux résisté aux atteintes du temps et à la puissance destructive des éléments.

, L'Italie atait. eu de grands sculpteurs polychromistes ; encore au x\ siècle, on cite des statues et des bas-reliefs coloriés de Donatello, de Verochio, de Mino da Fiesolc, de Lossellino, de Benedetto da Majano, de Pisano. de Luca délia Robbia et, bien plus tard, les statues équestres de la famille ductile de Sabbioneta ' et les groupes contenus dans les quarante-six chapelles du Sacro monte à Varallo . Et pourtant ce furent les artistes italiens qui exaltèrent les premiers la sculpture monochrome et qui propagèrent le nouveau credo. La I rince, les Flandres. l'Allemagne se convertirent par degrés. André Bcauneveu -aMot.A^iiiA'ï;.^ ;Vâfl‘^î?Fli-^Cblli(bol'65F'^c^T%‘Vcî3|è3'lê{il^^r- DyKn?ril>^ micre dihiiùMij'/.siàcittsten ’^ichcl Qaliamhftfetolcjii/AaiitoiiVBvJ^^ restent fidèles à la tra-Jiiioii. Les statues en grandiftun.iiisturellc qui ornent le chœur de la cathédrale d'/\lbi cl celles du musée de ’l oulouse provenant de la basilique de Saint-Sernin

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