CHAPITRE III
PÉRIODE LATINO-BYZANTINE
Momtmeiils polychromes de l’Espagne antique. — La Sculpture à l'époque des Fisigolhs. — Chronologie de la reconquête. — Monuments Iatino-by:(anlins. — Le Crucifix du Musée de Leon. — La Vierge d’Ujue. — Le trésor de la Càmora Santa d'Oviedo. — Influence de l’Orient iranien. — Raisons de cette influence.
D’un commun accord, la plus belle sculpture que nous ait encore léguée l’art antique de l'Espagne est celle qui fut découverte à Elche, en août 1897, et qui est entrée au musée du Louvre grâce à la décision de M. Paris et à la libéralité de M. Bardac. C’est un buste de femme en pierre dont les lèvres et certaines parties de la coiffure gardent des traces de couleur rouge. D’énormes pendants d’oreille, une sorte de sarmat de style oriental très accusé, un beau collier gréco-phénicien qu’une femme aurait pu porter dès l'époque de la guerre du Péloponèse et, d’autre part, le caractère particulier et personnel du visage assignent à ce buste une date et une origine certaines. 11 remonte à la fin du v” ou au commencement du iv“ siècle avant notre ère, et paraît l’œuvre d’un artiste indigène qui subissait la double influence de la Grèce et de la Phénicie. L’une s’exerçait du Nord par l’intermédiaire des emporiums, l’autre empruntait la voie de Carthage et de ses comptoirs. J’ai émis cette opinion dès la découverte de la Dame d’Elche, et les nombreux travaux qu'ont provoqués son entrée au Louvre l’ont pleinement confirmée '.
D’ailleurs, qu’ils vinssent par l’une ou l’autre voie, les modèles étaient peints et souvent rehaussés d’or. Deux sarcophages anthropoïdes, l’un d'un prêtre, et l’autre d'une prêtresse découverts à Carthage sont, à ce point de vue, fort
intéressants L Celui de la prêtresse surtout, dont la tète, le chiton, les bijoux sont d'un style grec très pur et très beau, donne un exemple saisissant de statuaire polychrome. De larges bandes rouge et bleu très foncé que cerne un filet d'or alternent sur les étoffes. L’or étincelle également sur les boucles d'oreille, les bracelets, la ceinture et sur des colliers formés de perles.
Je ne doute pas que les statues provenant du Cerro de Los Saiitos (phot. 2, ;) et du IJano de la Consolaci'on ne fussent peintes. Je crois aussi que les grandes et belles têtes de taureaux en bronze trouvées à Costig dans file de Majorque et qui présentent quelques analogies avec les taureaux susiens avaient, comme ces derniers, des parties dorées et, comme les bronzes grecs, dont elles rappellent la technique, quelques rehauts d'émail coloré; mais ce sont Là des conjectures. Je citerai donc pour mémoire ces œuvres ainsi que les Tons de Guisando, les cerdos (porcs) oubliés sur les places d’Avila {phot. 4) et les trois ou quatre cents becerros (veaux) de pierre signalés en Espagne et en Portugal bien que l'un d'eux au moins, la Força de Mtirca, porte des traces d une peinture vermeille. J'agirai de même pour la Vicha de Bala\ote, taureau à face d'homme barbu, le sphinx de Bocairente du musée de Valence, le griffon et le sarcophage anthropoïde de Cadix et tant d'autres morceaux ou monuments notables qui assignent à l'art ibérique une place bien nette à côté des arts nés et grandis sur les terres battues par les Ilots bleus de la Méditerranée L
Après les sculptures ibériques, l'ordre chronologique appellerait les sculptures romaines. Elles n'ont pas revêtu en Espagne un caractère spécial. Pour la même raison, je ne m’arrêterai pas aux sarcophages chrétiens remontant aux premiers siècles de notre ère. Parmi ceux qui proviennent des environs de Murcie, de Valence ou de Merida, il en est pourtant de fort beaux, notamment celui de Heclin.
L’on a voulu voir dans quelques fragments découverts à San Roman de Hornija, à Tolède et à Séville des vestiges appartenant à l’époque où les princes visigoths régnaient sur la péninsule. Cette attribution semble erronée, du moins en ce qui concerne les arcs outrepassés. S'il en était autrement, il faudrait admettre que leur tracé a été transmis directement par Byzance. Or, l'architecture byzantine proprement dite ne les a pas utilisés. L'on en trouve bien de très rares exemples dans les édifices de la Syrie, tels que l'église de Dana, ou dans les
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