L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE AU X' SIÈCLE
y organiser la résistance, parait être le plus ancien monument de cette période. 11 remonterait au début du règne d’Alonso I" et par conséquent se placerait vers Lan 740.
Après Santa Crtiz de Cangas, je citerai la chapelle de la Câmara Santa d'Oviedo construite par Tioda, l'un des architectes d'Alonso 11, le Chaste. Elle est constituée par une petite salle que recouvre une voûte en berceau et que décorent seulement quatre colonnes sans base, aux chapiteaux corinthiens déformés. A ce même règne appartiennent deux autres églises, San Tirso et San T Lillano (Saint-Julien). Elles lurent terminées vers le milieu du xi' siècle. Après chaque campagne, Alonso revenait à Oviedo et il consacrait les dépouilles de 1 ennemi a embellir sa capitale naissante. Les chroniqueurs ne tarissent pas sur la magnificence de son palais, sur la beauté des peintures qui l’ornaient, et sur la splendeur de nombreux sanctuaires dotés d'une profusion de colonnes de maibre et d un mobilier religieu.x où 1 or et l’argent s alliaient aux pierres précieuses. Si Ion en juge d’après les édifices que nous connaissons, ils durent mettie quelques exagérations dans leurs éloges. 11 n en reste pas moins certain qu Alonso II üivorisa une sorte de renaissance artistique inaugurée sous le règne d'Alonso I" et qui prit tout son éclat sous le règne suivant.
En dépit des séditions qu il eut à réprimer, Ramiro 1“ resta fidèle aux traditions de son prédécesseur et occupa les loisirs que lui laissait la guerre civile à élever des églises, des palais et des bains publics en marbre, dont les voûtes construites sans cintres (sans bois, dit le texte), miracle d’architecture inoiii à cette époque, excitèrent l’admiration des contemporains L
L’on a de ce règne une église, San Miguel de Linio (vul. Lino) et un palais translormé en église vers 905 et consacré sous le vocable de Santa Maria de Naranco.
Ces deux monuments se trouvent dans le voisinage immédiat l’un de l’autre et dominent la montagne de Naranco à une demi-heure d Oviedo.
San Miguel de Linio avec ses nels voûtées, ses colonnes lourdes aux chapiteaux évasés et aux bases polygonales puissantes, a un caractère byzantin très accusé. L on trouve sur les bases de colonnes des masques mêlés à des rinceaux et sur les chapiteaux, des motifs de sculpture nombreux. Dans la décoration des baguettes et des demi-tores, 1 on remarque la corde ou la torsade qui, durant la
période latino-byzantine, deviendra caractéristique de la décoration de ces mêmes motifs et souvent des fûts de colonnes.
Enfin je signalerai un très bel ajimei surmonté d’une claire-voie de marbre très finement découpée et le plein-cintre surhaussé d’une baie.
L’église paroissiale de Santa Maria est, à bien des égards, plus intéressante encore que celle de San Miguel. La grande nef est voûtée en berceau. Mais la voûte est renforcée par des arcs doubleaux que contrebutent des pilastres formant à l’intérieur et surtout à l’extérieur une saillie puissante. La modénature et les cannelures des contreforts extérieurs sont d’origine romaine, pourtant elles avaient été appliquées en Syrie au même usage qu’à Santa Maria. Quant aux contreforts extérieurs, ils n’étaient en usage ni à Rome ni à Byzance et, avant la période romane, je ne vois dans l'antiquité que les architectes perses qui en aient lait un emploi judicieux. La division de la voûte en nervures consolidées par les pilastres et en remplissage, division qui deviendra caractéristique des monuments ogivaux, appartient également à l’Orient. Je l’ai découverte dans un monument perse remontant à l’époque des princes Sassanides — le palais de Tag-Eivan ' — et j’ai signalé à Tournus, en France, dans la vieille église de Saint- Philibert, une copie à peine modifiée du type iranien ^ Cette copie très intéressante pour l’histoire de notre architecture fut d’ailleurs sans influence sur la disposition adoptée au palais de Ramiro 1", puisque l’église de Tournus fut consacrée en 1019, tandis que Santa Maria remonte aux premières années du x' siècle.. Il était pourtant nécessaire d’établir ce parallèle pour montrer combien s’étendit l'influence orientale. On l’a niée avec tant d âpreté qu’on ne saurait trop multiplier les preuves, j'ajouterai que le même palais comporte, détail non moins précieux, un ajime^ dont les deux baies sont couronnées d’arcs outrepassés.
Je place encore au x' siècle l’église de Santa Cristina de Lena, dans les Asturies, et j’assigne la même date à l’église paroissiale de San Pedro (Navej dans la province de Zamora. Cette dernière offre comme San Miguel des colonnes très intéressantes par les efforts dont elles témoignent pour introduire de véritables bas-reliefs dans la décoration des chapiteaux. Tel ce sacrifice d’Abraham représenté sur la face de l'un d’eux.
Le fait est à noter, parce que le sculpteur byzantin n’usa jamais de la figure humaine en pareille circonstance. Les masques répandus sur les bases de colonnes
Planche XIII. — Vierge de Huarte.
Ivoire peint. — Phot. inédite de l’Auteur. [Page 59)
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