PERIODE ROMANE
Hégémonie artistique exercée par ht France. — Les premiers édifices romans de l'Espagne. — La Câmara Santa d’Oviedo. — La cathédrale de Sigüen:{a. ~ San Ficente d’Avila. ~ San Isidro [Isuioro] de Leon. — La cathédrale et la Magdakna de Zamora. — Santiago de Galice. — La cathédrale de Tarragone. — Le mobilier religieux de Silos. — Sculptures polychromes du musée de Leon.
URANT les cinq siècles qui suivirent l’invasion des barbares, la civilisation de
la France vécut sur les souvenirs de la domination romaine et sur le fond
du Bas-Empire. Mais au début du xi” siècle, elle sembla se réveiller et son activité intellectuelle fut d autant plus grande que le sommeil avait été plus long.
A ce même moment, l’Espagne chrétienne était prise d’une sorte de frénésie et dépensait dans des luttes incessantes sa jeunesse saine, débordante de vie. Tour a tout alliés ou ennemis, les princes chrétiens se coalisaient contre les Musulmans, ou léclamaient leur concours dans leurs querelles intestines pour dépouiller leurs voisins des dépouilles enlevées à l’envahisseur. Souvent aussi, ils prenaient parti dans les luttes des chefs musulmans et les aidaient à écraser un compétiteur ou un rival a moins que, passant les Pyrénées, ils n’intervinssent en France. Tel Pierre 11 d Aragon, qui trouva la mort à la bataille de Muret (1212), où il avait comme alliés les partisans des Albigeois et comme adversaire Simon de Montfort.
En dépit des Pyrénées, il se fit une alliance naturelle entre les deux peuples quelles séparaient, entre la pensée et Faction'. Les rapports de l'Espagne avec la Fiance devinient intimes et fréquents; les fimilles souveraines s’unirent, les jeunes gens désireux de s’illustrer ou de gagner des indulgences se croisèrent
pour combattre les Mores d’Espagne. Puis, avec eux, vinrent des prêtres, des
LA STATUAIRE POLYCHROxME EN ESPAGNE.
moines beaucoup plus versés que leurs voisins dans la connaissance des lettres sacrées, et plus habiles dans l’administration spirituelle et l'organisation temporelle des provinces reconquises. En dernier lieu, ce furent des architectes, des imagiers qui franchirent la frontière. 11 en arriva du Languedoc, du comté de Toulouse, de l’Aquitaine, de la Bourgogne, de la Normandie; et tous imprimèrent sur les églises construites d’après leurs plans comme le sceau artistique des provinces où ils s’étaient formés.
Sous ces multiples influences, la conquête morale des deux royaumes chrétiens constitués au nord de l’Espagne lut bientôt réalisée. Elle était complète à la fin du xi° siècle. Durant la période romane et la période gothique, notre action ne fut même balancée que dans les territoires où la constitution préalable d’une civilisation mozarabe eut pour corollaire le développement consécutif d’une civilisation mudejare. D'une manière générale, ces derniers territoires sont ceux qui firent retour aux chrétiens après le milieu du xi' siècle. A part de rares exceptions, ils sont situés au sud d’une ligne brisée qui passe au-dessus de Tarragone, de Saragosse et de Segovie. Je n’entends pas faire allusion ici au protomudejar signalé dans les provinces du nord et dont l’existence fut éphémère; je veux parler du mudejar proprement dit, c’est-à-dire de cette pénétration si intime des deux civilisations en contact qu’à certains égards et longtemps après l’expulsion des Mores, l’Espagne chrétienne était encore musulmane L
Les grands auxiliaires de notre expansion dans la péninsule furent les religieux de Cluny et de Cîteaux.
Le légendaire aumônier du Cid à Valence, Jérôme de Périgueux, évêque de Zamora, puis de Salamanque, était un Clunisien; de même, Anastase, missionnaire chez les Mores en 1074.
Fernando 1"' (103 5-1065 j, qui avait une affection spéciale pour le monastère clunisien de Sahagun (San Facund), lui avait donné sur son épargne et pour chaque année de sa vie mille pièces d’or afin de racheter ses péchés. Quand son fils Alonso VI, après avoir pris Tolède (1085), en fit sa capitale et y rétablit l’ancien siège primatial, il appela pour l’occuper l'abbé de Sahagun, un Clunisien français nommé Bernard, et lui octroya la suprématie sur tous les évêques espagnols. On pourrait à l’infini multiplier les exemples. En réalité, presque tous les sièges épiscopaux de la péninsule au xiL siècle furent attribués à des religieux
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