‹ La statuaire polychrome en Espagne; illustré de quatre-vingts planches tirées hors texte et de trois planches en couleursChapitre 19 sur 171 · INFLUENCE DES ORDRES DE CLUNY ET DE CÎTEAUX · texte numérisé non relu

INFLUENCE DES ORDRES DE CLUNY ET DE CÎTEAUX

de Cluny. En outre, ils eurent en Espagne vingt-cinq prieurés non compris les abbayes qui leur étaient affiliées.

Les grands centres clunisiens étaient en Bourgogne et en Auvergne, d’où ils rayonnèrent sur l'Aquitaine et le Languedoc. Il n'est donc pas étonnant que tous les édifices construits en Espagne sous la direction des moines de Cluny procèdent tantôt des arts de la Bourgogne ou de l’Auvergne, tantôt de ceux de l’Aquitaine ou du Languedoc et que les écoles qui se fondèrent sous leur influence reflètent dans leurs œuvres les modèles français de ces quatre provinces.

Les Cisterciens n’eurent pas sur l’architecture monastique et religieuse de 1 Espagne une influence comparable à celle des Clunisiens. Leur action s’exerça surtout en Portugal. Je relève pourtant quelques fondations en Catalogne, autour de Tarragone, à Poblet et à Sautas Creus où l'abbaye de Fontfroide avait envoyé des moines. Ce sont probablement ces mêmes religieux qui construisirent la vieille cathédrale de Tarragone {phot. 7, 8) dont le cloître [phot. 9 à 1 2) reproduit le type original et bien connu du cloître de Fontfroide et de Valmaque. Cette particularité s’explique : jusqu’au xii” siècle, Narbonne fut la métropole de Gerone, de Barcelone et d’Urgel.

Pour si intéressants que puissent être l’historique et l’analyse de ces rapprochements, il n entre pas dans mon dessein de présenter un relevé des édifices romans ou gothiques que possède l’Espagne. C’est un nouveau sacrifice que je suis forcé de faire. Je me bornerai donc à montrer l’origine et les caractères généraux de l’évolution artistique qui se produisit au dernier quart du xP siècle. Pour le surplus, je choisirai parmi les statues et les bas-reliefs exécutés avant 1 union de la Castille et de l’Aragon, ceux qui jalonnent le mieux la route où s'engagea l’Espagne à la suite de la France.

San Salvador de Fuentes accuse, ai-je dit, une orientation nouvelle des arts. Elle s accentue dans la Câmara Santa d’Oviedo ; elle s'affirme dans le cloître du monastère de Silos le plus ancien et le plus grand des cloîtres romans, mais où 1 on retrouve encore sur plusieurs chapiteaux du xi' siècle comme un reflet mourant du style protomudejar {phot. 15); elle est accomplie dans la cathédrale de Sigüenza {phot. 14, 15, 16), commencée en 1102, consacrée en 112} par un évêque français, Bernard d’Agen, terminée au xiip siècle et dont le chœur,

le déambulatoire isolé et l'ordonnance intérieure, qui appartiennent à la première période, rappellent de très près la cathédrale d’Autun.

A quelle époque faut-il attribuer San Isidro (Isidoro) de Leon {phol. 17, 18), cet édifice célèbre où onze rois et douze reines reçurent la sépulture? Si l'on en croit les chroniques, l’église aurait été reconstruite par Fernando I", mort dans les derniers jours de l’année 1065 , et l'œuvre eût été bien avancée sous le règne de ce prince, puisqu'il s'y fit transporter pour y rendre le dernier soupir et y recevoir la sépulture. D'autre part, le portail et les chapelles de cette église présentent des motifs de sculptures et d’ornements très analogues à ceux de Saint-Sernin de Toulouse, de San 'Vicente d'Avila et de Santiago de Compostela. Or, Saint- Sernin fut consacré par Urbain II en 1096, San 'Vicente d'Avila remonte pour ses parties les plus anciennes au début du xii” siècle, Santiago fut commencé et terminé au cours du même siècle et tous ces monuments, autant par la disposition que par la sculpture relèvent de l'influence directe de Cluny. L'écart entre la date donnée par les chroniques et celle attestée par l'édifice luimême est trop considérable pour que l’on puisse songer à les accorder. Ici, comme dans la grande majorité des églises, il y eut des reprises, des agrandissements qui se prolongèrent durant des années et des siècles.

La partie la plus intéressante de San Isidro est la chapelle et le cloître de l’aile orientale dont les voûtes d’arêtes sont couvertes de peintures à fresque admirables d'effet et de conservation (PL 11 et phot. 19, 20). Bien qu'il s'agisse d'une décoration où la sculpture n'intervient pas, je la retiens parce qu’elle donne la gamme des tons usuels à cette époque en Espagne comme en France d’ailleurs. Elle comprend le brun rouge, l’ocre jaune, l'indigo et le blanc. Le noir ou plutôt un brun très foncé semble obtenu par le mélange des trois premières de ces couleurs. Ce sont les teintes et à peu près les nuances qui se voient sur les statues grecques archaïques et sur les décors peints que l’architecture persane comporte au Moyen âge. Je citerai notamment le tombeau de Chah Khoda Bendé L L’emploi des mêmes couleurs dans des contrées et à des époques si diverses n’est pas fortuit. 11 tient à leur solidité et à leur harmonie parfaites. Plus tard, quand les procédés de fabrication se seront perfectionnés et que la double influence des chrétiens étrangers et des Mores se sera fait sentir, les polychromistes espagnols ajouteront parfois à leur palette un bleu et un vermillon choisis

Planche XVll. — Descente de croix.

Salamanque. — Bois peint et doré.

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