ÉGLISES ROMANES DE L’ARAGON
parmi les plus résistants et feront entrer l'or dans la décoration ; mais aux grandes époques, ils auront tendance à exclure ces appoints trop violents et tireront la richesse d’une apparente pauvreté.
Si des Asturies, nous passons en Aragon, toute la province dont Huesca est le chef-lieu, est également riche en souvenirs de la première période romane. Après que Pierre P'' se fut emparé de la ville et en eut fltit la capitale de l’Aragon, c'est-à-dire au début du xiP siècle, des édifices religieux s’élevèrent en tous lieux. A Huesca même, on peut encore admirer San Pedro, une église à trois absides qui est une des plus anciennes constructions romanes du nord de l’Espagne [phot. 2 1, 2 2 j, et qui présente des sculptures nombreuses, caractéristiques de cette période. Je citerai, au-dessus de la grande porte extérieure, le tympan orné du symbole chrétien, motif fréquemment reproduit, les chapiteaux du cloître qui se trouvent dans le même cas et, sur d’autres édifices souvent ruinés, des crucifix et des statues du même style {phot. 2^ à 29). La qualité des œuvres ne répondait pas toujours aux efforts déployés.
Le cloître de la cathédrale de Gerone {phot. 50) et celui de San Pedro de Galligans {phot. 31, p, 55) de la même ville, l’église et le beau cloître de San Pablo de Barcelone {phot. jq, j 5) dénotent un art plus avancé qu’à Huesca. J’en dirai autant de San Vicente d’Avila, dont il vient d’être question et qui est, à mon avis, le plus beau spécimen et le plus pur échantillon de l'architecture bourguignonne en Espagne. Ainsi qu’il a été dit, l’église fut sans doute fondée dans les premières années du xiP siècle, sous le règne d’Alphonse Raymond (i 109- 1 126), fils de Raymond de Bourgogne, et terminée, complétée ou reprise au cours du xiii‘ siècle.
Le portail occidental (PL 111) très richement décoré de statues d’excellent style rappelle celui de Saint-Ladre d'Avallon. Le tympan est soutenu en son milieu par un pilastre que surmonte une courte plate-bande terminée par des têtes de taureaux en haut relief. L’analogie, dont j’ai relevé d’autres exemples en Espagne, avec les chapiteaux bicéphales de l’architecture achéménide est flagrante. On aurait pu la croire accidentelle avant que je n’aie indiqué par des exemples décisifs et que M. Choisy n’ait démontré dans son histoire de l’architecture la part considérable qu’il faut faire à l’Orient iranien dans la constitution de l’architecture romane ■*.
Le portail sud est du même style que le portail occidental, mais d'une ordonnance plus simple (phot. ]6). Il ressemble à celui de San Isidro de Leon; et tous deux sont apparentés avec certaines églises clunisiennes de la Bourgogne. Pourtant, il est impossible de ne pas remarquer dans les ravissantes figures de l'ébrasement comme le sceau de l’école de Toulouse.
Gerone, Barcelone et Huesca nous avaient transportés loin d’Avila, Leon nous ramène dans son voisinage. 11 en est de même de Zamora et de Salamanque.
Zamora eut successivement pour évêque Bernard de Périgueux et Jérôme de Périgueux, deux Français, 11 est reçu que la cathédrale fut édifiée par Bernard. La confusion est évidente. Peut-être fut-elle commencée sous l’épiscopat de Jérôme, mort en 1126. En tout cas, elle fut consacrée en 1174. Cette date donnée par une épitaphe refaite au xviii® siècle est d’accord avec le style de l’édifice. Comme la vieille cathédrale de Salamanque, qui eut aussi Jérôme pour archevêque, elle semble l’œuvre d’un architecte aquitain (p/iot. 37, 58, jp).
Toutefois, en dépit de ses coupoles, dont le galbe rappelle celui de l’ancienne pyramide du clocher de Saint-Front à Périgueux et le tracé du clocher de Sainte-Marie à Saintes, les motifs de sculptures décoratives, les colonnes, les bas-reliefs et les têtes incrustées dans la façade donnent à l’édifice un aspect spécial très rare en Espagne. Ces caractères sont-ils locaux et dénotent-ils, comme sur les rives méridionales du Rhône, une longue survivance des traditions romaines? Cette hypothèse peut se défendre; je croirais plutôt à une importation. Les églises du Thor, de ’Vénasques, de Pernes, le porche de Notre-Damedes-Domsà Avignon, ceux de Saint-Gilles et de Saint-Trophyme d’Arles, reproduisent également dans leurs détails des motifs empruntés aux édifices romains qui couvrent encore de leurs fragments le sol de la Provence.
Au point de vue de la sculpture et de la longue survivance des formes, je signalerai dans le portail les colonnes corinthiennes et les niches qui semblent provenir, les unes comme les autres, d’un monument de la décadence romaine (phot. 40, 41, 42). L’on remarquera notamment les bustes sertis dans une sorte de fenêtre que déjà l’on trouve associés aux monuments de la Gaule romaine sur le versant septentrional des Pyrénées et qui deviendront d’un usage si courant dans l’architecture de la Renaissance espagnole, et aussi l'archivolte laurée et le bas-relief du tympan qui couronnent ces bustes.
Planche XVlll. — Retable du couvent de San Francisco.
Musée de Valladolid. — Bois peint. — Phot Lacoste. Madrid.
LA STAT!’ v;;! . üromE EN ESPAGNE.
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