TOMBEAUX DE ZAMORA
L’église de la Magdalena, ancienaement des Templiers, est également située à Zamora [phot. 4^). Comme la cathédrale, elle appartient au xii' siècle, mais son beau portail, chargé de sculptures décoratives, est conçu dans le style de ceux de San Vicente d’Avila. Je n’aurais pas cité ce monument s’il ne renfermait deux tombeaux de templiers appartenant à la même période romane et dont l’un est le plus beau de tous ceux que j’ai vus en Espagne (PI. W, fig. 2).
Au-dessous d'un portique à deux travées, que couronne l'édifice à l'intérieur duquel la scène se passe, un saint personnage vient d'expirer et repose sur son lit de mort. La couche est appuyée à une muraille où sont sculptés des séraphins tandis que deux anges, après l’avoir enveloppée dans le linceul, emportent en paradis l’âme matérialisée du défunt’ [phot. 44).
L’artifice employé pour éventrer l’édifice est usuel dans l’imagerie ; les motifs de décoration des colonnes, des bases, des chapiteaux, les animaux fantastiques qui luttent dans les tympans se rencontreraient aussi dans d’autres monuments de la même époque; mais je n’en sais pas où la sculpture décorative soit rendue avec plus de franchise et traitée avec plus de talent. 11 faut atteindre au chefd’œuvre de l’art roman, au portique de Santiago de Compostela pour trouver un morceau aussi accompli, et encore la Gloria porte-t-elle des traces manifestes d une époque de transition et appartient-elle, sans doute, à des temps un peu plus modernes que le tombeau de la Magdalena. Je signalerai encore dans ce dernier monument, parce que la photographie les rend mal, les deux coupoles plates en forme de conque dont les canaux se raccordent par l’intermédiaire de trompes avec le plan carré de chaque travée. 11 existe une image très exacte de ce motif ornemental sur la façade de la cathédrale et l’on en trouve la reproduction extérieure sur le devant d’autel de Silos (PI. ’Vl). 11 est d’origine perse comme le montre l’exemple très ancien quej’en ai découvert au palais de Sarvistan.
Je n’insisterai pas sur la vieille cathédrale de Salamanque {phot. 45) parce qu’elle n’ajoute aucun élément à nos connaissances et que ses chapiteaux reproduisent des motits utilisés à Silos {phot. i j) et à San 'Vicente d’Avila {phot. j6).
Dans cette nomenclature forcément abrégée et bien sèche, il convient encore de comprendre un édifice d’Estella (Navarre) désigné sous le nom de palais du duc de Granada {phot. 46). 11 est en ruines. Mais les monuments civils de cette période sont rares en Espagne, et celui-ci me paraît inconnu. Au surplus, il
présente un précieux chapiteau où des cavaliers couverts d’un habit de mailles s'attaquent à la lance, tandis que l'infanterie combat avec des masses et des haches. Sur ce même chapiteau repose une base de colonne retenue par des crochets, mieux vaut dire des griffes, qui, au lieu de se détacher du tore de la base, semblent partir du tailloir pour fixer l’ordre supérieur. Sous cette forme spéciale, le crochet est un ornement d’une conception judicieuse, rationnelle et dont je ne me souviens pas, cependant, d'avoir vu d’autres exemples.
Les statues isolées remontant à la période romane sont si rares, qu’avant de poursuivre la description de celles qui sont liées à l’architecture, je dois parler de la 'Vierge célèbre dans toute l’Espagne et aux pieds de laquelle les reines viennent prier à l’occasion de leurs relevailles. Je veux parler de Notre-Dame d’Atocha (la 'Vierge des Genêts), une image très médiocre, mutilée au surplus et dont les uniques mérites résident dans son antiquité et dans les souvenirs qui, depuis des siècles, y sont attachés {phot. 47).
La cathédrale de Santiago de Compostela, à laquelle j’ai fiiit allusion en parlant des tombeaux de Zamora, fut commencée par Alphonse ’Vl (i 066-1 109) et continuée pendant l’épiscopat de Bernard d'Agen qui avait été évêque de Sigüenza avant d'être appelé à Santiago. II y a déjà longtemps que l’on a établi un parallèle entre Saint-Sernin de Toulouse et la cathédrale de Santiago. Il est exact. M. l’abbé Douillet l’a étendu à l’église de Conques, a montré que cette dernière dérive des monuments d’Auvergne, que la route suivie par les pèlerins relie entre eux ces divers monuments et que beaucoup d’églises espagnoles reproduisent telles ou telles dispositions de la cathédrale de Compostelle.
La sculpture romane n’a rien produit de plus beau que les statues du magnifique portail, dit Portico de la Gloria, placé dans l’axe et formant l’entrée de la cathédrale (PI. ’V). Il est l'œuvre de Mateo, maître architecte et sculpteur qui dirigea les travaux de la cathédrale durant la seconde moitié du xii' siècle et le début du xiii'^. Comme ceux de ses contemporains et de ses devanciers qui taillèrent les statues et les ornements de Saint-Sernin de Toulouse, de San Isidro de Leon, de San ’Vicente d’Avila et de tant d’autres édifices, le grand artiste à qui nous devons la Gloria était un représentant de ces écoles méridionales de la France créées et vivifiées par les moines de Cluny.
Le portail comprend trois baies, mais un pilastre formant meneau divise la
Planche XIX. — Retable de l’autel de Sainte Anne.
Chapelle du Condestable de la Cathédrale de Burgo? — ■ Retable peint ei doré. Phot. Lévy.
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La sculpture romane n'a rien produit de plus beau que les statues du magni- : l'.tc portail, dit Pônico de la Gloria, placé dans Taxe et formant l’entrée de la vuSédrale (Pi. V'. Il est Teeuvre de Maico, maître architecte et sculpteur qui a ' :’c.i ies travaux de la cathédrale durant la seconde moitié du xii' siècle et le é 1 Ji du \iu'*. Comme ceux de ses contemporains et de ses devanciers qui uibi lent le.s statues et les ornements de Saint-Sernin de Toulouse, ce San Isidro ' ' eon, de o:'n ” ■ n;e d’Avila et de tant d'autres édifices, le grand artiste à ,1,-1 r'.i repré.sciUant de ces écoles méridionales de
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