‹ La statuaire polychrome en Espagne; illustré de quatre-vingts planches tirées hors texte et de trois planches en couleursChapitre 22 sur 171 · PORTIQUE DE LA GLORIA · texte numérisé non relu

PORTIQUE DE LA GLORIA

baie centrale. Adossée à ce meneau et portée sur une colonne d'onyx d’un beau travail est la statue assise de Santiago. Elle est dominée par une statue du Sauveur découvrant ses plaies et entourée par les évangélistes, les vingt-quatre vieillards de l’Apocalypse jouant de divers instruments, les apôtres, les patriarches, les prophètes, des anges et de saints personnages du Nouveau Testament. Certaines figures sont posées sur les colonnes des ébrasements, les musiciens sont distribués sur la voussure qui forme une archivolte puissante au-dessus de la porte centrale et les autres personnages ou les bas-reliefs, sur le tympan de la même baie et aux naissances des divers arcs de la voûte. Une représentation du purgatoire et de l’enfer complète ce merveilleux ensemble.

La base des colonnes repose sur des monstres grimaçants. Le germe de cette disposition, c’est-à-dire l’idée de se servir d’un animal comme support se trouve en Assyrie, dans les taureaux qui portaient la retombée des voûtes de certaines baies ; la Perse l’emprunta plus tard à sa voisine et elle le répandit dans tous les pays qui acceptèrent quelques formules de l’architecture iranienne. En Espagne, les animaux supportent souvent des tombeaux, mais c’est d’une manière exceptionnelle qu’ils sont associés à des bases de colonnes. 11 est impossible de ne pas remarquer aussi pour leur élégance exquise les deux premières colonnes appartenant aux ébrasements de la baie centrale. Leurs ornements en hélice et les petits anges — disons les amours — mêlés aux rinceaux font songer aux œuvres les plus gracieuses de l’architecture romaine et plus tard à celles de la Renaissance L Les motifs analogues que l’on trouve chez nous vers cette époque sont loin d’être traités avec autant de charme et de délicatesse. L’attention est encore appelée sur les chapiteaux de certaines colonnes dont le portail de la cathédrale de Zamora offre le prototype ; la feuille ouverte, bien détachée de la corbeille, avec sa tige fine et ses dentelures présente déjà tous les caractères des chapiteaux français d’allure si libre et si correcte datant de 12 jo à 1240. 11 est intéressant de rencontrer au cœur de la Galice l’épanouissement des formes qui s élaboraient en Italie et en France à la même époque.

Les statues que j’ai décrites ou citées jusqu’ici étaient polychromes. Cependant, peu d’entre elles ont conservé des traces manifestes de couleur. J’ai expliqué les motifs nombreux de sa disparition ; inclémences atmosphériques, nature des matériaux, lavages réitérés. A Santiago, pour la première fois, la

sculpture est franchement peinte. J’ai peine à croire que les tons dont elle est revêtue reproduisent ceux de la polychromie primitive et qu’au xvii' siècle, quand on rafraîchit les couleurs, on n’ait pas innové. En tout cas, ils sont discrets et n’ont pas la brutalité de ceux employés, lors de sa restauration, au portail d'Orense qui rappelle la Gloria de Santiago sous bien d’autres rapports.

La cathédrale de Tarragone relève encore de l’art français, mais, cà l’inverse des monuments qui viennent d’être cités, elle appartient au groupe des édifices cisterciens, j'aurai l’occasion d’en reparler en étudiant les sculptures du portail.

Le doute fâcheux que les restaurations font peser sur la polychromie de la Gloria et du portail de la cathédrale d’Orense diminue la valeur documentaire d'un certain nombre de statues et de monuments. La Vierge de style byzantin que l’on vénère dans le cloître de la cathédrale de Barcelone rentre dans cette catégorie. La même difficulté ne se présente pas heureusement pour le devant d'autel en bronze émaillé qu'admirent à juste titre les rares visiteurs du musée provincial de Burgos fP!. VI). Ce merveilleux monument provient du monastère de Santo Domingo de Silos.

Sur un fond de métal que traversent des bandes horizontales guillochées, compris entre les colonnes et placés sous les pinacles d’un cloître ou d’un riche portique, se détachent les douze apôtres rangés à la droite et à la gauche de Dieu qui, assis sur un trône, occupe le centre de la composition.

Ici, comme dans le tombeau de Zamora, le sculpteur a placé la scène dans un édifice dont on aperçoit la partie supérieure et dont le soubassement éventré est remplacé par un portique. L édifice ou plutôt les édifices représentés appartiennent au groupe des monuments à coupole de style perse et sont analogues a San Pedro de Camprodon et à une église que l’on trouve sur un singulier chapiteau du xii' siècle provenant des ruines de Saint-Sauveur de Nevers, et que j'ai reproduit dans le V' volume de l’Art antique de la Perse (p. i6i, n. i, fig. 1 15). L’influence de l’Orient s’y manifeste encore à ce mélange d'arcatures en plein cintre et d’arcs outrepassés caractéristiques de l’architecture protomudejare et mudejare. Quant aux colonnes et aux chapiteaux du cloître, ils ont un air de flimille marqué avec le support engagé dans le trumeau central de la Gloria ; à défaut d’autres renseignements tirés du style des personnages et de leurs attributs, ils suffiraient pour dater cette précieuse relique. D’une

Planche XX. — Monument funéraire de Don Juan II et de Dona Isabel.

Chartreuse de Miraflores. — Albâtre. — Œuvre de Gil de Syloe. — Phoi, Lévy.

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