‹ La statuaire polychrome en Espagne; illustré de quatre-vingts planches tirées hors texte et de trois planches en couleursChapitre 25 sur 171 · CHAPITRE V PÉRIODE GOTHIQ.UE · texte numérisé non relu

CHAPITRE V PÉRIODE GOTHIQ.UE

Cathédrale de Leon. — Toinbeaii.x fiolychroines de Salamanque. — Caihédrak de Biirgos. — Statues de l’évcquc Maurice. — Statues de pierre du musée de Leon. — Cathédrale de Tarragone. Statues du porche. — Mise au tombeau de Perpignan. — Cloilre de la cathédrale deBurgos. — Chef de saint Valcre. — Vierge de Hnarte. — Saint Georges de la chapelle de l’ Andiencia de Barcelone. — Statues polychromécs de Don Juan U, du duc et de la duchesse de Cardenas.

La période romane ci laquelle appartiennent les monuments décrits jusqu’ici se prolongea en Espagne un peu plus longtemps que chez nous. 11 faut attendre au xiii' siècle avant de rencontrer une construction gothique. Je reprends cette désignation faute de meilleure, car le mot d’ogival que l’on a essayé de lui substituer n’est pas moins défectueux quand il s’agit d'une architecture où l’emploi de l’ogive est usuel, mais au demeurant secondaire.

La plus parfaite des cathédrales gothiques de l’Espagne, la cathédrale neuve de Leon, est aussi légère et aussi bien conçue que les meilleures églises françaises (piwt. 46, 47). Elle fut fondée, dit-on, par l’évêque Manrique, qui mourut au cours de l’année 1205. Si la tradition est vraie, les travaux à cette date devaient être bien peu avancés, car l'église était en construction en 1258 et en 127 J et ne fut achevée qu’en 130J.

L'on a depuis longtemps signalé les rapports que présente la cathédrale de Leon avec des édifices français de la même époque. Tour à tour on l'a comparée à Saint-Denis, à la cathédrale de Reims, à celle de Beauvais, à celle de Bayonne. Quelques-uns y ont vu une copie de la cathédrale de Chartres. Personne n a tort, parce que l’architecte était un éclectique. 11 est manifeste cependant que

l’auteur ou les auteurs des statues et des bas-reliefs du porche {phot. 4g) furent hantés par le souvenir de celles du porche de la cathédrale de Chartres et du portail de la cathédrale de Reims. Toutefois les copies sont inférieures au modèle.

En revanche, une Vierge placée sur un autel, une Annonciation et la statue tombale du roi Ordono 11, fondateur de la première cathédrale de Leon, qu'une grille empêche malheureusement de bien photographier {phot. jo), méritent une mention. Mais une statue détachée sans doute d'un tombeau princier et oubliée dans une niche, contre les parois de l'église, se signale entre toutes par la fermeté et la hardiesse de l’exécution (PL Vil, fig. ij. A mon avis, elle est peut-être le plus beau jalon placé sur la route qui unit l’art espagnol du xiiP à celui du xiv' siècle. La peinture des nus et des étoffes la rend encore plus précieuse. Bien que les tons soient fanés, comme on l'observe toujours sur la pierre, ils n'en gardent pas moins une harmonie très délicate.

A la fin du xiii' siècle appartiennent encore les statues dè pierre conservées dans le musée (PL Vil, fig. 2). Comme dans les œuvres précédentes, l’on y sent dominer à un tel degré l’influence française, que l’on a l’impression qu’elles sont l’œuvre d'artistes appelés en Espagne par des religieux appartenant à l’ordre de Cluny ou du moins d’artistes espagnols dirigés par des sculpteurs français.

La remarque faite à propos de la statue princière de la cathédrale de Leon s'applique à la polychromie de quatre monuments funéraires incrustés dans les murs de la vieille cathédrale de Salamanque. Le premier est le tombeau de Don Alonso Vidal Dean de Avila ; le second renferme les cendres de Don Diego Lopez, archidiacre de Ladesma ; dans le troisième repose Doiïa Elena morte en 1270, et dans le dernier, le chantre Aparicio décédé quatre ans plus tard. Le sarcophage, la figure allongée sur le couvercle et la niche où il est placé sont peints dans la même gamme. Le rouge, le bleu, le noir et le blanc dominent; le jaune s’y rencontre aussi, mais comme j’ai eu l’occasion de l'indiquer, il serait, plutôt qu’un véritable ton, la couleur du mordant, — de la mixtion, pour employer le terme technique — • servant à fixer la dorure. Enfin, l’on trouve quelques notes vertes dans les feuillages de l’archivolte couronnant la niche ogivale où est placé le tombeau de Dona Elena. Certains détails sont à signaler. Comme le tombeau de Zamora, comme le devant d’autel de Silos, le monument funéraire de Dona Elena comprend un

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