MISE AU TOMBEAU DE LA RÉAL DE PERPIGNAN
lourds, vulgaires et présentent des caractères communs. Les uns et les autres sont évidemment l'œuvre de sculpteurs catalans. En revanche, la Vierge fine, élégante, distinguée, vient de France en ligne droite.
Je pense qu’il faut ranger encore parmi les œuvres de nos imagiers le tombeau si intéressant de l’archevêque Juan d’Aragon, fils de Jaime II (PI. IV, fig. i), qui mourut en et fut inhumé dans la même cathédrale, et les
tombeaux royaux que renferme l’église de l'ancien monastère cistercien des Santas Creus voisin de Tarragone {phot. 58, 59). Cette comparaison montre combien les artistes locaux, au xiii' et même au xiv' siècle étaient inférieurs à leurs maîtres. J’ajouterai que leurs progrès allaient être rapides.
Je place déjà bien au-dessus des œuvres de Jayme Castayls la mise au tombeau de la Réal de Perpignan, le plus beau groupe polychrome que nous aient légué les écoles catalanes du Roussillon (PL X) et que l’on peut voir, quand on l’y devine, dans la chapelle de Notre-Dame de la Soledad L 11 ne s’agit plus de ces tons posés à plat ou de ces larges parties dorées que l’on remarque sur les sculptures du musée de Leon ou sur les tombeaux de la vieille cathédrale de Salamanque; un art nouveau, dont j’aurai bientôt l’occasion de parler. Fart de ïestofador s’y révèle. Je me garderais d’affirmer que la polychromie soit contemporaine de la sculpture ; elle est en tout cas ancienne et d’une très bonne époque.
Les fonds de ces étoffes sont constitués par de fines rayures où l’or alterne avec l’ocre jaune, le brun rouge ou l’indigo, combinaison savante qui atténue l’éclat et réchauffe le ton du métal. En outre, les fleurs et les ornements decouleur sont sertis dans une bordure d’or. Je ferai remarquer, à ce sujet, que les faïenciers et les mosaïstes persans, dont les procédés et les méthodes furent appliqués à la décoration du célèbre mirhab de la cathédrale de Cordoue, eurent toujours soin de cerner les lettres ou les ornements dorés. Ils usaient d’un trait brun rouge sur les fonds bleus et d’un trait indigo sur les fonds rouges. J’ajouterai qu’ils employaient l’or avec discrétion et que dans le mirhab de Cordoue, notamment, le métal éclaire des bleus profonds très analogues au bleu de Sèvres et des bruns rouges pareils à ceux que j’ai eu l’occasion de signaler dans les fresques du Panthéon des rois . Il se pourrait qu’au nombre des emprunts si multiples et si variés faits par les Espagnols aux Mores et par
leur intermédiaire aux Persans, il convienne de ranger cette manière d'utiliser l’or dans la décoration comme il faut y mettre les damas somptueux qui, de la Perse où ils étaient tissés, se répandirent en Europe et dont les peintres et les statuaires polychromistes reproduisirent les dispositions et les couleurs.
Dans la mise au tombeau de Perpignan, la draperie jetée sur la tête de la Vierge est ocre jaune rayé d'or, la robe filetée d’or porte des rinceaux bleus et est doublée de rouge. Elle est bordée par une grecque, comme le sont d’ailleurs toutes les pièces composant le costume des autres personnages. Sainte Madeleine est vêtue d une robe à tond bleu, rayée d’or, couverte de dessins bleus et d'un manteau rouge à revers bleus. Des fleurs d'or sont brodées sur le manteau. D autre part, la cape de Salomé est en une étoffe bleue rayée et damassée d’or avec un revers rouge et recouvre une robe indigo brodée de fleurs d’or. Quant à saint Jean, il porte lui aussi une robe bleue brodée d’or; mais son manteau est en damas rouge et or. Enfin, les chairs semblent peintes sur ivoire avec un soin et une minutie qui ne va pas jusqu’à la sécheresse, tandis que les sourcils et les cils sont simplement indiqués au moyen de traits bistres très déliés.
Je passe sous silence le Christ et les autres figures ; ils furent sans doute ajoutés après coup et empruntés à une autre mise au tombeau.
Les écoles castillanes s’avançaient du même pas que les écoles catalanes dans le sillon tracé par la France. C’est ainsi que le cloître de la cathédrale de Pampelune renferme des statuettes d’un joli sentiment et un bas-relief d’un style naïf où 1 on reconnaît l’influence manifeste de nos écoles (phot. 6o à 65). Tous sont en pierre et tous sont peints. L’or est souvent exclu ou plutôt a disparu, mais, outre les tons dont usèrent les peintres du Panthéon des rois à Leon et des tombeaux placés dans la vieille cathédrale de Salamanque, la palette du polychromiste comporte deux nuances nouvelles : un bleu clair et un rouge vineux obtenus le premier par addition d'un peu de blanc au bleu et le second par celle d’une pointe de bleu au rouge déjà utilisés. Le morceau le plus important et l’une des belles œuvres que nous ait laissées la fin du xiv'’ siècle est un bas-relief représentant la mort de la Vierge {phot. 64). 11 est placé au-dessus de la porte qui, du cloître, donne accès dans l’église. On La malheureusement lavé, blanchi, doré par endroits et restauré, je le crains, sans s’inquiéter de la polychromie ancienne.
Planche X-XllI. — Tombeau de Juan de Padilla.
Musée municipal de Burgos. — Marbre — Œuvre de (jil deSyloe, — ■ Phot. Lévy.
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leur iniertnûdiaire aux Persans, il convienne de ranger cette manière d'utiliser
Tor dans la décoration comme il faut y mettre les damas somptueux qui, de
la Perse où ils étaient tissés, se répandirent en Europe et dont les peintres et
les statuaires polychromistes reproduisirent les dispositions et les couleurs.
Dans la mise au tombeau de Perpignan, la draperie jetée sur la tête de la
Vierge est ocre jaune rayé d or, la robe filetée d'or porte des rinceaux bleus
et est doublée de rouge. Elle est bordée par une grecque, comme le sont d'ailleurs
toutes le.' pièces composant le costume des autres personnages. Sainte Madeleine
est vêtue d'une robe à fond bleu, rayée d'or, couverte de dessins bleus et d'un
manteau rouge à revers bleus. Des fleurs d'or sont brodées sur le manteau.
D autre part, la cape de Salomé est en une étoffe bleue rayée et damassée d'or
avec un rever.s rouge et recouvre une robe indigo brodée de fleurs d'or.
equant à saint Jean, il porte lui aussi une robe bleue brodée d'or; mais son
iii.mteau est en damas rouge et or. Enfin, les chairs semblent peintes sur ivoire
,ivcc un soin et une minutie qui ne va pas jusqu'à la .sécheresse, tandis que les
sourcils et les cils sont simplement indiqués au moven de traits bistres très déliés.
Je passe sous silence le Christ et lc^ autres figures ; ils furent sans doute
ajoutés après coup et empruntés a une autre nvsc .ui t-ü-'’- au
Les écoles castillanes s'avançaient du même pas que ii. - ■ n-. catalanes dans
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naïf où l'on reconnaît l'influence manifeste de nos écoles (plwt. 6o à 63). Tous
sont en pierre et tous sont peints. L'or est souvent exclu ou plutôt a disparu,
mais, outre les tons dont usèrent les peintres du Panthéon des rois a Leon
et Je tombeaux placés dans la vieille cathédrale de Salamanque, la palette du
pol .chromiste comporte deux nuances nouvelles : un bleu clair et un rouge
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