CLOÎTRE DE LA CATHÉDRALE DE BURGOS
Je ne saurais m'éloigner de la cathédrale de Pampelune et de son beau cloître [phot. 65 à 68j sans citer le bas-relief de saint Georges placé à droite de l'orgue {phot. 69) et le monument funéraire avec ses deux statues gisantes, de Charles 111 de Navarre et de sa femme, la reine Eléonore {phot. 70). Le tombeau est malheureusement en partie caché par une lourde balustrade.
Le cloître de la cathédrale de Burgos, qui remonte au milieu du xiv" siècle, n'a pas subi, du moins encore, le même désastre que celui de Pampelune. 11 est entièrement peint et Dieu veuille qu'au cours des travaux entrepris poulie consolider, il ne vienne à la pensée de personne d'en rafraîchir les couleurs. En l'état actuel, sa polychromie est fanée comme toutes les polychromies exécutées sur pierre. On se rend compte néanmoins qu'au voisinage des artistes mores beaucoup moins discrets que leurs maîtres persans, les peintres chrétiens faisaient dominer les bleus et les rouges vifs et que l'or prenait un rôle prépondérant dans la décoration. Comme à Salamanque, le style inudejar s'accuse dans la tonalité générale de la polychromie ; mais à Burgos, il ne réagit ni sur l'architecture, ni sur la sculpture. A peine peut-il réclamer l'arc San Esteban appartenant au Castillo, l'arc San Martin, voisin du cimetière et du Solar del Cid, quelques vestiges dans la vieille église de ï Hospital del Rey (transformée aujourd'hui en magasin) et dans le patio de las Coinendadoras de ce même hôpital, quelques autres dans le monastère de las Huelgas et enfin le plafond de la modeste et ancienne salle capitulaire de la cathédrale, dite de Santa Catalina, plafond qui fut peint et doré en 1^95.
Si de Burgos, on redescend à Tolède, on y trouve le maître Anrique qui, au dire de certains auteurs, modela en 1580 les figures du tombeau d'Henri 11 (-;• 1^78) érigé dans la chapelle des Rois Nouveaux L
'Vingt ans plus tard (1400 environ], l'Espagnol Feran Gonzales reçoit la commande du tombeau de l'évêque Don Pedro Tenorio^ qui repose non loin du roi Henri 11, dans la chapelle de San Blas construite sur l'ordre et aux Irais du prélat.
Au début du xv' siècle (1418), ce sont encore des artistes castillans, Juan et Miguel Ruiz*, Alvar Martinez ’, les deux frères Diaz*et vingt de leurs élèves dont on a conservé les noms qui travaillent à la décoration de la façade principale de la cathédrale de Tolède '' (7>/mL j]). 'Vers 1425, ils ont pour successeurs cinq de leurs compatriotes placés sous la direction d'Alonso Cornez
On attribue au même artiste, mais à tort, deux tombeaux d'évêques de la cathédrale de Leon l'pl. XI et pkot. 71, 72). L’un d’eux fpl. XI et phot. 71) est décoré d’un bas-relief charmant où est retracé un épisode de la vie du prélat. 11 a trait à des distributions de vivres qui durant une famine furent faites chaque jour à la porte du palais et qui sauvèrent la population de la pire misère.
Les progrès accomplis depuis un demi-siècle sont considérables. Cependant je n’insisterai pas et je me bornerai à le constater. D’abord parce qu’il s’agit de sculptures monochromes ou qui du moins le sont devenues; puis, j’ai hâte de décrire une œuvre magistrale, peut-être la plus remarquable qu’aient produite les polychromistes du Moyen âge.
A Saragosse, le chapitre de la Seo garde jalousement dans le trésor trois chefs d’argent émaillé où sont conservées les reliques de saint Valère, de saint 'Vincent et de saint Laurent ( phot. 74) et dont l’un au moins, celui de saint ’Valère ", fut offert en 1597 à la cathédrale par l’antipape Benoît Xlll (PL Xll et phot.
Les cheveux et la barbe d’or, mais d’un or qui s’éclaircit et s’argente sur les saillies et devient fauve dans les creux, entourent de leurs boucles souples et drues l’émail du visage. La dalmatique donne l’illusion d’un damas d’or. Le collet, de même étoffe est orné de cabochons, de perles et de quadrilobes en émail cloisonné dont les tons verts, bleus et rouges rappellent ceux des émaux de Limoges. Le buste repose sur une galerie d’excellent style. Deux anges rattachés aux balustres soutiennent la tiare au-dessus de l’écu des Ltina. Eux-mêmes s’appuient sur un cartouche où se lisent en beaux caractères gothiques le nom du donateur et la date de l’offrande ;
« Dominus Benedictus Papa XU I prius vocatus Pctrus de Lima Santé Marie in Cosmedin Diaconus Cardinalis dédit hoc relicariian Deati Valern hiiic Ecclesie Ce.saraug-iistanc anno Domini MCCC nonagesimo septimo. Ponlificatus siii anno tertio^ inhibendo sub pena excommunicationis qiiain contra faclentes ipso facto incurrani ne quovis modo alienelur ctijus sentcnlie absolutionem Sedi apostolice réservant » .
A la partie antérieure :
« Hic est capiit Beati Valerii confessoris et Episcopi hiijus Ecclesie Cesa-
raugustane . »
Planche XX.IV, — Tombeau du marquis Vasquez de Arce.
Cathédrale de Sigüen7-a. — Marbre avec traces de peinture. — CEuvre probable de Forment. Phot. inédite de l'Auteur,
LA STATÜAIRL POIACllROMH LN LSl'AGXi:.
On attribue a.i nume artiste, mais à tort, deux tombeaux d'évêques de ia cathédrale de L'.on pl. XI et phoi. -i. -2 . L'un d'eux pi. XI et phot. est décore d un bas-reliel charmant où est retracé un épisode de la vie du prélat. Il a trait à des distributions de \ ivres qui durant une l'amine furent laites chaque jour a M n irte du palais et qui sauvèrent la population de la pire misère.
L^' profçrès accomplis deptiis un demi-siècle sont considérables. Cependant K n insisterai pas et je me bornerai à le constater. D'abord parce qu'il s'agit U. sculptures monochromes ou qui du moins le sont devenues; puis, j'ai hâte de décrire une mn re magistrale, peut-être la plus remarquable qu'aient produite les pob ehromistes du Moyen âge.
A Sa:. igos.se, le chapitre de la Seo garde jalousement dans le trésor trois chef- J .irgeni émaillé où sont conservées les reliques de saint Valère, de saint Vinccm et de saint Laurent i'phol. 74) et dont l'un au moins, celui de saint Valère ", t.it oll'ert en 1597 à la cathédrale par l'antipape Benoît XIII : PL Xll et phot.
Les cheveux et la barbe d'or, mais d un or qui s éclaircit et s'argente sur les saillies et devient fauve dans les creux, entourent de leurs boucles souples et drues 1 émail du visage. La dalmaiique donne I liui.sio’i J un damas d'or. Le collet, de même étoffe est orné de cabochons, de peries et Jt quadnlobes en émail cloisonné dont les tons verts, bleus et rouges rappellent ceux des émaux de Limoges. Le buste repose sur une galerie d'excellent style. Deux anges rattachés aux balustres soutiennent la tiare au-dessus de l'écu des Lima. Eux-mêmes s'appuient sur un cartouche où se lisent en beaux caractères gothiques le nom du donateur et la date de l'offrande :
« Domtni/s Bencdiclus Papa XI/! prius rocatus Petrus de Lima Santé Marie in Cosmedin Diaconus Cardinale dédit hoc relieariiim Beati Valerii hinc Ecclesie ' i\j’auffustane anno Domini MCCC nonagesimo septimo. J'ontificatus sui anno i. ’ II. inhibendo stib pena excommunicationis ejuant contra facientes ipso facto ircii'i. III f lit ,]uoris modo aliéné tur cujus sentcntic ahsolutionem Sedi apostolice
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CHEF ËN ARGENT lËMAILLÉ DE SAINT VALÉRE.
Qiiaiid on ouvre les portes de fer qui le cachent et le préservent, le buste de saint Valère resplendit; à le considérer, l’impression s’accroît et il apparaît plus beau à mesure qu’on le contemple. J’ajouterai que le reliquaire entier est dans un état de conservation parfait. Intact, neuf d’apparence, il n'a reçu ni ce poli spécial, ni la patine trompeuse dont le temps pare les objets qu’il ne détruit pas. 11 faut s’en féliciter grandement, car son exemple rassure contre la défiance attachée au charme des polychromies anciennes.
Benoît XIll, exilé d'Espagne, habitait Avignon quand il donna le chef de saint 'Valère à la cathédrale de sa ville natale. Ce renseignement rapproché des caractères artistiques du reliquaire autorise à penser que le sculpteur, l’émailleur et l’orfèvre étaient français. Une pareille indication est précieuse. 11 est en effet à noter que si l’influence de l'architecture et de la sculpture française fut souveraine dans le nord de l’Espagne jusqu’au xv' siècle, comme en témoignent les églises romanes et ogivales et les figures qui les ornent '% nos artistes, semble-t-il, ne franchirent plus guère les Pyrénées à dater de l’époque gothique. C'est du moins la conséquence à tirer de l'examen des marchés et des comptes conservés dans les archives des églises et des couvents où l’on rencontre toujours plus nombreux les noms de maîtres espagnols. J’ai cité les plus célèbres en faisant une énumération rapide de leurs œuvres. J’agirai de même par la suite et, encore, durant un demi-siècle, peu d’étrangers se mêleront aux artistes nationaux. Il serait donc à supposer que l'enseignement se propageait à cette époque soit par l'intermédiaire des Castillans ou des Aragonais qui fréquentaient nos écoles, tel ce Juan de la Huerta dont il va être parlé, soit par celle des œuvres. De ce nombre, étaient le buste de saint 'Valère envoyé, sans doute, d’Avignon au chapitre de la Seo et l’adorable 'Vierge de Huarte (PL XIII et phot. 77), une des productions les plus exquises de l'art français au début du xiv' siècle, apportée de Paris à Pampelune en 1^49 et donnée à la cathédrale de cette ville 'L Elle est en marbre blanc et porte encore sur la figure et sur les vêtements des traces bien apparentes de peinture. Cette 'Vierge est d'autant plus précieuse qu’une inscription donne sa date, et l’on sait combien sont rares celles qui se trouvent dans ce cas. A peine en connaissait-on quatre ou cinq avant que j’aie eu la bonne fortune d’en découvrir une nouvelle.
A la même époque, on dut aussi porter en Espagne de ces beaux ivoires
(Sg)
français du xiv' siècle, ceux surtout qui semblent indiquer une tendance au naturalisme et qui préparèrent la voie à une évolution artistique prochaine,
J'ai tout lieu de penser que le merveilleux tombeau d’un autre Lima, Lope de Lima, archevêque de Saragosse, est également une œuvre que nous pouvons réclamer {pkot. 78). 11 occupe le centre d'une chapelle de la Seo où revit le souvenir de ce prélat dont la bonté l'emportait encore sur la puissance et le crédit et qui exhala son dernier soupir en 1382. Mitre en tête, crosse en main, vêtu du grand habit pontifical, il est allongé sur le sarcophage. La tête s'appuie sur un coussin aux broderies en relief fidèlement reproduites. Le visage modelé par un maître est empreint d'une béatitude céleste. Autour d'une niche pratiquée dans l'épaisseur de la muraille et où semble s'abriter le tombeau, des moines, des nonnes pleurent un bienfaiteur. D'autres figures comprises entre les arcades d'un portique ogival garnissent la face inférieure du sarcophage. Chaque personnage est traité avec une simplicité noble, sereine, sans raideur ni abandon; les draperies rappellent celles de la plus belle période de l'art bourguignon. Des statues assises occupent les angles et l'emportent peut-être encore sur les autres par la noblesse de la forme et la vigueur du sentiment exprimé.
Il est impossible de ne pas rapprocher ce très beau monument du mausolée de Philippe le Hardi, le chef-d'œuvre de l'art bourguignon et peut-être de l'art du xiv' siècle finissant ". Ce dernier tombeau auquel travaillèrent successivement jehan de Marville (1^84), Philippe van Tievin, Pierre Beauneveu, Clans (ou Clauxj Slutter mort dès 1404 et que termina Clans de 'Werve en 141 1 répond très exactement comme date, comme composition, comme technique, comme détail et aussi comme beauté au tombeau de Lope de Luna. Y eut-il communication de dessins et de maquettes et le tombeau de l'archevêque de Saragosse fut-il exécuté en Espagne par des sculpteurs aragonais sur des relevés envoyés de France? C'est l’hypothèse à laquelle je me rallierai. Les artistes espagnols étaient devenus voyageurs, en outre leurs progrès avaient été considérables, à tel point que ce fut un sculpteur catalan. Jehan (Jtianj de la Huerta, né à Daroca, qui fut choisi pour exécuter le tombeau de Jean sans Peur et de sa femme la duchesse Marguerite de Bavière
Mais, bien loin d'innover, et ce renseignement confirme mon hypothèse,
Planche XXV. — Détail du tombeau du marquis Vasques de Arce.
Cathédrale de Sigüenza. — Marbre avec traces de peinture. — CEuvre probable de Forment. Phot. inédite de l’Auteur.
(Pages 86. 87)
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français du mv* siccle. ceux surtout qui semblent indiquer une tendance au r.-Uiiralismc et qui prt parèrent ia \cnc à une évolution artistique prochaine.
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