STATUETTE DE SAINT GEORGES EN ARGENT POLYCHROME
Juan de la Huerta se borna simplement à copier les dispositions du tombeau de Philippe le Hardi. Et cependant il était un artiste de grande valeur comme en témoignent les parties du monument qu’il acheva, c’est-à-dire les anges gardiens, l’architecture du socle, deux ou trois petites statues et les gisants.
Si, comme j’en ai la conviction, le projet et les maquettes de la chapelle funéraire et du mausolée de Lope de Lima étaient d’un maître bourguignon, cet exemple montre du moins qu’il y avait en Aragon des artistes capables de s’en inspirer ou de les rendre avec une suprême habileté. Outre Juan de la Huerta, l’école catalane comptait des représentants qui permettent de l’affirmer.
C’était Pedro Juan de ’Vallfongona fPere Johan) de qui les œuvres vont être étudiées ; c’était Jordi Johan, son frère sans doute ‘q également connu sous le nom de maestrc Jordi, maestre de images; on connaît de lui le sépulcre de l’iniànte Juana comtesse d’Ampurias, approuvé en projet par le roi Pierre l’y le 4 avril i j86, et l’archange Raphaël qui couronne la belle porte de la Maison de Ville de Barcelone {phot. 79). C’étaient avec eux, les architectes et les sculpteurs de la région qui firent partie de la commission assemblée à Gerone pour déclarer si les murs de la cathédrale étaient ou n’étaient pas capables de résister au poids et à la poussée d’une coupole C’étaient encore Pedro Oller qui sculpta en 1420 le retable du grand autel de la cathédrale de Vich et en 1442 le sépulcre de Ferdinand 1" d’Aragon, les orfèvres Marcos Canyes, Francisco Vilardell et l’auteur inconnu de l’incomparable custodia de la cathédrale de Vich dont les figures valent le décor et qui donne une si haute idée de l’orfèvrerie catalane au début du xv' siècle
Auquel de ces artistes faut-il attribuer la petite statue en argent polychromé que renlerme la chapelle de l’Audiencia de Barcelone? Elle représente saint Georges (PI. XIV et phot. 80. Comp. phot. 81).
Le légionnaire de Cappadoce est debout, tout armé. La ligure dénote la jeunesse, l'énergie et la résolution. C’est bien ainsi que les milices chrétiennes devaient se représenter le vainqueur du monstre de Silènes, le saint Georges qui était apparu aux croisés avant la prise d’Antioche et de Jérusalem et qui, au temps où reporte cette image, allait bientôt guider les armées des rois d’Aragon et de Castille à l’assaut des dernières forteresses musulmanes.
L’armure est d’argent oxydé, tandis que les charnières, les clous, le ceintu-
ron, le dragon et le piédestal sont dorés et brunis. Sous la visière également dorée apparaît le visage du saint. On en peut d’autant mieu.x apprécier le mérite que conservé dans la chapelle toujours close, préservé par la saillie du casque, il n a rien perdu de sa fraîcheur. On suit chaque coup de pinceau ; on voit briller les yeux sous les paupières et courir le sang sous la peau; on trouve autour des lèvres la teinte bleutée d'une barbe drue et fraîchement rasée. Meissonier eût rehaussé de couleurs cette figure, qu’il ne l'eût pas peinte autrement.
Qitelqties autres statues méritent une mention spéciale, parce qu’à une époque où les forces artistiques étaient employées pour exécuter des retables ou des tombeaux, les figures isolées et surtout les portraits constituaient de véritables exceptions. L'une d’elles est la statue orante de Juan 11 de Castille (i4o6-i454j, le père d’Isabelle la Catholique (phot. 82J. Elle fut modelée par Juan de Borgona et placée à droite en entrant, dans la chapelle des Rois Nouveaux de la cathédrale de Burgos, chapelle « dont le monarque avait été un insigne bienfaiteur », si l’on en croit l’inscription placée au-dessous du socle. La chapelle, dite de Nuestra Seîiora de la Antigua, du même édifice, n’est pas moins favorisée. C’est d’abord Don Gutierre de Cardenas, duc de Magueda, commandeur-major de Leon dans l'ordre de Santiago et gouverneur pour les Rois Catholiques, offrant son fils à la Vierge {phot. 83); puis, vis-à-vis, sa femme, Dona Teresa Enriqtiez, fondatrice de la collégiale du Très-Saint-Sacrement et connue sous le nom de la Folle du Saint-Sacrenicnt vouant elle aussi sa fille à la mère du Christ ipliot. 84).