LE RETABLE, SON ORIGINE ET SES TRANSFORMATIONS
Retable de San Feliii de Gerone. — Retables de la cathédrale de Tarragone, de la caihédrale de Saragosse et de la chagelle de Santiago dans la caihédrale de Tolède.
ES diverses compositions qui viennent d'être citées, quelques-unes considé-
rables et déjà tort intéressantes, permettent de caractériser le style tradi-
-I— ^ tionnel de la sculpture à la fin du xiv' siècle. C’est là un point du plus haut intérêt, car c'est aussi le moment où les grands artistes vont s’allier pour enfanter leur œuvre maîtresse, leur œuvre de prédilection et lui prodiguer sans les compter jamais le temps et le talent. Je veux parler du retable.
Certes, l’Espagne n’est pas le seul pays où l’on voit des retables, mais nulle part ailleurs ils ne prirent l’importance, les dimensions et la magnificence que le clergé, les fidèles et les artistes, unis dans les mêmes sentiments de piété, leur donnèrent dès cette époque et leur conservèrent depuis. L’architecture y déploie son charme et ses grâces, des tableaux parfois excellents s’y allient aux bas-reliefs, la sculpture y épuise ses ressources, la dorure et la polychromie en rehaussent encore la richesse et la beauté ; enfin il en existe qui rivalisent de hauteur et de largeur avec les nefs immenses des cathédrales et qui ne trahissent dans leur exécution ni défaillance ni faiblesse. A ces divers points de vue, le retable peut être considéré comme une œuvre caractéristique des arts de 1 Espagne.
La Câmara Santa d Oviedo possède, entre autres objets de grande valeur, quelques diptyques dont l’un remonte au milieu du xii' siècle. Ces diptyques d origine romaine et païenne avaient été adoptés par les premiers chrétiens sous le nom de diptyques des Apôtres, des Martyrs, des Evêques. Ils devin-
rent bientôt un objet d’offrande et s'enrichirent en raison de la situation du donateur et du destinataire.
En Espagne, dès le début de leur construction, ils servirent de reliquaires et d’autels portatifs durant les expéditions entreprises contre les Mores. Les chroniques, qui font souvent mention des diptyques et des triptyques reliquaires, ne laissent subsister aucun doute sur leur destination. 'Voici ce que dit à leur sujet la chronique latine d’Alonso "VH de Castille (i i j8-i 1 57) dans le récit de la triste journée de Fraga fi 1 5 j) où périt Alphonse 1" d’Aragon :
« Habebat autem rex Aragonensium semper secum in expeditione quamdam arcam üictam ex auro mtmdo, ornatam intus et foris lapidibus pretiosis, in qua erat crux salutaris ligni reliquiæ veneranda, quo Dominus noster Jésus Christus, Dei Filius, ut nos redimeret, suspensus est... et habebat pariter pyxides eburneas coopertas auro, argento et lapidibus pretiosis, plenas reliquiis S. Mariæ et ligni Domini, apostolorum, martyrum et confessorum, virginum, patriarcharum et prophetarum : erant repositæ in tentoriis, ubi erat capella, quæ semper juxta regis tentoria adjacebat, easque quotidie vigilantes sacerdotes et levitæ et magna pars clericorum observabant semperque offerebant super sacrificium Domino Deo (Num. xxij. »
Ces pyxides à'i\o\ve pleines de reliques étaient sans doute fort analogues aux tablas alfonsinas que possède encore l’église patriarcale de Séville et qui sont en réalité un triptyque également très riche en reliques. En l’espèce, ce sens spécial de pyxis me paraît d’autant plus certain que la jnjxw est un objet bien distinct comme forme de ïarca facta ex auro mnndo (cassette d'or) dont il est parlé plus haut, et que les Lti/ji de Séville furent léguées par Alphonse X le Savant (1220-1284), Fauteur du célèbre code des Siete Partidas ' , qui vivait à une époque relativement voisine de celle où avait régné Alphonse I" d’Aragon.
A mesure que l’œuvre de la reconquête se développait, les diptyques, les triptyques et les pentaptyques devenaient plus nombreux, plus riches et plus grands. Les uns servaient de pierre sacrée, d autres étaient disposés sur l’autel de campagne. L’u.sage s’en généralisa et des autels portatifs, ils passèrent sur les autels placés à demeure dans les églises.
Nulle part cette transformation ne se montre aussi claire que dans certaines
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Ces pyxides à "wo'ire pleines de reliques étaient .sansuM'.i ' : i analogues aux tablas alfonsinas que possède encore l'église patriarcale de Sénile et qui sont en 11' alité un triptyque également très riche en reliques. En l'espèce, ce sens .spécial de pyxis me paraît d'autant plus certain que la pyxis est un objet bien distinct comme forme de Varca facta ex auro mundo (cassette d'or) dont i! est parlé plus haut, et que les tablas de Séville furent léguées par Alphonse X le Savant (1220-1284), fauteur du célèbre code des A/c/c Par/ l'iuv qui vivait à une époque relativement voisine de celle où avait régné Alphonse 1" d'Aragon.
A nu sure que l'œuvre de la reconquête se développait, les diptyques, les tri-
pies et les pent ipi ' .mes devenaient plus nombreux, 'du- ' iches et plus grands. ■ ’ • i \ .li.-posés sur l'autel dé cam-
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