RETABLE DE SAN FELIU
églises de Catalogne et de Navarre où la tradition du triptyque et du pentaptyque se conserva, semble-t-il, plus longtemps que dans l’ouest de la péninsule. Je citerai San Feliu de Gerone, mais l’on trouverait des exemples probants à Barcelone, à Tarragone, à Pampelune et dans maintes autres villes en dehors même de l’Espagne.
Le retable du maître-autel de San Feliu se divise en deux parties bien distinctes. La première, la partie centrale, comporte, réparties sur trois étages et surmontées de pinacles ouvragés de style gothique, neuf niches au fond desquelles se dressent des statues de saints. Les reliefs puissants et les creux accusés de l’architecture donnent à la composition une grande vigueur décorative. Elle est encore accrue par la dorure des ornements et par la polychromie des ligures. D'une manière générale, les chairs, les tuniques et les robes sont peintes sans rehaut de métal, tandis que les capes et les manteaux sont en étoffe damassée d’or. La seconde partie du retable est constituée par deux ailes ou volets enrichis de rinceaux au milieu desquels se détachent les grands prophètes dont les images, prises comme les ornements dans l’épaisseur du bois, sont comme eux aussi dorés en plein. Enfin, l’ensemble repose sur un socle largement traité, où commencent les divisions qui se poursuivent à la partie supérieure. La forme des ailes du retable, le soin que l’on a pris de donner très peu de saillie à leur décoration, leur découpage extérieur qui reproduit le découpage du tableau central accusent la fonction primitive de chaque membre du retable et aident à remonter jusqu’au modèle initial. Plus tard, ces détails, dont on avait oublié l’origine, parurent superflus ou gênants ; puis, les volets lurent transformés en une sorte de cadre très riche, très fouillé. Du tableau central, les motifs de sculpture en rondebosse s’étendirent sur les parties latérales, toutes les distinctions s’effacèrent et, par degré, l’on perdit de vue le modèle primitif.
Grâce aux heureuses circonstances qui ont soustrait quelques monuments aux atteintes du temps, il n’en reste pas moins établi que le retable, malgré ses dimensions partois colossales, est la transformation suprême de ces petites images qui apparaissent dans le mobilier religieux aux premiers siècles de l’ère chrétienne, que les paladins accrochèrent plus tard à l’arçon de la selle pour prier devant elles avant de se jeter au cœur de la mêlée et que les prêtres dépliaient au-dessus des autels de campagne dans les expéditions contre
l'envahisseur musulman. Peut-être même les pieux souvenirs que les Espagnols gardèrent toujours de cette période héroïque ne furent-ils pas étrangers à l’étonnante fortune que le triptyque a eue chez eux.
Je ne possède pas de renseignements sur les auteurs du retable de San Feliu. Étant donné la situation de Gerone, il y a tout lieu de croire qu’ils étaient catalans. 11 faut également attribuer cette nationalité à Pedro Juan de Vallfongona et à Guillermo de la Mota qui taillèrent dans l’albâtre l’adorable retable de la cathédrale de Tarragone (PL X'V, XVI etphol. 8i, 86, 85).
Des pinacles charmants couronnent un bas-relief représentant la Vierge et le divin Enfant. A droite et à gauche, deux figures fort belles, plus grandes que nature considèrent le groupe avec une pieuse émotion. D’un côté, se tient saint Paul qui, si l’on en croit la tradition, évangélisa la Tarragonaise ; de 1 autre, sainte Thècle, une disciple de l’apôtre, qui fut martyrisée en ce lieu même.
Jacques de Voragine, qui a consacré à la sainte une page délicieuse de la Légende Dorée, dit à son sujet :
« Paul lut saisi et mené en prison et Thècle l’y suivit. L'apôtre et la
vierge lurent amenés devant le juge qui condamna Paul à être battu de verges et expulsé de la ville et Thècle à être brûlée vive. Elle s’élança joyeuse sur le bûcher; mais aussitôt, il tomba du ciel une forte pluie qui éteignit le feu et il survint un grand tremblement de terre qui lit périr beaucoup de païens, et Thècle put se sauver, et elle se réfugia dans la maison oit demeurait Paul, toute joyeuse de voir l’inspirateur de sa conversion. Elle voulut se couper les cheveux et l’accompagner déguisée en homme; mais l'apôtre ne le permit pas, car elle était d’une grande beauté... »
Ici, la sainte apparaît, telle que la décrit Voragine, le visage séraphique, le corps nu, les mains jointes, priant au milieu des flammes qui l'enveloppent sans la brûler. Des anges l'encouragent et la soutiennent sous les bras tandis que dans le bas de la composition grimacent les têtes des damnés (PL XV). Plus loin, elle garde la même sérénité parmi les reptiles et les bêtes malfaisantes qui pullulent dans l’étang où on l’a précipitée (PL XVI, fig. i).
11 fut un grand maître, un maître d’une science consommée et d’un sentiment très pur, celui qui modela ce corps aux formes délicates et charmantes.
LA STATUAIRE rOLYCHROME EN' ESPAGNE.
l'envahisseur musulman. Pcut-ü-ire même les pieux souvenirs que les Espagnols gardèreni toujours de cette période héroïque ne furent-ils pas étrangers à l'étonnanie fortune que le triptyque a eue chez eux.
Je ne possède pas de renseignements sur les auteurs du retable de San I eiiu. Étant donné la situation de Gerone, il y a tout lieu de croire qu'ils étaient catalans. 11 faut également attribuer cette nationalité à Pedro Juan de ^'allfongona et à Giiillénnu de la Mota qui taillèrent dans l’albâtre l'adorable retable de la cathédrak de Tarragone (PI. XV, XVl et phol. 8i, 86, 85).
Des pinacles charmants couronnent un bas-relief représentant la Vierge et le divin Enfant. A droite et à gauche, deux figures fort belles, plus grandes que nature considèrent le groupe avec une pieuse émotion. D'un côté, se tient saint Paul qui, si l’on en croit la tradition, évangélisa la Tarragonaise; de I atitre, sainte Thècle, une disciple de l'apôtre, qui fut martvTisée en ce lieu même.
Jacques de Voraginc. qui a consacré à la sainte une page délicieuse de la I i -ende Dorée, dit à .son r-tijet :
« Paul fut saisi et mené en pris<m et Thècle l’v suivit. 1. apôtre et la
K i c.e lurent amenés devant le juge qui condamna Paul a ..t. c battu de verges et e.vptilsé de la ville et Thècle à être brûlée vive. Elle sel.ine-t joyeuse sur le bûcher; mais aussitôt, il tomba du ciel une forte pluie qui et<ignil le feu et il survint un grand tremblement de terre qui fit périr beaucoup de païens, et Thècle put se sauver, et elle se rélugia dans la maison où demeurait Paul, toute iP.euse de voir l'inspirateur de sa conversion. Elle voulut sc couper les che- 'a,nx et l'accompagner déguisée en homme; mais l’apôtre ne le permit pas, tër elle était d’une grande beauté... »
Q Ici. la sainte apparaît, telle que la décrit Voragine, le visage séraphique, le i.^rps nu, ks mains iivinies, priant au milieu des flammes qui l'enveloppent Pn- la brûler. Des anges l'en touragent et la soutiennent sous les bras tandis que ii lu: de la composition grimacent les têtes des damnés (PI. XVJ. Plus *■■■ r c.. d ■ la même sérénité parmi les reptiles et les bêtes malfaisantes qui 'Se.ji ■: .G ’ Miic f . l a précipitée I PI. XVl, fig. ij.
Il lui i... -‘1 maille, un maître d une sut-nce consommée et d'un sen- L|i!i très pur. , r-.n qui in. ... ci c, erps aux formes délicates et charmantes,