RETABLE DE SAINTE THÈCLE A TARRAGONE
ces seins ii peine formés, ces bras souples et fins, celui qui sut donner à la femme un pareil caractère d'élégance et de grâce séraphique.
L’étude du corps humain ne fit pas oublier celle de la flore et de la faune. Les fleurs, les feuillages, les animaux sont traités avec une habileté surprenante. 11 n’est pas jusqu’à la petite mouche posée sur l'épaule du taureau qui va traîner la sainte et lui déchirer le corps aux pierres du chemin qui ne semble prête à s’envoler (PL XVI, fig. 2).
Dans les intervalles ménagés entre les bas-reliefs, des statues représentant les prophètes, les apôtres, des saints, des saintes reposent sur des culs-de-lampe ornés de linceaux au milieu desquels sourient des visages de femmes. Les détails d'architecture, les ornements, les figures décoratives forment autour de chaque tableau un cadre d'un goût exquis, digne du sujet qu'ils sertissent. On ne saurait surpasser en science et en habileté technique l’artiste qui les composa et les praticiens qui les taillèrent.
Comme beaucoup de monuments de marbre et d’albâtre, le retable de Tarragone a été soumis à des lavages méthodiques, mais il conserve des vestiges de peinture et de dorure si nombreux que l'on peut sans erreur en reconstituer la très curieuse polychromie. D’une manière générale, elle était or et bleu.
Dans l’architecture, l’or était employé pour les membres en saillie et le bleu clair, de la nuance et de la valeur de ceux que les peintres nomment cendre bleue, était réservé pour les filets et les fonds plats. Les chairs étaient variées de ton suivant qu’elles appartenaient à la sainte, aux femmes qui l’entourent ou aux bourreaux qui la persécutent; mais, d’une manière générale, les vêtements étaient en drap d’or doublé d'une étoffe bleu foncé. Tantôt le drap d’or est uni, tantôt 1 or forme le fond et tantôt il constitue les dessins associés dans les deux cas avec le bleu. De même les galons s’enlèvent ici en note brillante, là, en note foncée. Discrètement mêlées aux bleus, quelques chapes d’évêques, quelques coiffures, quelques pièces des vêtements sont brun rouge uni ou damassé d or. Enfin, les bas-reliefs sont découpés dans l’albâtre et se détachent sur un ciel formé par des plaques d’émail bleu foncé sur le fond duquel brillent des rinceaux dorés. Je ne connais pas un autre exemple d’une décoration analogue.
Il est probable que Pedro Juan et Guillermo de La Mota, en adoptant cette gamme bleue si particulière, avaient eu pour dessein de mqttre sainte Thècle dans
une atmosphère virginale et céleste. Pourtant, les deux magnifiques tombeaux que j'ai signalés à Santas Creus {phot. 58, 59), dans le voisinage de Tarragone, sont placés sous des édicules dont le marbre gris paraît avoir été peint également en bleu, en brun rouge et dont les moulures saillantes étaient dorées. J’ajouterai que le bleu ne jouait pas dans la décoration des tombes royales de Santas Creus, le rôle dominant qui lui fut attribué à Tarragone.
Le retable de sainte Thècle ne vaut pas seulement comme œuvre d'art ; il est encore l'un des premiers en date de ces grands monuments que les églises voudront toutes posséder et où vont aboutir pendant plus de deux siècles les efforts communs des architectes, des sculpteurs et des peintres espagnols. 11 est donc intéressant de préciser que Pedro Juan de Vallfongona le commença le 4 mars [426, qu’il sculpta les bas-reliefs et les statues des deux premiers corps, qu’il y travailla concurremment avec Guillermo de la Mota plus spécialement chargé sous sa direction de l’exécution du cadre et des ornements architectoniques, mais qu'à dater de 1436 il se consacra d’une manière à peu près exclusive au retable de la cathédrale de Saragosse et ne garda plus qu’une sorte d’inspection sur le retable de Tarragone qui fut terminé par Guillermo de la Mota. Les archives de la cathédrale fournissent à ce sujet des renseignements précis’.
Par ses grandes dimensions, le retable de sainte Thècle n'a aucun rapport avec les retables exécutés hors de l’Espagne. Comme le tombeau de l’archevêque Lope de Luna, il se rattache pourtant sous bien des égards aux sculptures et aux triptyques sortis des ateliers bourguignons au début du xv' siècle. La pureté et la légèreté de l’architecture rappellent les œuvres polychromes nées de l’association de Jacques de Baerze et de Melchior Broederlam ou des autres grands peintres et sculpteurs de l’école de Dijon L
Le retable de Tarragone avait, sans doute, mis le sceau à la réputation de Pedro Juan car, avant même qu’il ne fût terminé, le chapitre de la cathédrale de Saragosse lui confiait l’exécution d’un retable destiné au maître-autel. Pedro Juan s’adjoignit Pedro Garces, Guillermo Mocet et Pedro Navarro. A sa mort survenue en 1447, les travaux de sculpture furent suspendus. L’arrêt dura vingtsix ans. Des marchés et des reçus conservés dans les archives de la Seo il résulte qu’à l’époque où ils furent repris, les premiers collaborateurs se sentant déjà vieux s’en remirent à Gil Morlan du soin d’exécuter le tabernacle et les anges
Planche XXVII. — Mise au tombeau de la basilique de Saint-Sernin. Musée de Toulouse.
Terre cuite peinte et dorée. — Phot. inédite de l'Auteur.
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Le retable de farragonc .iv.iU, sans doute, mis le .sceau à la réputation de l'edro Juan car, avant mênte v|u . n, iru i,,rminé. le chapitre de la cathédrale ; e.^, Pcxécu! y .1 er. retable Jesuué au maître-autel. Pedro :i u-'n;' ■ ' d. 1 -darces. juJieivr. . Moect et Pedro Navarro. .A sa mort v;-.' i ,v. I, V O s cp-jj: . furent suspendus. L’arrêt dura vingt-
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