‹ La statuaire polychrome en Espagne; illustré de quatre-vingts planches tirées hors texte et de trois planches en couleursChapitre 34 sur 171 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

TECHNIQ.UE DE LA STATUAIRE POLYCHROME

Confréries d'artistes concourant à l'exécution d’un retable : Traxadorcs, iinagineros, encarnadores, estojadores, doradores. — Querelles et luttes de confréries.

L’étude de ces premiers monuments et l’examen de ceux que j’aurai l’occasion d’étudier plus tard montrent, quand il s’agissait d'un retable important, que l’art suprême résidait dans la manière de le diviser en tableaux distincts, groupés autour du sujet central, tout en laissant à l’œuvre une grande unité de composition et d'exécution. En outre, le cadre général, bien que séparé de I édifice et approprié à sa destination spéciale, devait se reliera l’architecture et participer de son style. On conçoit donc que les évêques et les chapitres exigèrent de très bonne heure la production de dessins d’ensemble, ces tracés dont il est fait mention dans les contrats, et que la direction d’un travail, nécessitant parfois un demi-siècle d’efforts, fût confiée à l’artiste dont le projet, après avoir été agréé, était suivi jusqu’à complet achèvement.

Le traceur, celui que l’on nomma plus tard l’architecte ensamblador (assembleur), n’avait pas cependant la haute main sur tous ses interprètes. Tandis que les sculpteurs, les ornemanistes, les dessinateurs, le maître maçon et le maître charpentier, suivant le cas, lui étaient subordonnés, les peintres, les dainasseurs et les doreurs échappaient à son contrôle. Leur indépendance tenait au prix que 1 on attachait à leur collaboration et à la part, en effet très considérable, que ces artistes eurent toujours dans l’œuvre commune.

Ce simple énoncé montre qu’une sculpture polychrome, avant d’être termi-

LA STATUAIRE POLYCHROxME EN ESPAGNE.

née, nécessitait l’intervention successive de quatre corporations ou confréries d’artistes distincts :

1° Les traiadores qui devinrent plus tard les arquitectos ensainbladores.

2° Les imap-ineros dont les cscultores et les talladores furent les héritiers.

Ÿ Les encarnadores.

4° Les estofadores et les doradores.

Le tra-^ador ou traceur est l’auteur du projet. Il le compose, dessine les ornements et les profils, dirige la construction proprement dite et surveille l’exécution des sculptures, travaux pour lesquels il a traité à forfait. Les iinagineros ou sculpteurs en figures à qui le traceur remet ses dessins, les traduisent en relief et les taillent plus tard, soit dans la pierre, soit dans le bois. Ces artistes ont pour aides les sculpteurs chargés de fouiller les ornements et de profiler les moulures. C’est le moment où interviennent les encarnadores ou peintres de chairs, les doradores ou doreurs et les estofadores ou peintres d’étoffes. 11 semble que le maître encarnador exerçait une sorte de suprématie sur les autres artistes et qu’il était chef d’atelier. En tout cas, il traitait seul et à forfait du prix de la polychromie qui s’élevait partois à la moitié environ du prix total de revient ou, si on le préfère, à un chiffre équivalent à la somme versée entre les mains de l’auteur du projet pour le rémunérer, ainsi que les sculpteurs et les patrons chargés de la fourniture des matériaux, de la construction et de la mise en place du retable. 11 est intéressant de noter que dans l’antiquité grecque le sculpteur et le peintre d’une statue recevaient aussi un salaire égal '.

A ces premiers renseignements, et à défaut de tous les autres, on jugerait de l’importance que prit de bonne heure la peinture et la dorure des statues et des bas-reliefs. C’était justice, maisà l’époque oùnous reporte cette étude, c’est-à-dire au milieu du xv' siècle, ces deux arts avaient atteint un si haut degré de perfection qu’ils illusionnent parfois sur la valeur du modelé. Dépouillés du prestige de la couleur, tels saints, telles vierges que l’on regarde avec plaisir se montrent vulgaires, prétentieux, s’amoindrissent et disparaissent.

Pendant longtemps le peintre des chairs hésita entre le poli de l'ivoire et le mat. L’artiste qui s’est fait l'historien de ces variations et qui ramena ses confrères à l’emploi des teintes mates, Pacheco, nous a laissé sur cette branche de la polychromie des renseignements d’autant plus précieux qu’ils émanent d’un

Planche XXVlll. — Crucifiement. Tras-Sagrario de la cathédrale de BuRüO^.

Albâtre avec traces de peinture. — Œuvre de Philippe de Bourgogne — Phol. Lévy.

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