PLAIDOYER DE PACHECO EN EAVEUR DE LA STATUAIRE POLYCHROME
grand peintre, d’un critique éminent et du maître et beau-père de "VelasquezC
« Plaise à Dieu, dans sa miséricorde, d'exiler do ce monde ces vulgaires émailleurs et, dans l'intérêt supérieur de la vérité, de l'harmonie et de l'éciairage, de propager pour les chairs l'usage de la peinture mate qui se rapproche davantage de la nature, se prête à des retouches nombreuses et permet de faire à leur aide les délicatesses que nous admirons aujourd'hui. Il est bien vrai que les modernes, c’est-à-dire ceux que je place entre les peintres anciens et nous, commencèrent à employer ce genre de peinture ainsi que nous l’apprenons par leurs traités de sculpture et que nous le voyons sur les vieux retables. Mais le mérite de l’avoir ressuscité en Espagne et de donner, grâce à lui, une meilleure lumière et plus de vie à la bonne sculpture, j’ose le dire, en vérité, c’est à moi qu’il revient. Du moins, suis-je le seul à Séville qui, dès l’an 1600, le prônai et l'appliquai. Il est bien connu en effet que, le 17 janvier de cette année, je peignis en mat le premier Christ qu’e.xécuta le célèbre orfèvre Jean-Baptiste h'ranconio d’après le modèle du crucifix aux quatre clous de Michel-Ange, modèle qu'il avait rapporté de Rome. Depuis cette époque tous les artistes m'ont imité. Il serait trop long d’énumérer les œuvres remarquables de Gaspar Nunes Delgado et de Juan Martinez Montaùes que possède cette ville et auxquelles j'ai collaboré-, mais je serais sans excuse si je ne signalais pas quelques-unes d’entre elles, puisqu'elles sont parmi les meilleures qui ont établi et prouvé la supériorité de cette invention. Ce sont le saint Jean-Baptiste du monastère de Saint-Clément et les Ecce homo de terre-cuite que fit Gaspar Delgado, le saint Dominique de Portaceli du célèbre Juan Martinez Montaiîes {PI. LXVIII) et les deux tètes de saint Ignace et de saint François Xavier de la maison professe des Jésuites (phot. 1 17, i 18), le Christ que donna Don .Mateo Vasquez au couvent de la Chartreuse et, avant tout, le saint Jérôme de la Pénitence exécuté par le même artiste pour le couvent de Saint-Isidore-des-Champs, qui n’a jamais été égalé jusqu'à ce jour et que je tiens pour le chef-d'œuvre de la peinture et de la sculpture.
« Où ont-ils pris leur audace ceux qui ont osé dire que la peinture sur les surfaces planes dominait tous les arts et que s'ils s’avisaient de peindre les chairs d’une statue, ils le feraient mieux avec les pieds que les spécialistes avec les mains ? Ils se trompent grandement en cela, car, lorsqu'ils l’essayent, ils n'apportent dans ce travail ni grâce, ni légèreté, ni fraîcheur...
« De même que l'on imite la nature sur une tête bien dessinée, de même que l’on rend la couleur, les délicatesses des yeux, de la bouche, le brillant et l’éclat des cheveux, de même on peut sur une bonne sculpture provoquer l'admiration, comme en témoigne l'enthousiasme de ceux qui voient les œuvres que j’ai peintes en mat. Le fait est si public que je m’e.xcuse de cette insistance. »
De ce passage si instructif à bien des titres, je ne retiendrai pour le moment que la phrase relative aux difficultés que présentait et aux études que nécessitait la peinture des chairs sur les reliefs et aux justes louanges que l’on adressait cà l'auteur d’un morceau bien exécuté, c’est-à-dire à ï encarnador .
L'eslofador ou peintre d’étoffe ne pouvait prétendre au même renom que Vencaniador et pourtant il était un précieux collaborateur. A proprement parler, eslofar consiste à enlever avec un poinçon la couche de couleur étendue sur une surface dorée et à mettre à nu le métal soit pour dessiner des ornements ou des hachures, soit pour cerner et séparer les divers tons employés.
Mais on appelle encore estofar poser à la détrempe quelques reliefs sur for bruni et aussi peindre des étoffes sur fond or. Les mots estofar, cstofador sont tous formés du mot estofa, parce que le talent de l’artiste consistait à reproduire les estofas, c’est-à-dire les rinceaux ou les arabesques et à donner aux tissus le chatoiement et les reflets des beaux damas de style persan dont étaient faits les habits des grands personnages et que, dans sa piété naïve ou dans son amour des vêtements somptueux, l’artiste attribuait aux saints comme aux autres habitants du paradis K
Le dorador était peut-être distinct de l'estofador, en tout cas il était son auxiliaire indispensable. Non seulement les bijoux, les armures et certaines parties des vêtements étaient dorés en plein ou estofados suivant le cas, mais les étoffes unies et jusqu'aux tissus blancs, étaient peints sur or. Le métal constituait tour à tour les dessins ou les fonds à moins qu’il ne fût couvert de glacis colorés qui, tantôt transparents, tantôt à peu près opaques, n’en empruntaient pas moins aux dessous métalliques une chaleur et une richesse qu'il serait impossible d'obtenir faute de recourir à cet artifice.
Quant aux ors pleins, ils sont, suivant les cas, brunis, demi-mats ou mats, et apparaissent unis ou portant un travail de surface. Sur le métal, on traçait légèrement au minium les contours des dessins, des fleurs ou des rinceaux que l'on voulait représenter. Puis, on imprimait les espaces ainsi limités, soit au burin, soit avec des roulettes variées par la forme et la grosseur d’un grain gravé à la surface. Sans enlever le métal, le doreur graduait ainsi son éclat, diversifiait sa couleur, accentuait les reflets et lui communiquait une véritable puissance décorative.
C’est encore Pacheco qui nous renseigne sur les procédés et nous initie à l’art de damasser les vêtements des statues polychromes :
« Merveilleuse fut l’invention que firent les vieu.x peintres pour orner les figures en relief et l’architecture des retables, les dorer en or bruni et les damasser... Les couleurs
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