LES ARTISTES FLAMANDS EN CASTILLE ET EN ARAGON
Arrivée à Tolède et à Biirgos d'architectes, de sculpteurs et de polychroinisles bourguignons, llama)ids et allenuDids. — Leur influence sur les écoles espagnoles du. Nord. — Retables du musée de Vulladolid, de la cathédrale de Palencia et de la chapelle Sainte-Anne de la cathédrale de Burg.os. — Monuments funéraires et retable de la Cbaiirense de Miraflores. — Tombeau de Padilla au musée de Burgos. — Tombeau du Parral.
J'ai eu l'occasion de préciser que les moines de Cluny et de Cîteaux, et que les architectes Irançais appelés par des évêques souvent français avaient doté l’Espagne d'un art emprunté d’abord à nos provinces méridionales limitrophes des Pyrénées, puis à l’Aquitaine, à la Bourgogne et, durant la période gothique, aux écoles du Nord et de l'Ouest.
Dans toute la France, durant cette période, la statuaire polychrome était en honneur; mais il existait aussi en Bourgogne, en Flandre, en Allemagne, en Italie et jusqu’en Pologne des centres où elle était cultivée avec un éclat particulier. J’ai cité les noms de polychromistes célèbres tels que Jacques de Baerze et Melchior Broederlam en Bourgogne, André Beauneveu et Jean van Eyck dans les Flandres, Michel Colombe, Antoine Just et Germain Pilon en France. L’on sait, d’autre part, en quelle réputation fut à Dijon, vers la fin du xiv" siècle et le commencement du xv“, l’atelier du sculpteur Claus Slutter, Fauteur célèbre du tombeau de Philippe le Hardi et du puits de Moïse. Autour de nous, chacun a pu voir dans le musée de Bruxelles, à Dijon et au Louvre même, une collection de petits retables, des fragments d’architecture, des tombeaux, des statues où s’allient la forme, la couleur et les ors. Comme je l’ai fait remarquer, il semblait que sous
ces climats où les nuits sont déjà longues, et les hivers prolongés et brumeux,
I honime ait cherché un élément de gaîté, comme une note de lumièie dans la vivacité des couleurs et l’éclat des métaux précieux.
Quoi qu'il en soit, un rapprochement facilité par la communauté de leurs instincts ou de leurs goûts artistiques s effectua chaque jour plus étroit entie l’Aragon et la Castille d'une part, et de l’autre entre ces deux royaumes et les contrées qui leur avaient déjà fourni des architectes, des sculpteurs et des peintres. Jusqu en 1400 environ 1 Espagne resta fidèle a la France et a la Bourgogne et garda leurs maîtres pour éducateurs ou pour conseillers. Dans la période suivante, il en ira tout autrement. La Bourgogne évincera la France et à la Bourgogne se substitueront par degrés la Flandre et 1 Allemagne dont la double influence deviendra si puissante que les artistes du Nord seront tantôt les collaborateurs et parfois les concurrents de leurs contrères espagnols.
L'on ne saurait contester le rôle que les ordres religieux jouèrent dans la création en Castille et en Aragon d'écoles d’architecture et de sculpture polychromes procédant des écoles bourguignonnes ' . Mais leurs efforts n eussent peutêtre pas été couronnés d un pareil succès si des relations de famille très étroites ne s'étaient établies dès la fin du xL siècle entre deux pays que rien ne semblait devoir rapprocher. Alonso VI de Castille, le Bouclier de la Foi, épousa en 1080 Constance, fille de Robert 1" duc de Bourgogne. 11 en eut une fille, la célèbre Urraca, et la maria, vers l’âge de dix ans, à Raymond, fils de Guillaume 1" comte de Bourgogne, qui fut fait comte de Galice en récompense des services rendus par lui au siège de Tolède, alors que son parent Henri de Besançon obtenait en 1094, avec la main de Teresa — une fille naturelle du roi, — le comté de Portugal. Ce sont les premières racines que la maison de Bourgogne allait pousser dans le sol de l’Espagne, racines prolondes et vivaces, car le comté de Portugal devait bientôt se changer en royaume, tandis que le fils d Urraca et du comte Raymond devait régner plus tard sous le nom d Alphonse Vil, dit l’Empereur de l’Espagne chrétienne, et occuper avec éclat le trône de Castille.
A la suite de ces multiples alliances, la Castille et 1 Aragon, d une part, et la maison de Bourgogne entraînant à sa suite les Flandres et F Allemagne", de 1 autre, étaient restés en rapports suivis ; des ambassades étaient échangées et c est ainsi que Ferdinand le Catholique avait conclu un traité d alliance avec Charles
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