‹ La statuaire polychrome en Espagne; illustré de quatre-vingts planches tirées hors texte et de trois planches en couleursChapitre 38 sur 171 · ARRIVÉE DES MAITRES FLAMANDS A BURGOS · texte numérisé non relu

ARRIVÉE DES MAITRES FLAMANDS A BURGOS

le Téméraire et, après la catastrophe de Nancy (1477), avec la duchesse Marie.

II semble que les peintres vinrent les premiers®; en tout cas les architectes et les sculpteurs suivirent de très près. Les archives de la cathédrale de Tolède mentionnent Juan et Bernardino de Bruxêlas ■*, les Guas ou Was ’ ainsi que les quatre frères Egas (Hantje van der Eycken) dont l'un, Anequin*’, dirigea les travau.x de sculpture de la porte des Lions {phot. 88) qu'avait appareillée Alfonso Fernandez de Liena L De leur côté, les archives de Burgos nous font connaître la dynastie des Colonia, Juan, Simon et Francisco qui, tous trois, travaillèrent pour la cathédrale ® et celle non moins nombreuse des Borgona. On se souvient que c'est Juan de Borgona®® qui vers 1460 sculpta la statue orante de Don Juan 11 placée dans la chapelle des Rois Nouveaux de la cathédrale de Tolède.

Le mariage de Dona Juana, fille des Rois Catholiques, avec Philippe le Beau (1496), multiplia les contacts de l'Espagne avec la Bourgogne et les Flandres et détermina de nouveaux artistes tels que Copin et plus tard Cornielis de Holanda ” à se fixer dans les grandes villes de l'Aragon et de la Castille. On trouve concurremment avec ces noms ceux de nombreux artistes appelés Aleman. L'un d'eux, Juan Aleman avait déjà exécuté en 1462 les apôtres qui décorent la façade principale de la cathédrale de Tolède, les Marie, le Nicodème et quatre statues d'hommes de la porte des Lions du même édifice. Un second Juan Aleman, élève de Jorge Fernandez Aleman, termine en 1512 quelques sièges du chœur de la cathédrale de Séville ; Rodrigo Aleman sculpte vers la même époque les curieuses boiseries du chœur de la cathédrale de Palencia ; enfin, en 151)7 Igs archives de la cathédrale de Séville mentionnent deux orfèvres, Mateo et Nicolao et un peintre en vitraux, Micer Cristobal, portant le même surnom caractéristique”. 11 est probable que les uns et les autres venaient d Allemagne. La manière du premier surtout, qui rappelle le style qu Albert Dürer caractérisera plus tard, confirme sa nationalité. Néanmoins aucun document ne l'établit d'une manière certaine.

L influence des écoles du Nord fut d abord peu sensible ; elle devint manifeste vers 1475 prépondérante à la fin du siècle, quand Tolède, où s'étaient fixées quelques familles d artistes bruxellois donna droit de cité à des Hollandais et sans doute à des Allemands au nombre de qui étaient ceux dont les archives de la cathédrale nous ont conservé les noms. La vieille place d'armes de l Espagne

chrétienne devint ainsi un foyer artistique qui rayonna sur les deux royaumes de Castille et d’Aragon. Cette transformation de style et de goût fut en partie l’œuvre des frères Guas, d'Egas Anequin et de Juan Aleman dont la renommée fut grande et l’action considérable. Elle porta non seulement sur le style, mais sur la nature des œuvres. Certes, le retable resta le but commun des efforts des artistes nationaux et étrangers ; on commença pourtant à voir quelques images ou quelques groupes isolés, traités dans le sentiment réaliste qui prévalait dans les pays du Nord.

Les Christs sont maigres, décharnés ; la peau plisse sur le corps. Les 'Vierges portent l’âge des femmes dont les fils ont atteint l’âge de Jésus mourant sur le Golgotha. Une descente de croix anonyme que l’on voit à Salamanque (PL X’Vllj'’, le bas-relief en bois qui, à la cathédrale de Barcelone, garnit le tympan de la porte de la Pieta {phot. 89), puis plusieurs tableaux, les uns de Bartholome Bermejo et de Francisco ces Olives en Aragon, un autre du musée de Séville {phot. 90), résument bien les caractères de cette période artistique. Quelques-uns de ces caractères s’effacèrent vite et les Espagnols revinrent à leurs types de prédilection, mais la recherche d’un certain naluralisme^ naturalisme auquel l’introduction des œuvres françaises et notamment des ivoires avait préparé la péninsule, persista et s’exagéra même par la suite.

11 serait trop long d'énumérer les œuvres purement espagnoles qui trahissent à des degrés divers l’influence des artistes bourguignons, flamands ou allemands. A titre d’exemple, j’ajouterai à celles que je viens de citer le retable en bois de noyer du musée de ’Valladolid ( PL XVlll), provenant du couvent de San Francisco, le bas-relief en bois qui couronne la porte de l’hospice de Huesca {phot. 91), le retable d’une chapelle de la cathédrale de Palencia délicieux comme un bijou finement ciselé {phot. 92].

Le retable de l'autel de sainte Anne qui est dans la chapelle del Condestable (PL XIX), de la cathédrale de Burgos, appartient à la même période, mais à bien des égards, il se différencie des monuments dont il vient d’être question. Ainsi, parmi les figures exquises qui le décorent, on remarquera la sainte sous le vocable de qui l’autel est placé. Elle a tout l'aspect d'une jeune fille souriante et heureuse et pourtant elle est grand’mère. De sa main gauche, elle tient en effet un livre où l'enfant Jésus apprend à lire sous la direction de la 'Vierge. L’extra-

Planche XXXI. — Statue orante de Ferdinand le Catholique.

Retable de la chapelle des Rois de la cathédrale de Grenade. — Bois peint et doré. — Statue allribuce à Philippe de Bourgogne. — Phot. Garzon.

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GIL DE SYLOE.

ordinaire n’est pas la jeunesse apparente de sainte Anne, c'est la force déployée par l’aïeule en portant à la fois sa fille et son petit-fils. Et pourtant, il y a une telle grâce répandue sur ces trois figures, la "Vierge couronne en tête, les cheveux emprisonnés dans une résille, le corsage largement décolleté, s’intéresse si joliment à la leçon de l'enfant Jésus et celui-ci tourne les pages d’un air si attentif que l’on est subjugué par tant de charme, de fraîcheur et de naïveté.

Je joindrai à ces retables quelques œuvres dont l’attribution est certaine et, de préférence, celles de Martin Sanchez, de Gil de Syloe et de Diego de la Cruz, qui reflètent le goût dominant à l’aurore de la Renaissance.

Martin Sanchez était célèbre en Castille dès 1480 'f Les Chartreux de Mirallores, dont le monastère s’élève dans les environs immédiats de Burgos, s’en remirent à lui d’exécuter les stalles du chœur de leur chapelle. Elles témoignent d’une dextérité manuelle vraiment supérieure.

Gil de Syloe, un enflint de Burgos, mérite mieux que le renom d’un habile praticien. On connaît de lui les tombeaux et les statues funéraires de Don Juan 11, de Dofia Isabel, sa seconde femme, et de leur fils, l'infant Alonso le père, la mère et le frère d’Isabelle la Catholique, qui furent ensevelis dans la chapelle du couvent de Miraflores. 11 fit encore, mais cette fois en collaboration avec Diego de la Cruz, le retable de cette même chapelle. Enfin, je lui attribue la statue funéraire de Juan de Padilla que l’on a transportée et remontée avec le tombeau au musée municipal de Burgos.

Le monument de Juan il et de sa femme (PL XX et phot. 95, 94, 95) qui occupe le milieu de la chapelle affecte la forme très rare, peut-être unique, mais en tout cas très orientale, d'une étoile à huit pointes. Le roi et la reine sont étendus à côté l’un de l’autre sur un lit d’apparat, et couverts de vêtements somptueux. Le roi tient le sceptre et la reine, un livre de prières et un rosaire. Le corps de Dona Isabel est légèrement incliné vers la gauche. Les vêtements, les bijoux, les couronnes, les coussins sont traités avec une délicatesse suprême. Le ciseau semble avoir caressé l’albâtre. Les statues des évangélistes, les statues allégoriques, les rinceaux et les rameaux de vigne ou de laurier qui entourent le tombeau présentent des qualités d’exécution analogues.

Le tombeau de l’infant (PL XXlj est incrusté dans la muraille. Le prince agenouillé devant un prie-dieu porte le même manteau que le roi et, suivant la

mode du temps, il laisse pendre son chaperon sur l'épaule droite. L'arceau elliptique de la niche qu'il occupe est surmonté de la 'Vierge et de l'ange Gabriel ; entre leurs mains est un vase où fleurit le lys, symbole de la pureté du jeune prince. Le tympan compris entre l'archivolte et l'accolade qui s'en détache est occupé par saint Michel victorieux du démon. Le groupe est délicieux. Des anges placés sur le soubassement tiennent l’écu aux armes du prince [phot. 96, 97). Comme le tombeau des rois, le tombeau de l’infant dénote chez son auteur des qualités d'autant plus dignes de louange que la reine Isabelle lui avait confié le soin de composer, de modeler et de tailler les deux monuments. On n'en peut douter, les comptes en font foi. En i486 il reçoit i jqo maravédis pour le tracé des deux tombeaux. 11 les commence en 1489 et quand il les achève, quatre ans plus tard, il touche 442 667 maravédis pour la sculpture et 158252 pour la fourniture de l’albâtre 'Y

Dans la même chapelle, se trouve le retable du maître-autel que Syloe commença en 1490 et qu'il fit, ainsi qu'il a été dit, en collaboration avec Diego de la Cruz fPl. XXll et phot. 98). Au centre, entouré d'une couronne d'anges qui accourent pour recueillir le sang divin, apparaît un Crucifix avec la "Vierge et saint Jean à ses pieds. Au-dessus vole le pélican symbolique; à droite, une reine et à gauche, un pontife supportent les bras de la croix. Sur les côtés, sont groupés des bas-reliefs dont les sujets se rattachent à la vie du Sauveur, des apôtres, des évangélistes et, enfin, le roi et la reine en prière, celle-ci placée sous la protection d'une sainte, celui-là gardé par Santiago, le patron de l’Espagne 'L Le bas-relief est polychromé et, si l’on en croit la tradition, doré avec les premières pépites rapportées par Christophe Colomb.

Ce retable vaut surtout par la composition vraiment heureuse et originale et par .sa polychromie. Le Christ, qui est d'un beau sentiment, couvre peut-être sa divinité sous un masque trop réaliste, puis l’anatomie en est défectueuse. La "Vierge est d’un style bien supérieur. Elle ressemble à la "Vierge de la chapelle dorée de Salamanque [phot. 105J dont j’aurai bientôt l’occasion de parler. Le saint Jean offre aussi de sérieuses qualités. Qiiant aux bas-reliefs où sont représentés Don Juan 11 et Dona Isabel de Portugal, ils n’ont qu’une valeur documentaire. La figure la mieux venue et la plus complète est peut-être celle d’une sainte placée à gauche, dans le soubassement 'PL XXII et phot. 99). Elle est gracieuse, élé-

Planche KXXIl. — Statue orante d Isabelle la Catholique.

Retable de la chapelle des Rois de la catéhdrale de Grenade. — Bois peint et doré. — Statue attribuée à Philippe de Bourgogne. — Phot. Oarzon.

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i an Si p u- Au-dessus vole le pélican symbolique; à J’ ■ -ui reine et à P'uche, U.' p'i.iiiro supportent les bras de la croi.v Sur les < ■ i .u 4 oupés des -reliefs don; k-sujets se rattachent à i.i vie duSauveur. des .ip ares, des évanlec- et ei'fiu e i >! et :a :'eine en prière, celle-ci placée sou- a protection I >, MU.. I jlui-ià g.K'dé par Santiago, le patron de l'Espagne . Le bas-relief L p-oive.i; ■ P,. • et. .d l\.n en croit fi tradition, doré avec les premières pépites • .ij’j'oriées par • du :.u.,>j-lie Colomb.

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