TOMBEAU DE JUAN DE PADILEA
gante, et son attitude, comme le rendu de la figure et des étoffes dénotent l'inspiration et la main d’un artiste de grand talent. Le manteau d’or doublé de bleu tombe en longs plis sur une robe de drap d’or où courent rares et minces des arabesques rouges. Le corsage est d’hermine galonnée d’or, la guimpe est blanche. Les cheveu.x blonds présentent des reflets chatoyants sous le léger frottis d’or qui les couvre, les chairs sont claires et roses. Le personnage endormi aux pieds de la sainte est traité dans une note sombre qui contraste avec la tonalité générale de la statue et lui forme un soubassement ferme et vigoureux. Le chapeau est d'or plein; la robe, noire, damassée d’or; les chairs semblent brûlées par le soleil; les cheveux et la barbe sont noirs. A part l’or, aucune valeur colorée ne domine; je note pourtant beaucoup de bleu dans les fonds.
Juan de Padilla, page des Rois Catholiques, fut tué au siège de Grenade Un dard lavait atteint à la tête. La reine qui le chérissait et le nommait mi loco 1 mon fouj, à cause de son ardeur et de sa vaillance, lui fit élever un tombeau dans le monastère de Fresdelval. Après la ruine de cet édifice, le monument fut transporté au musée de Burgos où il se trouve aujourd'hui (PL XXlll et phot. loo).
Bien qu’il lui soit supérieur, ce tombeau présente avec le monument Itinéraire de l’infant Alonso des similitudes telles qu’on ne peut hésiter à 1 attribuer aussi à Gil de Syloe. Il s’agit non seulement d’analogies de style, d’attitude et de rendu, mais de rencontres si particulières que le hasard ne peut être invoqué pour les expliquer. Je signalerai entre autres points de ressemblance l’extrémité droite d'un pan du manteau qui, dans les deux statues, affecte la forme d un cœur avec son oreillette gauche. Les mains, médiocres d’ailleurs et d un modelé cotonneux, semblent sortir d un même moule.
Le style de la descente de croix placée au-dessus du prie-dieu et le beau lambris gothique qui la supporte forment un tel contraste avec le style de la statue et du reste de l’œuvre de Gil de Syloe que je me suis demandé si le fond ne provenait pas d un tombeau antérieur. Un examen minutieux m a prouvé qu il n en était rien. Désireux de placer 1 image du jeune héros dans une chapelle ou dans un oratoire, le sculpteur s était inspiré du style religieux encore en faveur. 11 y a là une manifestation de sincérité louable ou plutôt de souplesse et une preuve de la rapidité de 1 évolution artistique qui se produisit à la fin du
xvi' siècle. Gilde Syloe avait-il respiré les parfums qui émanaient des arts de l'Italie? En tout cas, il fut un précurseur en Espagne. Aussi bien, est-il nécessaire de fixer la date de ses œuvres. Je rappellerai que l’infant Don Alonso mort en 1468 fut placé en 1492 dans la chapelle de la Chartreuse et que la reine Dona Isabel de Portugal qui succomba en 1496, quarante-deux ans après Don Juan II, y reçut la sépulture en 1505. Le retable et les deux monuments funéraires remonteraient donc aux vingt dernières années du xv' siècle et aux cinq premières du xvi'. D'autre part, Juan de Padilla ayant été tué en 1491, c’est également au cours des dernières années du xv' siècle que dut être modelé et taillé le tombeau à l’érection duquel contribua la reine Isabelle.
Il faut ranger à côté des œuvres de Gil de Syloe, le monument funéraire de Dona Beatriz Pacheco comtesse de Medellin, fille bâtarde d'un marquis de ■Villena et parente, demi-sœur, peut-être, du fondateur du monastère où elle est ensevelie (pliot. loi). C’est le morceau le plus délicat et le plus achevé que renferme l’église des Hiéronymites del Parral située tout auprès de Segovie et construite dans la seconde moitié du xv' siècle par Juan Gallego Malheureusement, il a été traité d'une manière si sauvage qu'il ne jouit pas de la juste réputation qu’il mérite. Parmi les grands sculpteurs dont le nom se trouve dans les archives de l’église pour avoir collaboré à son ornementation, je ne vois que l’un des frères Guas à qui l'on puisse l’attribuer.
En revanche, au nombre des artistes restés fidèles aux traditions gothiques et qui sont comme le sceau de l’art expirant du xv' siècle, il faut compter l’auteur du célèbre bas-relief polychrome placé dans le tympan de la porte établie entre la nef et le cloître de la cathédrale de Burgos. Les deux écris incrustés dans le linteau sont aux armes de l'évêque qui la fit construire. Don Luis Osorio de Acuna, mort en 1495.