TOMBEAU DU MARQUIS MASQUEZ DE ARCE
l'écu participent à l'ornementation de la manière la plus heureuse. 11 semble que le marbre ait été peint et lavé; en tout cas il ne reste aujourd'hui aucune trace de couleur, sinon sur la croix de Santiago qui tache la poitrine comme une traînée de sang. Une plaque de marbre incrustée dans la muraille au-dessus du tombeau et entourée de rinceaux, de fleurs et de feuillages peints porte l'inscription suivante :
« Ici gît le marquis 'Masquez de Arce, chevalier de l'ordre de Santiago, que tuèrent les Mores tandis qu'il secourait avec le très illustre duc de l'infantado, son seigneur, certaines gens de .laen sur les bords du grand canal d'irrigation, dans la plaine de Grenade. Son père recouvra son corps aussitôt et l’enterra dans sa chapelle en l'an i486. Cette même année furent prises la ville de Loja et les forteresses de .Mora, de Moclin et de .\lontefrio, aux sièges desquelles assistèrent le père et le fils. »
Quand on se trouve en présence d'un morceau remarquable, on éprouve toujours le regret de ne pouvoir en faire honneur à l'artiste dont il est l'œuvre. Tel est le cas de ce tombeau où l'architecture et la modénature ogivales se marient avec les ornements et le style général de la Renaissance italienne.
Parmi les artistes espagnols à qui l’on pourrait attribuer le monument, celui à qui l’on doit songer d’abord, si l'on considère la figure, est le valencien Damian Formente plus connu sous le nom de Forment T 11 fut parmi les premiers qui fréquentèrent les ateliers italiens et l’on a même prétendu qu’il avait eu pour maître Donatello. Mais comme Forment était de retour en Espagne en 1509, qu'il mourut, semble-t-il, vers 1555 dans la force de l'âge et que le décès de Donatello remonte à 1466, les dates paraissent contredire à cette affirmation. Néanmoins, il est manifeste qu’il étudia les œuvres du maître florentin et s’en inspira, tout en restant fidèle aux traditions nationales dans le tracé, l'architecture et la peinture de ses merveilleux retables. Les objections que l’on pourrait laire à cette attribution, et je ne m'en dissimule pas la gravité, viennent de la comparaison des dates et du style des ornements. Masquez de Arce mourut en i486, dit l'inscription, six ans avant la prise de Grenade et Forment, dès son retour d'Italie, qui eut lieu vers 1509, commença le retable de Notre-Dame del Pilar. 11 aurait donc fallu que le père du marquis de Arce attendît au moins vingttrois ans pour consacrer un monument qui perpétuât le souvenir de la mort glorieuse de son fils et, d’autre part, que Forment l'exécutât en même temps
qu'il travaillait au retable et dans un style ornemental plus moderne que celui de ce dernier. Si l'on devait renoncer à cette attribution, je ne vois que Philippe de Bourgogne, dont il sera bientôt parlé, à qui l'on pourrait songer. Il n'avait pas quitté l'Espagne et, dans la seconde période de sa vie, il se rangea aux inlluences nouvelles ; mais à l'époque où reporte la prise de Grenade, il était bien jeune et en tout cas imbu des vieilles traditions artistiques où il avait été élevé. Aussi bien et malgré les difficultés signalées, j'incline à croire que Forment, dont le retour était attendu avec impatience et peut-être sollicité, se rendit aux instances de la famille de Arce et composa le monument funéraire dans un style de transition qu’il abandonna en partie lorsqu’il entreprit des œuvres religieuses auxquelles il croyait convenable de garder un caractère hiératique. Je suis confirmé dans cette manière de voir par l’exemple du tombeau de Juan de Padilla, ce frère en héroïsme du marquis 'Vasquez de Arce, où Gil de Syloe mêla dans le même morceau le style religieux et un style plus libre qui trahit l’action encore indécise de l’Italie. Enfin, en plaçant le monument de Sigüenza à une époque répondant au retour de Forment on lui assigne la seule date répondant à son style. 11 est en effet manifeste qu'il est compris entre les œuvres bien datées de Gil de Syloe (i 500 environ) et le sarcophage du style très pur de la Renaissance oii repose un frère du marquis de Arce qui mourut en 1522 et fut enterré, lui aussi, dans la chapelle de famille. J’ajouterai que le père et la mère reposent dans des tombeaux qui occupent le centre de la chapelle au lieu d’être incrustés dans les murs comme ceux de leurs fils et que, malgré cette différence, ils sont identiques comme style à celui de Vasquez.
Le maître valencien Forment qu'il faut rattacher aux écoles du Nord, puisque sa vie artistique s'écoula en Italie et en Aragon, a laissé quatre retables bien authentiques et chacun d’eux suffirait à illustrer son nom.
Le premier en date, celui de Notre-Dame del Pilar à Saragosse fut commencé en 1509 l’année même du retour de l’artiste et terminé six ans plus tard, en 1515. La composition est simple et belle ; l'exécution, incomparable (phot.
lOj).
Sous une suite de pinacles d’une élégance suprême, divisés par des pilastres, entourés d’un cadre finement fouillé et doré, se présentent trois bas-reliefs distincts et pourtant unis par la nature des sujets représentés. Celui du centre
Planche XXXIV. — Adoration des Rois Mages.
Retable de San Benito. — Musée de Valladolid. — Bois peint et doré. — Œuvre de Berruguete. Phot. inédite de l’Auteur
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Il 'c lôcncien Forment qu’il faut rattacher aux écoles du Nord, puisque .! -.1- . - écoula on Italie et en Aragon, a laissé quatre retables bien
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