‹ La statuaire polychrome en Espagne; illustré de quatre-vingts planches tirées hors texte et de trois planches en couleursChapitre 43 sur 171 · PHILIPPE DE BOURGOGNE · texte numérisé non relu

PHILIPPE DE BOURGOGNE

dans la vie, où le contraste et l'imprévu s’allient pour dérouter toutes les prévisions, ce fut un artiste d’origine bourguignonne, né pourtant à Burgos, qui le premier se laissa conquérir par l’Italie et cela au milieu d'une carrière très brillante et bien qu’il n’ait jamais quitté sa patrie d’adoption. Felipe de Vigarni ou de Borgona, plus connu en France sous le nom de Philippe de Bourgogne, était le fils ou le petit-fils d’un artiste qui s’était fixé à Burgos en même temps que Juan de Colonia et, sans doute, à l’époque où Tolède donnait droit de cité aux Guas, aux Egas et aux Aleman. Il habitait encore sa ville natale et il y avait conquis une grande renommée, quand le cardinal Cisneros le choisit au concours pour tracer le retable gigantesque dont il voulait doter la cathédrale de Tolède. Les renseignements que l’on possède sur les premiers travaux de l’artiste manquent de précision. On sait seulement qu’à cette époque il ne s’était pas encore écarté des voies artistiques où ses maîtres l’avaient engagé et où persistaient ses confrères et ses émules. Aussi bien, est-ce dans le style gothique flamboyant qu’il projeta et fit exécuter le retable de la cathédrale de Tolède en collaboration avec Alfonso Sanchez et avec le concours de Sébastian de Almonacid, de Peti Juan, de Diego Copin de Holanda et de dix-sept autres sculpteurs renommés. Pendant la durée des travaux, Enrique Egas, maître-majeur (architecte en chelj de la cathédrale, assisté de Pedro Gumiel, architecte de l’archevêché, dirigea et surveilla la construction.

Le retable tout en bois de mélèze est partagé en cinq registres et chacun d eux, en quatre compartiments où sont représentés divers épisodes de la vie du Christ et de la Vierge. Il est surmonté d’un calvaire colossal et comporte une infinité de niches, de consoles et de pinacles qui portent ou abritent un monde de prophètes ou de saints. A part les statues et les bas-reliefs dont les chairs sont peintes et dont les draperies sont damassées, le retable est doré en plein. Malgré ses dimensions, malgré cette profusion d’or et de peinture, malgré le mérite très grand de l’architecture, de la sculpture et de la polychromie, il ne produit pas une impression en rapport avec les efforts dépensés et le talent des artistes employés à sa construction et à sa décoration. Il est trop grand, trop haut, trop large. Vu de près, l’œil ne peut en embrasser l’ensemble; vu de loin, les détails deviennent confus et se perdent. Juan de Borgona qui, aidé de Francisco de Amberes, de Fernando del Rincon^ et d’autres maîtres moins illustres, avait

entrepris la peinture et la dorure, avait traité à forfait pour 2710000 maravédis, soit 48 000 francs si l'on attribue au maravédis une valeur moyenne répondant à celle de 885 dix millièmes de gramme d’argent monnayé. 11 est permis de supposer, quand l'on se rapporte aux renseignements fournis par d'autres comptes, que cette somme représente des six aux sept quinzièmes de la dépense totale. En ce cas, le retable eût coûté plus de 100000 francs®. On ne connaît pas le coefficient exact qu’il convient d'affecter à ce chiffre pour obtenir la valeur du sacrifice pécuniaire correspondant. Bien que la situation de l’Espagne se fût améliorée à cette époque, j'estime que le multiplicateur doit être voisin de 7. En définitive, c’est donc à 700000 francs environ que l’on peut évaluer le prix de revient de ce retable, l’un des plus grands qui aient jamais été exécutés. Les ressources dont disposait le cardinal Cisneros étaient si abondantes et d’autre part les travaux furent si bien conduits que le retable fut terminé en quatre ans et put être inauguré dès 1 505 .

Bientôt après cette date, Philippe de Bourgogne, sous l'influence des sculpteurs et des architectes qui venaient ou revenaient d'Italie, commençait son évolution artistique. Les admirables bas-reliefs du Tras-Sagrario (partie postérieure du maître-autel) de la cathédrale de Bttrgos n’en portent pas encore de traces manifestes.

Dans le premier, Jésus sort de Jérusalem accompagné de 'Véronique, qui lui essuie le visage inondé de sueur, et de Simeon qui l’aide à porter la croix.

Le second, celui du milieu, est consacré au crucifiement. Jésus est mort. La douleur a épuisé les forces de Marie qui défaille entre les bras de saint Jean et de Salomé; la Madeleine embrasse la croix qu’entoure la foule des Juifs et des soldats romains. Au dernier plan, se détachent la crête des murs du temple de Jérusalem et les coupoles. C’est un ensemble remarquable par la variété, la science et la clarté de la composition. Seule, la figure du divin crucifié manque de noblesse et mérite quelques critiques (PL XXVlll).

Le troisième et dernier bas-relief retrace deux scènes empruntées à la Descente de croix et à la Résurrection. Le corps de Jésus repose sur le sein de Marie assise au pied de la croix, à droite le sépulcre est vide et le Christ s’élève dans les airs.

Les trois bas-reliefs de Philippe de Bourgogne sont compris entre deux

Planche XXXVII. — S.mnt Jean- Baptiste.

Stalles du chœur de San Benito. — Musée de Valladolid. — Bois. — Œuvre de Andres de Najera.

Phot. Lévy.

I A STATUAIRI- POLYCHROME EN ESPACNl-

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