RETABLE DE LA CHAPELLE ROYALE DE GRENADE
compositions de même taille et de même allure exécutées par Alonso de los Rios dans la seconde moitié du xviP siècle.
Les bas-reliefs étaient peints ou du moins, destinés à l’être. La couleur est très apparente sur la tête et sur les vêtements de quelques personnages. D'ailleurs la cathédrale de Burgos est un véritable musée de sculptures polychromes.
On a beaucoup discuté sur la date de ces bas-reliefs. Comme on sait que Philippe de Bourgogne revint à Burgos et releva la coupole de la cathédrale qu’un tremblement de terre avait renversée le 2 mars 15^9, on a pensé qu’il profita de son séjour dans sa ville natale pour les exécuter. 11 est d'abord à remarquer que si les occupations de Philippe de Bourgogne l’éloignaient de Burgos, il y retournait souvent comme en témoignent les stalles du chœur, la Vierge de la chapelle de la Consolation et de la Présentation fiite pour la cathédrale et transportée depuis au monastère de las Huelgas et le tombeau de Don Gonzalo de Lerma, fondateur de cette chapelle, qui remontent tous au premier quart du xvi' siècle. Puis, on notera qu’à dater de 1520 environ, Philippe de Bourgogne, qui venait d’être choisi pour exécuter le retable de la chapelle royale de Grenade où sont déposés les restes de Ferdinand et d’Isabelle, rompit les liens qui le rattachaient à l’art traditionnel quand il composa la décoration du Tras-Sagrario. Enfin, jusqu’en 154J, année de sa mort'’, il travailla sans relâche aux stalles du chœur de Tolède qu’il avait entreprises avec Alonso Berruguete. S'il interrompit cet immense labeur pour dresser les plans de la nouvelle coupole de la cathédrale de Burgos, il n’eut pas sûrement le loisir de modeler les trois immenses bas-reliefs A mon avis, il faut donc placer leur exécution dans la seule période de sa vie où Philippe de Bourgogne se consacra d une manière exclusive aux travaux de la cathédrale de Burgos, c’est-à-dire entre l’année 150; qui répond à l’achèvement du retable de Tolède et l’année 1 520 où il commença le retable de la chapelle royale à Grenade.
Le retable de la chapelle royale de Grenade (pliot. 121), comprend dans le soubassement quatre bas-reliefs très curieux relatifs à la reddition de la ville aux Rois Catholiques (PL XXIX) et au baptême des Mores (PL XXX) et, dans les registres supérieurs, quelques bonnes statues. Ce qui le rend également intéressant est d’avoir été conçu et traité dans le style italien de la Renaissance plusieurs années avant que Forment ne signât à Huesca le testa-
ment de Part gothique. Au pied du retable, on remarque deux statues d'assez bon style qui sont précieuses entre toutes parce qu'elles furent modelées très peu de temps après la mort des Rois Catholiques et d'après leurs meilleurs portraits (PI. XXXI et XXXIlJ. Elles ont du reste un grand caractère de vérité et ressemblent en effet aux images des souverains exécutées de leur vivant et tenues pour très bonnes. Elles étaient à la place qu'elles occupent dès 1526, quand Navagiero visita et décrivit la chapelle royale”.
Si je ne pense pas qu'il faille reculer jusqu'en 1540, l'exécution des trois bas-reliefs du Tras-Sagrario de la cathédrale de Burgos, en revanche je me suis souvent demandé si, dans la même cathédrale, le retable du maître-autel de la chapelle du Condestable (PL XXXIIIJ ne serait pas une œuvre de Philippe de Bourgogne ou du moins sortie de son atelier à l'époque où il achevait les stalles du chœur de Tolède. Au contact prolongé avec Alonso Berruguete, Philippe de Bourgogne avait profondément modifié son style et il existe des analogies singulières entre les figures des stalles du chœur de Tolède et celles de la Purification de Marie. Puis, on trouve dans l'arrangement des personnages les qualités de composition caractéristiques des autres œuvres du maître. Enfin, les découpures minutieuses et délicates des dais placés au-dessus des bas-reliefs et des statues du soubassement détonnent à côté des autres motifs et n'auraient pas été inventées par un décorateur élevé dans les idées alors nouvelles.
Le sujet central se présente comme une masse d'or à peine rompue par quelques notes de couleur distribuées sur les chairs et sur quelques vêtements. Il en est de même de l'architecture. Seuls les petits bas-reliefs encastrés dans le soubassement, pareils à des gemmes serties dans l'or d’un bijou, se détachent en valeur sur le cadre. Encore les rouges et les bleus des draperies sont-ils couverts de broderies d’or très fines, très délicates qui forment sur eux comme un glacis métallique. Je trouve dans la richesse un peu excessive de cette polychromie un argument nouveau en faveur de l'attribution que je propose. Elle est en effet caractéristique des œuvres de Berruguete qui seront bientôt décrites et l'on sait l’influence décisive que ce grand artiste eut sur son collaborateur
La chapelle du Condestable, les retables et les monuments qu elle renferme ont toujours été en grande réputation. Voici la curieuse description laissée par
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