‹ La statuaire polychrome en Espagne; illustré de quatre-vingts planches tirées hors texte et de trois planches en couleursChapitre 45 sur 171 · LES COLLABORATEURS DE PHILIPPE DE BOURGOGNE · texte numérisé non relu

LES COLLABORATEURS DE PHILIPPE DE BOURGOGNE

l’un des officiers appartenant à l’escorte de Marie-Louise d Orléans, fille de Monsieur frère unique du roi, lors de son mariage avec Charles 11.

« Le palais où furent reçues Leurs Majestés appartient au Condestable [Casadel Cordon, phot. 122). 11 est d’une belle construction, mais on ne le compare pas avec la chapelle de la cathédrale hérissée à l’extérieur de pinacles de pierre très hauts du même travail que la cathédrale et ornée de sculptures et de figures de pierre d’un étonnant mérite. A l’intérieur, elle est aussi d un beau travail et sur les parois se voient des écus aux armes de la maison du Condestable avec les merveilleux tombeaux de Don Pedro Fernandez de ’Velasco (f 1492) et de Dona Mencia de Mendoza (-j- 1500) qui furent Condestables de Castille {phot. i2j). Ces tombeaux sont en marbre blanc et à la matière on peut reconnaître la beauté du travail. Un saint Jérôme en bois (le San Geromino de Becerra, PL XXX’VIll) haut d'une demi-vara (o", 50 environ) est un morceau de sculpture très estimé sur toute la terre. Le retable du grand autel représente la Purification (PL XXXlll). A le voir, il paraît être d'une seule main...

Devant cette chapelle et appuyée au revers de l’autel majeur de la cathédrale sont les trois bas-reliefs si célèbres de la passion du Christ (PL XXVlll), bas-reliefs merveilleusement sculptés et dont les personnages, qui sortent du fond de plus d’une vara, semblent vivants... »

Cet éloge très intéressant dans sa forme et un peu fruste n’est pas excessif Sculpteur savant, habile et correct, Philippe de Bourgogne excella dans les deux styles qu’il adopta tour à tour. Les bas-reliefs du Tras-Sagrario de Burgos comme les stalles du chœur de Tolède sont des œuvres excellentes, mais cependant il s’imposa plutôt par son enseignement et par la direction qu il imprima que par son propre génie. Au nombre de ses élèves, il faut mettre en première ligne Sébastian de Almonacid et Diego Copin de Holanda, les auteurs des statues innombrables qui peuplent le retable de la cathédrale de Tolède ". La réputation de Copin de Holanda s’accrût à tel point qu’en 1507, après qu il eut terminé les travaux du retable, le chapitre lui confia l’exécution des tombeaux des Rois Nouveaux et de leurs statues funéraires et que, deux ans plus tard, il le chargea de travaux considérables. Dès lors, il ne quitta plus les chantiers de la cathédrale où il donna une survie à des traditions qui partout ailleurs périssaient 'K

C'est parmi les maîtres de la fin du xv' et du commencement du xvi' siècle qu'il faudrait encore chercher les auteurs anonymes des œuvres qui font de Burgos un incomparable musée de sculpture polychrome, mais ils se sont cachés avec une telle modestie que le problème est le plus souvent insoluble. A qui attribuer, par exemple, les deux magnifiques sarcophages du fondateur de la même chapelle du Condestable et qui en occupent le centre (phot. I2^j?

L’église de San Lesme, construite en 1 580 sous l'inspiration de Don Juan I", renferme, elle aussi, des sculptures polychromes intéressantes. L’une très vivante, très réaliste en dépit d’une exécution un peu fruste et parfois inhabile, est une statue en pierre représentant le saint sous le vocable de qui l’église est placée. Saint Lesme est étendu sur la pierre tombale dans l’attitude d’un homme qui lit. La robe est blanche et or, le manteau de drap d’or est doublé d’une étolfe de ce beau rouge qui hésite entre le brun rouge et le vermillon. Le bonnet noir se détache sur le coussin d’or où repose la tête ; enfin le livre de prières est rouge à tranches dorées. Dans la même église, la chapelle fondée par les Marquis de Salamanca est ornée d'un retable où l’or abonde, mais qui n'en est pas moins délicieux. La statue de saint Lesme est à peu près contemporaine de l’église ; le retable de la chapelle est de la fin du xv' siècle.

San Juan, San Esteban, San Gil de Burgos offrent encore des retables ou des tombeaux que l’on aime à regarder ; pourtant aucune de ces églises ne contient des œuvres caractéristiques. J’excepterai les pierres tombales en ardoise sur lesquelles sont sculptés des personnages dont la figure, les mains et les pieds sont taillés dans de l’albâtre coloré par le temps. Le relief est très peu prononcé. Au demeurant, il s’agit d’œuvres d’une valeur artistique moyenne; mais l’ensemble offre un des rares exemples de polychromie naturelle que l 'on puisse relever en Espagne et, à cet égard, il méritait d’être cité. Les dalles remontent à la fin du xiv' et au commencement du xv' siècle.

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