‹ La statuaire polychrome en Espagne; illustré de quatre-vingts planches tirées hors texte et de trois planches en couleursChapitre 46 sur 171 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

LES ELEVES DE MICHEL- ANGE

Barloloine OrdohcT^. — • Alonso Berruguele. — Diego de Siloee ' et Pedro de Rojas. — Aiidres de Najera. — Tiidelilla. — Jiicin Rodrigiwî^ et Geronimo Pellicicr. — Giispardo Becerra. — Les Lconi. — ■ Juan de Jiiiii. — Francisco Giraile. — Esicban Jordan. — ■ Crislobal Velasquei- — Devant d'autel en orfroi de l'Audiencia de Barcelone.

'éclat jeté par les sculpteurs et les polychromistes espagnols de la période

que l'emploi de l'ogive a souvent servi à définir, fut considérable. Parmi

A-y les derniers, Gil de Syloe, Damian Forment, Philippe de Bourgogne, Copin de Holanda suffiraient à l’illustrer. Mais le Siècle d’Or, qui va s’ouvrir, jettera des rayons si brillants et en telle profusion que le renom de ces grands artistes en sera terni. II eût été d’une suprême injustice de les laisser dans l’oubli, car ils furent les vigoureux maillons de la chaîne qui unit les créateurs des écoles espagnoles à leurs plus glorieux représentants.

En 1 5 20, vers l’époque où Philippe de Bourgogne entrait dans une voie nouvelle, un Catalan, Bartolome Ordonez, se rendait à Gênes pour y tailler dans le marbre de Carrare le tombeau du Cardinal Ximenes de Cisneros qu’avait projeté le Florentin Micer Domenico Alexandre, mais que la mort l’avait empêché de finir.

Le tombeau, après avoir été placé dans la chapelle de l’université d’Alcala de Henares, dont Cisneros avait été l’insigne protecteur, fut démonté et reconstruit devant le chœur de la cathédrale. Il s’y trouvait encore en 1905, bien que l’église fût lermée et abandonnée parce que les fidèles eussent été en danger sous les voûtes. La perte de ce monument serait un irréparable malheur pour les arts. Il faut e.spérer que l’Espagne saura le conjurer.

Bartolome Ordoiiez avait eu pour collaborateurs deux artistes génois, Thomas Forne et Adam Wibaldo, et s était si bien assimilé la manière du maître italien dont il exécutait le projet et de ceux dont il avait demandé le concours, qu'il a été dépossédé jusque dans ces derniers temps de deux œuvres très belles. Je veux parler des monuments funéraires de Ferdinand et d'Isabelle commandés à l'artiste par Charles-Quint et que l'on admire aujourd’hui dans la chapelle royale de la cathédrale de Grenade, au-dessous du retable de Philippe de Bourgogne (phot. 124). Comme ces deux tombeaux sont en marbre de Carrare, qu'ils furent envoyés de Gênes, qu ils sont du plus beau style de la Renaissance italienne et que par leur forme ils rappellent celui que les Rois Catholiques firent élever à leur fils unique, le prince Jean, dans l'église conventuelle de Santo Tomas d’Avila ’ (phot. 125), on les a très souvent attribués à l’auteur de ce dernier monument, Micer Domenico Alexandre Florentin, qui avait d ailleurs doté la même église d’autres tombeaux fort remarquables. D’autre part, comme la sépulture des Rois Catholiques est placée devant le retable de Philippe de Bourgogne, quelques historiens en ont fait honneur à cet artiste. 11 y a là deux erreurs. 11 suffit de comparer le retable au tombeau pour condamner cette dernière attribution. Quant à Micer Domenico Alexandre Florentin, qui mourut en 1520, au moment d’exécuter le tombeau de Cisneros, il ne put tailler ceux d’Isabelle et de Ferdinand qui furent terminés deux ans plus tard. Les derniers travaux de la critique ne laissent plus subsister de doute à ce sujet ; on a retrouvé le nom des trois élèves qui présidèrent au montage des tombeaux des Rois Catholiques, et tous les trois appartenaient à l'atelier de Bartolome OrdonezL II était d ailleurs dans la destinée de ce grand altiste d’être spolié. Cean Bermudez avoue que Berruguete, Philippe de Bourgogne et Becerra ont tour à tour profité de ses dépouilles.

Le style d'Ordonez l’éloigne trop des traditions indigènes pour qu’on puisse l’y rattacher. Aussi bien n’aurais-je point parlé de ce maître si je n avais eu le dessein de montrer par son exemple combien, durant cette période, était puissante l’attraction que Fltalie exerçait sur l’Espagne artistique.

L homme qui incarna le premier l’évolution des écoles du Nord et leur donna une direction dont elles ne s’écartèrent plus durant près de deux siècles, le maître qui sut le mieux concilier le génie national et les enseignements puisés

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