ALONSO BERRUGUETE
dans les ateliers de Florence ou de Rome, fut Alonso Berruguete, celui-là même que le chapitre de la cathédrale de Tolède associa pour l'exécution des stalles du chœur à Philippe de Bourgogne.
Alonso Berruguete, sculpteur, peintre, architecte, naquit à Paredes de Nava'' vers 1480. 11 était fils de Pedro Berruguete, peintre du roi, et reçut de lui ses premières leçons ; mais, après qu’il l’eut perdu, il quitta l’Espagne et partit pour l’Italie. Selon ’Vasari, il était à Florence dès 150]. Son éducation artistique était déjà bien avancée puisque Michel-Ange s’en remit à lui de copier le célèbre carton de la guerre de Pise qu’il avait dessiné pour la salle du Conseil de cette ville. Il passa l'année suivante à Rome où Jules II avait appelé Michel-Ange et il y fit de tels progrès que Bramante, sur l'avis de son neveu Raphaël, lui confia, de préférence à de nombreux concurrents, la copie du Laocoon que l’on voulait couler en bronze.
A la mort de Filippo Lippi, Berruguete revint à Florence, y demeura jusqu’en 1520 et retourna enfin dans sa patrie. 11 s’arrêta d’abord à Saragosse pour y faire la connaissance de Damian Forment, qui travaillait au retable de la cathédrale de Huesca, puis, poursuivant sa route, il atteignit Madrid. La renommée l’y avait précédé. Charles-Quint l’accueillit avec une extrême bienveillance, le nomma peintre et sculpteur de la chambre royale et le chargea de travaux considérables.
A dater de cette époque, Saragosse, Grenade, Madrid, ’Valladolid, Palencia, Santoyo, ’Villar de Fallades, Médina del Campo, Salamanque, Cuenca, Alcala de Henares, Tolède et enfin Parades de Nava, sa ville natale, se disputèrent ses œuvres, trop heureuses de s’assurer par contrat en due forme qu il tracerait le sujet et modèlerait et peindrait la tête comme les mains des personnages L
Berruguete, qui avait appris de Michel-Ange un art puissant et vigoureux, n'en resta pas moins attaché aux traditions nationales. S’il est habile à tailler la pierre et le marbre, il excelle aussi à sculpter et à peindre le bois. La ligne est correcte et pure; le modelé, savant; le style, noble et expressif. Mais, quand il s’abandonne à son tempérament, les figures longues, distinguées et toujours intéressantes, trahissent parfois, dans leur attitude tourmentée et leur musculature saillante, le grand disciple d'un grand artiste exagérant parfois les qualités du maître. La polychromie, s’il en use, est simple et puissante. Il aborde les
( loi )
nus hardiment; les chairs d'une belle tonalité s’opposent à des draperies où domine l’or bruni sans damas ni guillochis. Il diffère en cela de ses prédécesseurs qui se complaisaient à tailler des ligures couvertes de vêtements en damas ouvragés. Ces caractères généraux se manifestent surtout dans les sculptures sur bois, objets de sa constante prédilection.
Parmi les nombreux tombeaux en marbre dus à Berruguete, la critiqu see plaît à citer le fameux monument du cardinal Don Juan de Tavera, fondateur de 1 hôpital de Saint-Jean-Baptiste connu à Tolède sous le nom de Afuera (Hors ville). Le morceau est intéressant, mais il ne dépasse pas la moyenne des belles sculptures italiennes. 11 fut d'ailleurs entrepris vers 1560, dans la grande vieillesse de l'auteur qui se fit aider par son fils Alonso Berruguete y Pereda et auquel il dut laisser une part importante dans l’exécution du monument
Je préfère de beaucoup à ce tombeau, celui de Don Juan de Rojas et de sa femme Doiia Maria Sarmi marquise de Poza, qui se voit à Palencia, dans l’église de San Pablo'^ {phot. 126). C’est une grande et somptueuse composition d'ordre ionique disposée dansle chœur, sur la paroi de l'évangile. Elle est divisée entrois étages. Le premier comporte une niche profonde où se trouvent les statues agenouillées du marquis et de la marquise de Poza comprise entre deux groupes de colonnes saillantes que soutiennent des anges formant cariatides. Au milieu des colonnes, sont les quatre évangélistes et, au-dessous, des bas-reliefs représentant les vertus théologales. Le Christ à la colonne, les statues de saint Antoine et de sainte Catherine occupent l’étage supérieur au-dessus duquel s’élève le fronton aux armes des deux familles. Dieu le Père domine la composition. Enfin dans les frises volent des anges légers et gracieux comme des amours.
Ce tombeau conçu dans le goût italien et taillé, ainsi que le précédent, dans des blocs de Carrare rappelle beaucoup celui de Don Ramon de Cardona, vice-roi de Sicile et de sa femme Dona Isabel, chef-d’œuvre du sculpteur italien Giovanni da Nola, que l’on transporta en 1824 du couvent des Franciscains dans la petite église de Belpuig. Il en a la correction, la richesse, la solennité un peu froide et, à certains égards, le caractère païen. Certes le monument des Poza est 1 œuvre d un architecte et d'un sculpteur accomplis, mais comme il est antérieur de quelques années à peine au tombeau du cardinal Don Juan de Tavera,
nus hardiment; les chairs d'ime K'ik umaiitc s'opposent à des draperies on domine l'or bruni sans dania^ m uuiili-rhis. il difTcre en cela de ses prédécesseurs qut se comp^ai'ii; r,: .1 laiiitr dc.< lijrures couvertes de vêtements en diinas ou I rages tk 1 i '' 'e ncraua se manifestent surtout dans les sculptures sur tvn* il ; ic .-a 'itisuute prédilection.
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Ce tombeau conçu dans le goût italien et taillé, ainsi que le précédent, dan-s des blocs de Carrare rappelle beaucoup celui de Don Ramon de Cardona, vice-roi de Sicile et de sa femme Dona Isabcl, chef-d’œuvre du sculpteur italien Giovanni da .Nola, que I on transporta en 1824 du couvent des Franciscains dans la petite église de Beipuig. Il en a la correction, la richesse, la solennité un peu Iroide et. à certain.s égards, le caractère païen. Certes le monument des Poza est 1 œuvre d un architecte et d un sculpteur accomplis, mais comme il est antérieur de quelques années à peine au tombeau du cardinal Don Juan de Tavéra,