‹ La statuaire polychrome en Espagne; illustré de quatre-vingts planches tirées hors texte et de trois planches en couleursChapitre 49 sur 171 · ADORATION DES ROIS MAGES · texte numérisé non relu

ADORATION DES ROIS MAGES

de San Benito paraît en son entier de la main de Berruguete (PI. B et phot. 130). La polychromie n'en est pas moins remarquable que le modèle et l’anatomie. Les chairs sont tenues dans cette note sobre caractéristique des belles époques. La figure est d’un ton plus chaud que le corps ; et le rose des paupières, des oreilles, des narines et des lèvres est avivé avec du carmin ajouté au brun rouge dans une proportion variable. Les sourcils sont clairs ; les cheveux, brun rouge frotté d’or. Enfin, quelques gouttes de sang perlent autour des plaies. Tous ces détails peuvent se décrire ; ce que l’on ne saurait rendre, c’est l’habileté suprême, la franchise et la justesse des touches de couleur répandues sur la figure d’abord, puis sur les mains, les doigts des pieds un peu rosés par l’effet des contractures douloureuses et bleuis sur le passage des veines. Le pagne à fond blanc est lamé d'or et traversé de rayures à dessin noir. L’arbre auquel le saint est attaché est doré en plein. 11 est encore à noter que les chairs ont le poli de l’ivoire.

En tant que polychromie, le sacrifice d’Abraham {phot. 130) et l’adoration des Rois Mages (PL XXXl’V et phot. 1 3 1) ressemblent beaucoup au saint Sébastien. Dans ce dernier, les vêtements en drap d’or uni sont doublés d’une étoffe d’un rouge vineux très foncé. La ceinture du roi nègre et l’écharpe de l’enfiint Jésus sont du même rouge vineux, mais plus claires que les doublures et brodées d’arabesques d’or, enfin le noir et l’or régnent également dans les fonds, tandis que l’architecture est dorée. Le noir dont il est fait un grand usage et un usage très judicieux et aussi le gros rouge des doublures tempèrent l’éclat métallique de l’or et lui communiquent la richesse et la puissance décorative que seules possèdent les belles orfèvreries. L'adoration des Rois Mages ne vaut pas néanmoins le saint Sébastien. La composition du bas-relief ne mérite que des éloges, la tête de la 'Vierge et l’enfant Jésus ont toutes les qualités des morceaux exécutés par Berruguete ; quant aux autres figures, l’on devine qu’il a usé de la tolérance que lui accordait son contrat de se faire aider par ses élèves. Ce défaut est surtout manifeste dans les fragments du retable que je ne décris pas.

J’ai dit que Berruguete affectionnait travailler le bois. C’est peut-être à l’influence du maître de Paredes qu’est due la préférence exclusive que lui donnèrent les artistes à dater du xvi' siècle pour l’exécution des retables et des

grandes compositions religieuses. Les essences employées étaient le cèdre, le cytise, le noyer, le mélèze et quelquefois le chêne.

La mise au tombeau de San Geronimo de Grenade (PI. XXXV etphot. iji, i}}, I j4), fournit une expression un peu différente du style de Berruguete.

La critique en a fait jadis honneur au rival de Michel-Ange, à l'Italien Pedro Torrigiano dont l'influence fut décisive sur l'école andalouse, puis, à Gaspar Becerra qui habita Rome près de vingt ans et dont les œuvres présentent des analogies avec celles de Berruguete. L'attribution à Torrigiano a été peu défendue avec raison. Elle n’était pas soutenable. Becerra, qui était né en ij20, revint de Rome en 1560 ou en 1561, près d'un demi-siècle après Berruguete. 11 fut aussitôt nommé peintre et sculpteur de Philippe 11 et, durant plusieurs années, il travailla pour le roi d'une manière à peu près exclusive soit à Madrid, soit à l’Escurial, soit encore au Pardo. 11 aurait donc commencé bien tard, c'està-dire aux environs de 1 565 la mise au tombeau de Grenade. Or, à cette époque, les sculpteurs espagnols, et notamment ceux qui arrivaient d'Italie, avaient rompu depuis longtemps avec la tradition des vieilles écoles auxquelles se rattache encore cette admirable polychromie. Si bien que Becerra doit être mis hors de cause et qu'il faut même classer le groupe parmi les œuvres que Berruguete exécuta durant les premières années qui suivirent son retour en Espagne. A mon avis, il doit être compris au nombre de celles dont il dota San Geronimo au cours du voyage qu il fit à Grenade vers i j 28 pour y décorer le palais de Charles- Quint Comme la mise au tombeau fut sciée et détachée d'un fond général quand on la transporta dans la chapelle où on la voit aujourd’hui, on peut se demander si elle n'accompagnait pas la résurrection que mentionne Cean Bermudez au cours de l’article consacré à Berruguete, et qui se trouvait de son temps, dans la sacristie de la même église de San Geronimo.

J’ai examiné avec le plus grand soin chacun des personnages, je les ai comparés aux statues du Musée de Valladolid et l’ensemble comme les détails confirment une attribution que personne, je crois, ne combattrait plus aujourd’hui.

Outre le style de la sculpture si difficile à définir et pourtant si décisif, je signalerai quelques points .saillants ; d’abord l’expression des figures obtenue, semble-t-il, par l'application de recettes ou de formules d’atelier, puis l’inclinaison exagérée des yeux, le rapprochement de la paupière supérieure et de l'arcade

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