‹ La statuaire polychrome en Espagne; illustré de quatre-vingts planches tirées hors texte et de trois planches en couleursChapitre 5 sur 171 · COULEURS UTILISÉES PAR LES POLYCHROMISTES GRECS · texte numérisé non relu

COULEURS UTILISÉES PAR LES POLYCHROMISTES GRECS

de Dionysos que Pausanias vit à Corinthe et dont la figure était peinte en rouge vif pour mieux rendre la fraîcheur et l'éclat du teint des Olympiens ; c’est l’époque où l’on posait sur les joues et sur les lèvres ces taches de carmin que, près de trois mille ans plus tard, les barioleurs suisses ou bavarois mettent aux visages des bergers et des bergères taillés à coups de couteau dans une branche de hêtre. C’est aussi l’époque où Hécube entreprenait de fléchir le courroux d'Athéna en lui offrant le plus beau et le plus grand peplos qu elle possédait dans ses coffres, et où la prêtresse s’empressait de le jeter sur les épaules de la déesse ‘L On doit attribuer à une période un peu plus récente le triple Typhon en pierre calcaire provenant d’un fronton découvert sur l'acropole d'Athènes '> et les hauts-reliefs disposés dans le fronton du trésor des Mégariens à Delphes'^. Le noir, le gros bleu tirant sur le noir, le brun rouge et le jaune y dominent. Le noir est peut-être la teinte primitive qui, en se fanant, a donné naissance au gros bleu; il sert du moins à dessiner les sourcils, les cils, les pupilles et à cerner quelques détails. L’ocre jaune paraît alterner avec le brun rouge sur les ailes du triple Typhon. Dans la frise du trésor des Cnidiens, le jaune mélangé au bleu en proportions variables donne des verts qui servent à teinter certaines parties du costume des guerriers ou du pelage des lions ‘L

Dès la fin du vi' siècle, tandis que le sculpteur dédaigne le tuf en faveur du marbre, le polychromiste abandonne sa palette aux tons massifs et violents, recherche un coloris délicat et se plaît à reproduire les ornements que l'on brodait sur les étoffes. 11 répugne à l’emploi du noir, fût-il corrigé par des reflets bleus, et à l’usage de l’ocre rouge, bien vulgaire pour représenter les chairs. Quand il s’agit de femmes, il les choisira blondes et il les aimera blanches de peau. 11 obtiendra le blond au moyen du brun rouge lavé d'un peu de blanc, et le ton de la chair, en couvrant le marbre d’un enduit laiteux fait d'un mélange de cire et d’argile très fine et en ajoutant un peu de rose aux pommettes et au menton. Les lèvres seront fleuries de rouge et les yeux, jaune clair, auront parfois le cercle de l’iris rouge ou peut-être doré (le rouge servant de support au métal], avec un point noir au centre Le chiton et {'himation^ blancs ou de teintes très claires, offriront sur leur surface un léger semis et sur les lisières, de riches bordures rouges et bleues. Enfin, quelques notes d’or rares et discrètes accuseront les bijoux “. En résumé, si dans la sculpture comme dans l'architecture

le bleu et le rouge dominent, le jaune, le vert, le noir et l’or forment des appoints dont l’importance, secondaire d’ailleurs, varie avec le sujet traité.

Tel est le résultat de l’enquête qui se poursuit depuis plus d'un demi siècle. Quelle que soit la matière employée, bois, pierre, bronze, marbre, terre cuite, et quelle que soit l’époque où l’on se reporte, la Hellade rehaussa d’enduits et parfois d’émaux colorés les figures en ronde-bosse et les bas-reliefs à moins qu’elle ne juxtaposât les matières naturelles diversement teintées. Elle confondit si bien la couleur et la forme que M. Homolle, après avoir terminé les fouilles de Delphes, a pu dire que pour les Grecs du v'^^ siècle la peinture est un bas-relief aplati et le bas-relief, une peinture dont la pâte a reçu une épaisseur excessive”.

Quanta M. Pottier, il reconnaît, « sans crainte d’avancer un paradoxe, que, malgré les apparences, toutes les statuettes de terre cuite antiques étaient peintes ”. » En résumé, les statues comme les bas-reliefs étaient polychromes, et la pratique de la polychromie dura autant que la statuaire antique. C’est là une vérité niée, contestée, discutée et qu’il faudra désormais admettre. En France, outre MM. Homolle et Pottier, MM. Collignon, Léchât et, en dernier lieu, M. Perrot ont eu le courage de la proclamer.

Les architectes et les sculpteurs grecs, qui disposaient de la pierre, du marbre, du bois et du bronze, exécutèrent en ces matières la majorité de leurs grands édifices et des œuvres d’art qui les ornaient. 11 en allait tout autrement des grands peuples asiatiques, tels que les Chaldéens et les Stisiens, qui habitaient des pays où des étés bien plus chauds que ceux de la Hellade succédaient à des hivers très pluvieux. Mais, comme ils n’avaient à leur disposition que des matériaux de terre, ils avaient été amenés à construire des demeures massives, que n’égayaient aucune colonnade, aucune moulure, aucun ornement en relief.

De pareilles maçonneries impliquaient l’usage de briques ou de moellons de pisé séchés au soleil et employés en assises réglées. Mêlés aux broussailles, ces matériaux acquéraient par la cuisson des propriétés précieuses : résistance à l’écrasement, imperméabilité, couleur. Dans chaque opération, il y avait même quelques parements qui se vitrifiaient. L’observation aidant le hasard, comme il arrive dans toutes les découvertes, les chaufourniers déduisirent de leurs multiples expériences la manière de faciliter cette vitrification et d’en varier la couleur. L’émail était inventé. Cette découverte se fit séparément en Mésopotamie

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