BAS-RELIEFS PERSES EN FAÏENCE POLYCHROME
et en Égypte, Ici, elle arriva par surcroît ; là, elle devint la base de la décoration.
Telle fut l’origine de l’architecture et de la sculpture polychrome de la Babylonie, de l'Assyrie, de la Susiane et plus tard de la Médie et de la Perse, pays condamnés par le climat et la géologie à un système de construction qui ne nécessitât pour se développer ni bois de charpente, ni échafaudages. Depuis nos fouilles de Suse, l’on sait combien cette indigence fut profitable aux arts polychromes et à quel degré de perfection les faïenciers perses portèrent une industrie que les Grecs avaient négligée. Ils comblèrent ainsi une lacune technique et en même temps ils opposèrent la gamme verte, jaune et blanche à la gamme rouge, bleu foncé ou noire usuelle dans les ateliers de la Hellade archaïque.
Quant aux autres pays, tels que l’Égypte, la Phénicie, les îles de la Méditerranée, ils donnèrent également la prééminence à la sculpture peinte, mais ils furent moins exclusifs que leurs voisins et, suivant la nature des matériaux dont ils disposaient ou des influences qu’ils subissaient, ils recoururent à la peinture ou à la faïence.
Je ne m’étendrai pas davantage, mon intention n’étant pas de faire une histoire de la sculpture polychrome antique. Je voulais seulement montrer quelles étaient ses origines et combien elle fut en honneur aussi bien chez les Grecs arrivés au suprême degré de l’excellence artistique que chez les nations qualifiées du terme impropre de barbares.
Durant de longs siècles, les arts polychromes régnèrent en souverains chez les peuples dont la civilisation se rattachait à celle de la Grèce ou de l’Orient asiatique. Tour à tour, Rome"^, Byzance, l’Exarchat unirent la forme et la couleur et se délectèrent dans la contemplation des œuvres où elles étaient mariées. 11 n’est pas jusqu’aux statuettes de calcédoine saphirique, jusqu’aux camées, qui ne reçussent des ornements d’or et des rehauts de peinture. Enfin, les artistes perses attachés aux conquérants arabes transmirent les procédés que leurs aïeux avaient hérités des Chaldéens et les vulgarisèrent dans tous les pays où les conduisit la victoire, depuis les Indes jusqu’en Portugal.
D’autre part, l’Europe, qui était l’élève de Rome, mais qui écoutait avec ferveur les leçons des Byzantins, accepta de ses maîtres la statuaire et la décoration architectonique polychromes. Après le bois, la pierre, le cuivre, l’ivoire des triptyques et l’argent des reliquaires se couvrirent de couleur.
Les siècles passèrent. Puis, soudain, une réaction se produisit dans les circonstances que je dirai bientôt et elle fut si violente qu’il est encore de mode, presque de bon ton, de condamner au nom du goût la statuaire polychrome. On répète volontiers que peindre une image en relief est un acte barbare, sauvage, criminel et, quand on daigne motiver ces accusations, l’on ajoute qu’il faut manquer de culture pour méconnaître la noblesse grave et sereine de la pierre, attenter à la virginité du marbre, déshonorer le bois, ravaler la majesté du bronze.
Timidement, si vous objectez que ni l’homme, ni même la femme ne prétendent à l’éclat du Paros ou à la blancheur du Carrare, que le bois et le bronze rendent d’assez loin le ton de l’épiderme, celui des nègres excepté, l’on vous répondra que l’art est un domaine divisé par de hautes barrières. Chacun y cultive son lot et, en crainte des pires calamités, il est défendu d'empiéter sur les terres des voisins. Ainsi le sculpteur, attentif aux beautés de la forme, résistera aux séductions de la couleur, tandis que le peintre promènera ses brosses sur des surfaces planes.
Alors, pour frapper un coup décisif et impressionner les esprits enclins au mal, nos puristes compareront les sculptures polychromes tantôt aux figures de cire exposées dans les musées forains ou dans les boutiques des coiffeurs, tantôt aux statues de saints éditées dans le voisinage des grandes églises. C’est le spectacle des ilotes ivres que les Spartiates donnaient aux enfants pour leur faire prendre en horreur les vins de Chio et de Samos.
Ces critiques seraient accablantes et ces arguments péremptoires, s'ils n’étaient à deux tranchants et s’ils ne se retournaient contre leurs auteurs.
En quoi l'artiste qui enlumine un dessin diffère-t-il de celui qui colorie une statue ? L’un et l’autre sont animés du même désir, et si le premier obéit à un instinct de sauvage, le second est bien près encore de la barbarie. Depuis Cimabue, ’Van Eyck, Fra Angelico, Holbein, combien ont insulté à la candeur du vélin, avili le cuivre et outragé le bois en les recouvrant de peinture! Combien ont commis ce crime irrémissible, combien perpètrent chaque jour cet attentat contre le goût! Ils n’ont varié que dans l’emploi des moyens, la détrempe, l’encaustique, la fresque, l’huile ayant servi tour à tour leurs mauvais desseins.
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