‹ La statuaire polychrome en Espagne; illustré de quatre-vingts planches tirées hors texte et de trois planches en couleursChapitre 55 sur 171 · U ICK · texte numérisé non relu

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ainsi que plusieurs édifices de la même ville. Les biographes ajoutent que ces monuments terminés, il se rendit à Osma, puis à Santoyo et enlin à Valladolid où il se fixa et où il mourut ’L

En vérité, bien des points restent obscurs dans la vie de ce grand artiste. On ignore même sa patrie. On hésite entre l'Espagne, l’Italie et les Flandres Cean Bermudez le croit Italien. 11 doit être dans la vérité. Le style des œuvres de Juan de Juni semblerait même indiquer que leur auteur était florentin. Du reste, il n'importe guère ; s’il ne vit pas le jour sur les bords du Tibre ou de l’Arno, il étudia les arts dans l’atelier de Michel- Ange et, s'il ne naquit pas Espagnol, il le devint par adoption. 11 est donc de la même race artistique que les Berruguete et les Becerra et mérite de prendre place à leurs côtés.

Bien qu’il excelle dans l’exécution des draperies, Juan de Juni recherche les nus qu'il traite avec une science et une habileté consommées. Malheureusement, ses personnages ont parfois des attitudes si théâtrales, les contorsions des membres et des traits sont si violentes, que la surprise bannit l’émotion.

Si le xv' siècle avait offert des exemples de vierges vieillies et fanées et de christs raidis et déformés par la mort, la piété des fidèles avait réagi contre ces tendances. Juan de Juni, en dépit de son tempérament, se conforma dans une certaine mesure à l’usage établi ; le Rédempteur est étudié d’après un modèle admirable, sa mère est traitée dans un style dont la sincérité n’exclut pas la magnificence ; mais l'artiste veut à tout prix exciter la pitié et, au lieu d’en chercher l'unique source dans la composition et dans l’expression des figures, il exagère les gestes et recourt à une mise en scène qu’il croit devoir la provoquer. Dans le même dessein, il abuse du sang des meurtrissures et des plaies béantes.

Le suprême service que Juan de Juni rendit aux écoles du Nord fut d’agrandir le style et de leur indiquer une voie nouvelle. 11 leur montra une autre fin que la construction et la décoration des retables à compartiments et propagea par son exemple le goCit des groupes isolés et des statues en ronde-bosse. 11 serait exagéré de dire qu’il polychromait lui-même ses statues, mais il était un peintre de grand talent et, comme il existe un accord intime entre le modelé et la couleur, il est à penser qu’il y prenait une grande part. Un contrat notarié qui sera bientôt produit fp. 112) montre en effet que la polychromie se

faisait dans son atelier, sous sa direction et qu il se réservait la peinture des têtes et des extrémités.

La Descente de Croix de la cathédrale de Segovie (PL XLI et phot. 148) a toujours été fort admirée en Espagne où elle passe pour I œuvre capitale du maître.

« De Juan de Juni, dit à son sujet Palomino, j ai vu dans la cathédrale de Segovie, une mise au tombeau du Christ dont les personnages exécutés en rondebosse et en grandeur naturelle égalent toutes les œuvres du grand Michel-Ange. Sur les côtés, deux soldats capricieusement vêtus montrent un visage si affligé qu’ils excitent la compassion et les larmes. Le même sujet a été traité une seconde fois par Juan de Juni pour le couvent de San Francisco de Valladolid. Il est placé dans la chapelle du sépulcre. Entre les colonnes sont les statues de saint François et de saint Bonaventure. »

La très ancienne renommée dont jouit cette œuvre se traduit par les soins jaloux que l’on prend pour la préserver de la lumière. Malgré 1 obscurité commune à toutes les églises d’Espagne, on tire rarement le rideau qui la cache. Quand on la découvre, l’éclat du coloris éblouit. Un examen attentif lui est moins favorable. Le corps du Christ est extrêmement beau, calme et majestueux, mais l’agitation de la 'Vierge, des saintes femmes, des disciples préférés et surtout l’attitude des soldats capricieusemeni vêtus contraste avec la noble ordonnance de la mise au tombeau de Grenade (PL XXXV) qui est pourtant d un artiste fougueux’^.

Je préfère à ce bas-relief l’ensevelissement du Christ provenant de la chapelle de Don Antonio de Guevara, évêque de Mondonedo, exécuté pour le couvent de San Francisco de Valladolid et aujourd’hui en partie remonté dans le musée de la même ville {phot. 149). Le Christ (PL XLll) fut certainement étudié d’après le modèle qui avait servi à Segovie, seulement la rigidité cadavérique a envahi le corps et la mort a déjà desséché les muscles. Le modelé est d un réalisme effrayant que la couleur accroît encore. Au lieu d’être peint dans une gamme pâle avec des gris bleutés, la tête et les membres du Sauveur sont terreux et marbrés de taches livides. Le sang ruisselle des blessures, les plaies sont ouvertes et fouillées avec un scrupule et une science qui ne sont jamais en défaut. Certes, le morceau est superbe et rendu avec une maîtrise souveraine, mais le Christ disparaît derrière l’homme et le mort divin, derrière le cadavre du supplicié (phot. 150).

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