‹ La statuaire polychrome en Espagne; illustré de quatre-vingts planches tirées hors texte et de trois planches en couleursChapitre 57 sur 171 · MODÈLE D’UN CONTRAT ARTISTIQUE · texte numérisé non relu

MODÈLE D’UN CONTRAT ARTISTIQUE

védis qui lui seront remis ainsi qu’il est expliqué ci-après : Dès la signature du contrat ou dans les vingt premiers jours suivants, ledit Juan de Juni touchera 100 ducats pour commencer ledit travail et autres loo ducats quand la taille dudit retable sera terminée et autres loo ducats au moment de commencer à dorer, à peindre les draperies et à peindre les chairs et les autres 150 ducats formant le complément des 450 ducats ci-dessus mentionnés quand ledit Juan de Juni aura terminé et monté ledit retable dans la chapelle à la satisfiiction desdits exécuteurs testamentaires et dans les conditions susdites. 11 est mis pour condition que ledit Juan de Juni ne pourra sous aucun prétexte réclamer soit aux héritiers, soit aux exécuteurs testamentaires des suppléments de prix... et d’autre part, il est établi et convenu entre lesdites parties que si fait, achevé et placé, le retable paraît aux exécuteurs testamentaires ou à deux d’entre eux présenter quelques défectuosités et qu’il ne remplit pas toutes les conditions mentionnées dans ce contrat et acceptées par ledit Juan de Juni, ledit Juan de Juni s’oblige à corriger aussitôt la faute signalée afin que le travail soit achevé en toute perfection et à l'entière satisfaction desdits exécuteurs testamentaires et pour le cas où cette clause ne serait pas remplie lesdits exécuteurs testamentaires pourront retenir sur le prix convenu telle somme qui leur conviendra suivant les défauts que ledit retable leur paraîtra conserver.,.

« Les témoins qui furent présents à la lecture et qui signèrent... »

Tel est ce contrat dans ses parties essentielles et instructives. On peut le considérer comme le type des engagements passés entre les parties. Malgré leur sévérité et leur rigueur, l’on a vu qu’en fin de travail, l'artiste et ses clients recouraient souvent à une expertise suivie parfois d'une tierce expertise. Dans certains cas, cette tormalité était la conséquence de modifications introduites en cours d’exécution, dans d’autres, les arbitres décidaient si les termes du contrat avaient été ou non respectés.

L’on a longtemps placé la naissance de Juan de Juni dans le second tiers du xvi' siècle et l’on pensait que le grand artiste était mort au commencement du xvii'. Il faudrait reporter sa venue au monde et sa vie à vingt-cinq ans en arrière. 11 serait né vers 1507, aurait terminé le retable de San Francisco vers 154J et serait mort à Valladolid entre le 8 et le 19 avril 1577. Ce qu’il y a de certain, c’est qu'il était marié avec Ana de Aquirre et habitait Valladolid

quand, le 12 février 1545, il s'engagea par devant Pietro de Santiesteban à exécuter le retable de Nuestra Senora de la Antigua de cette ville. Dès lors, on le suit jusqu'en 1571 ; mais à dater de cette époque, il n’est plus fait mention de ses travaux.

Au cours d’une existence embellie par les succès et les hommages, Juan de Juni traversa pourtant une période pleine de soucis. En i)45) '1 traité de l’exécution du beau retable qui se voit aujourd'hui encore à Santa Maria la Antigua de "Valladolid au prix de 2400 ducats. Sur ces entrefaites, un grand sculpteur de Palencia, Francisco Giralte, proposa un rabais de 100 ducats tout en acceptant les conditions du cahier des charges. Un procès s’ensuivit et durant six ans l'affaire fut portée et reportée en appel devant la chancellerie et ne prit fin que le 20 août 1550, date à laquelle Juan de Juni accepta le prix proposé par son concurrent.

L'instance avait un caractère d’autant plus sérieux et l’issue en était d’autant plus incertaine que Francisco Giralte était un artiste renommé, offrant des garanties de savoir équivalentes à celles que donnait Juan de Juni.

Giralte, qui avait complété en Italie ses études artistiques, comme il ressort des déclarations versées au procès, avait été, dès 1 5 jq, le principal collaborateur de Berruguete dans la moitié des stalles de la cathédrale de Tolède. Puis il avait exécuté à lui seul le retable d’une église de Cisneros, celui du monastère de Valbuena et enfin celui de la chapelle du docteur Corral dans l’église de la Magdalena de 'Valladolid.

Je ne connais pas les deux premiers retables, j’ignore même s’ils existent encore; quant au dernier, celui de la Magdalena, il est remarquable si l’on s’en tient aux bas-reliefs, mais il est mal composé dans son ensemble. Je n'en aime pas non plus l'architecture.

De toute manière, je préfère de beaucoup à ce que je connais des premiers travaux de Giralte, le retable de la chapelle de l’Obispo ainsi nommée par allusion à Don Gutierre de Vargas y Carvajal, évêque de Plasencia, qui la fit construire ou du moins terminer.

Le retable fut commencé au cours du procès, en 1547, d'après quelques auteurs et, d’après d’autres, en 1555; il importe peu d'ailleurs. Ce qu’il est essentiel de constater, c’est la très grande beauté d'une œuvre, jadis célèbre et à

Planche Ll. — Saint Bruno.

Chartreuse Je .Vlirallores, — Bois peint. — Sculpture de Pereyra — Phot. l.évy, (Page 141)

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FRANCISCO GIRALTE.

peu près inconnue de nous bien qu elle se trouve à Madrid et en soit un des joyaux.

Voici comment s’exprime à son sujet Ponz dans son Viaje de Espana ;

« L'autel majeur doit être placé entre les plus chargés de sculpture de ceux que possède l’Espagne et tenu pour le plus beau de ceux qui se firent au commencement du xvi' siècle... On note dans les tableaux en basrelief une telle puissance et une telle grandeur que 1 auteur semble avoir étudié les œuvres de Michel-Ange. L’architecture comporte peut-être quelques minuties, mais elle est dans le style de l’époque comme on le constate dans les retables de Berruguete et des autres artistes contemporains. Aussi bien, certaines personnes ont-elles attribué cette œuvre à Berruguete, mais 1 on sait de source certaine et d’après les papiers conservés dans les archives qu’elle est de Francisco Giralte, sculpteur de Palencia qui, à cette date, demeurait à Tolède... La peinture et la dorure en furent confiées à Juan de Villodo dont s était porté garant Francisco de Villalpando, un habile architecte de Palencia qui, au même moment, était à Tolède. »

Je n’ajouterai ni ne retrancherai rien à cette appréciation.

On doit aussi à Francisco Giralte le retable du grand autel de San Eutropio dans la ville d’Espinar. J’ai souvent dit que pour des travaux aussi importants, l’artiste qui en avait reçu la commande s’entourait de collaborateurs. De même que Giralte avait aidé Berruguete, de même il réclama le concours de Juan Manzano. Giralte était-il d’un tempérament processif? 11 faut le croire, car il eut un long procès au sujet du partage des honoraires, procès qu’il perdit devant les juges de première instance et, en appel, devant ceux de la Chancellerie. Le dernier arrêt fut rendu le 27 octobre 1 570.

Peu de temps après l’achèvement du retable d’Espinar, Giralte en termina un autre pour l'église de Pozuelo. Mais il mourut en 1576 avant que les experts ne l’aient évalué.

A bien des égards, l’on peut comparer à Francisco Giralte son contemporain Esteban Jordan. Comme lui, il fut un statuaire consommé, connaissant toutes les ressources de son art; comme lui, il jouit d’une véritable célébrité locale; comme lui, il fut bientôt oublié au point que Palomino l’ignore. 11 fut tiré de l’oubli par Ponz et, dès lors, les critiques exaltèrent son talent. Ses œuvres sont simples, larges, robustes, correctes, intelligentes, mais elles présentent parfois

quelque lourdeur. Elles ne sont ni nerveuses comme celles de Berruguete, ni audacieuses comme celles de Juan de Juni. En vérité, Esteban Jordan tint une des premières places parmi les artistes de second plan de son époque. 11 était allié au grand Alonso Berruguete qui fut parrain d’un fils que lui donna sa première femme Felicia, sœur présumée d'inocencio Berruguete et dut à cette alliance, autant qu’à son réel talent, des commandes nombreuses. Son nom paraît dans les actes notariés et dans les registres des églises dès 1 5 56 et il semble qu’il mourut l’avant-dernière ou la dernière année du xvi' siècle. Les deux meilleures œuvres de Jordan sont le retable du grand autel de Santa Maria Magdalena à ’Valladolid et le tombeau de l’évêque Don Pedro Gasca dans la même église. Le retable est en boispolychromé, la statue de l’évêque prise dans un beau bloc d’albâtre repose sur un socle de jaspe très simple, sans autres décorations que de puissantes moulures.

Les belles sculptures polychromes abondent à ’Valladolid. Dans la même église de Las Angustias où l’on admire la Virgen de los Cuchillos, l’on voit avec intérêt l’Annonciation placée au-dessus du maître-autel.

Ponz dans son Viaje de Espana, parle avec éloge de ce bas-relief et y reconnaît le style de Berruguete. Après lui, Bosarte l’attribue à Pompeo Leoni et enfin Sagrador, confirmant Bosarte, ajoute qu’il a toujours été considéré comme une œuvre de ce dernier artiste. En réalité, ni Berruguete, ni Pompeo Leoni ne sauraient revendiquer le retable de Las Angustias. Si l’on interprète bien les termes du contrat passé entre la confrérie et les artistes, l’auteur du projet et de la sculpture serait Cristobal Velasquez père de Francisco Velasquez cité par Cean Bermudez à l’exclusion de Cristobal.

Cristobal est, il est vrai, traité d'ensamblador, c’est-à-dire de maître charpentier, dans beaucoup de contrats ; mais je croirais qu’après avoir été ïensamblador de Gregorio Hernandez, il s’instruisit aux leçons de ce grand maître et saisit à son tour l’ébauchoir et la gouge. La mention que «Cristobal Velasquez ne sait pas signer » insérée dans plusieurs contrats n’infirme pas cette hypothèse — beaucoup d’artistes renommés étaient dans ce cas — tandis que le versement entre les mains de ï encarnador T. de Prado de deux acomptes, chacun de 1000 réaux, les iqjuilletet 18 septembre 1605, et le payement d’un troisième acompte de 1600 sur le forfait de 6000 réaux applicables à la dorure et à la peinture montrent que si un cntallador autre que Cristobal Velasquez eût modelé

Planche LU. — Dolorosa.

Cathédr.ile de Salamanque. — Bois peint. — Sculpture de Carmona. — l’hot. I.acoste. — .Madrid.

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Cristobal est, tl csi vr.ip iraité d'ensamhlador. c est-à-dire de maître charpeniter, dans beaucouj Je c. .nira'< ; ina:s je croirais qu’après avoir été Vensamhlador de Gregorio HernanU</ a s ii: ;r ps'i aux leçons de ce grand maître et

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