‹ La statuaire polychrome en Espagne; illustré de quatre-vingts planches tirées hors texte et de trois planches en couleursChapitre 58 sur 171 · CRISTOBAL VELASQUEZ · texte numérisé non relu

CRISTOBAL VELASQUEZ

et sculpté le retable, son nom eût été inscrit au même titre que celui de ses deux collaborateurs, surtout s’il se fût agi de Berruguete ou de Pompe Leoni. Or aucun nom d'entallador n’a été retrouvé, ni sur le contrat, ni sur les comptes. Il y a donc lieu de penser que l’on est en présence d’un artiste dont la réputation n’égalait pas le talent ou du moins dont la renommée s’éteignit de bonne heure.

Le bas-relief (PI. XLIV et pliot. 155) représente, ainsi que je l’ai dit, l’Annonciation. La Vierge agenouillée a grande allure, mais la plus belle figure est celle de l’ange Gabriel d’une noblesse et d'une distinction suprêmes. Immédiatement au-dessus est une pieta et à la droite et à la gauche du bas-relief central on a placé saint Augustin et saint Laurent. Enfin, dans le socle, au-dessous du sujet central, sont les statuettes des évangélistes et sur les côtés deux petits tableaux, consacrés l’un à saint Joseph et à l’enfimt Jésus, et l’autre à sainte Ursule. L’architecture et les ornements, au même titre d’ailleurs que la sculpture, sont traités dans un style qui rendait très vraisemblable l’attribution faite de ce monument à Pompeo Leoni. Une clause du contrat relatif à l’exécution du retable de l’Annonciation, contrat qui pour sa forme générale ressemble à tous les traités analogues, porte que : « Après que ledit retable sera mis en place, et qu’il sera resté une année en blanc, ledit Cristobal Velasquez devra le revoir, le repasser, regarder toutes les crevasses et les gerçures, examiner les assemblages qui se seraient ouverts, les fermer et le mettre en état de recevoir la peinture et laisser ledit retable fait et achevé en toute perfection et reconnu tel par deux experts... » C’est une preuve nouvelle du soin minutieux avec lequel étaient établis les marchés et de la surveillance sans cesse exercée sur l’œuvre soit en cours d’exécution, soit après l'achèvement.

Le forfait relatif à la sculpture était de ^00 ducats ; par suite d’un changement introduit dans le projet, il fut porté à ^00 réaux de plus, soit à j 800 réaux, somme relativement inférieure à celle de 6 000 réaux qui avait été versée au polychromiste.

T. de Prado, qui fut chargé de la peinture, était, il est vrai, un artiste en renom ; il avait déjà décoré la chapelle de las Huelgas, et je suppose que la couleur rehaussait encore la valeur du retable. Malheureusement, elle a beaucoup noirci et il est difficile aujourd’hui de reconstituer l’état primitif. L’œuvre a

sûrement perdu en vieillissant. C'est du moins mon avis. Quoi qu'il en soit, d'ailleurs, elle reste fort belle et très impressionnante.

"Voici les notes de peinture que j’ai pu relever.

Dieu le Père. — Cheveux et barbe noirs, teint foncé. 11 semble vêtu d’une robe de damas noir et or.

Ange Gabriel. — Chairs claires mais soutenues de ton. Robe de dessus brun rouge avec une pointe de carmin donnant un aspect rose pourpre au vêtement couvert d’un réseau d’or. Robe de dessous vert foncé avec des ramages d’or. Les cheveux sont châtain foncé. La verge tenue à la main est d’or. En or sont également les cordons des sandales. Les ailes, autant que j’ai pu le voir, sont en or amorti par des vernis de tons différents.

Vierge. — Cheveux plus blonds que ceux de l’ange avec des reflets d’or, chairs claires. Le voile ocre jaune est chargé de dessins d’or. La robe paraît brune, mais elle est couverte de grands rinceaux d’or et a tout l'aspect de ces beaux damas que les Persans fabriquaient encore l’avant-dernier siècle et qu’ils employaient à la confection des vestes de femmes. Le manteau bleu indigo foncé est doublé en une étoffe d’un brun rouge carminé très puissant. Le manteau porte des ramages d’or et la doublure un petit guillochis fort délicat. Enfin, le bas du corps est enveloppé dans un second manteau d’un gros vert très rompu. L’étoffe disparaît en partie sous les grandes arabesques d’or. Les chaussures sont également brodées d’or.

La teinte qui domine dans le fond est le brun. 11 est couvert de traits d’or horizontaux très fins et très courts ; mais au-dessous des pieds de l’ange Gabriel ce sont des rayons d’or, puis des hachures dessinant des nuages qui taillent le fond.

Le fût des colonnes, les bases et l’entablement sont dorés. Les chapiteaux sont noir et or. Les pilastres présentent des baguettes d’or formant le cadre et un fond noir sur lequel s’enlèvent des dessins d’or.

La tente est vert et or, le pupitre est entièrement doré, de même le vase d’où sortent des flammes multicolores, mais tirant sur le vert foncé.

L’histoire de la sculpture polychrome de cette période serait incomplète si je ne citais, au moins pour mémoire, ces merveilleux orfrois où l’aiguille au lieu de l’ébauchoir et de la gouge modela parfois de véritables chefs-d'œuvre.

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