ORFROI DE L’AUDIENCIA DE BARCELONE
Je ne parle pas seulement des médaillons incrustés dans les étoles, les chapes et les autres vêtements religieux, il en est pourtant d'exquis (phot. 1 56), mais qui n’admirerait le grand devant d’autel appartenant à la chapelle de l’Audiencia de Barcelone, celle-là même qui possède le saint Georges en argent polychromé dont il a été question à la fin du chapitre ’V.
Le sujet est encore emprunté à la légende du tribun de Cappadoce. L artiste a choisi le moment où la fille du roi, que saint Georges délivrera bientôt, s’olFre en pâture au dragon afin de sauver de la mort les habitants de Silènes. Rayonnante dans sa pureté, extatique, idéale, la vierge marche vers le monstre qui contracte en un mouvement de fureur les anneaux de son corps souple. Au second plan, des hommes sortent de la ville et semblent pousser vers le dragon leur héroïque libératrice. La violence des sentiments qui se reflètent sur leur visage, la dureté de leurs traits, la rudesse de leurs gestes font ressortir encore la grâce ingénue de la victime. Par la richesse du coloris, les qualités du modelé et le mérite du dessin, cet orfroi, je dirais mieux ce basrelief, 1 emporte sur les plus belles broderies que je connaisse et sur beaucoup d’œuvres d’art justement admirées.
D’ailleurs, en classant les orfrois parmi les œuvres d’art et en plaçant leurs auteurs au nombre des artistes, je ne fais que suivre l’exemple donné par les Espagnols. G est ainsi que Cean Bermudez consacre un article élogieux à Marcos Covarrubias, maître brodeur de la cathédrale de Tolède qui fit, en 1514, le célèbre ornement du Cardinal Cisneros et que Don José Gestoso y Ferez met hors de pair Gabriel de Carjaval qui, vers la même époque, occupa une charge analogue à la cathédrale de Séville.
11 est à noter que l’un des maîtres dans cet art si délicat et si séduisant des bas-reliefs à l’aiguille fut Monserrate, un moine hiéronymite français qui vint de Besançon a la demande de Philippe 11 et professa longtemps au monastère de l’Escurial. 11 y mourut en 1576.
Au même plan que les orfrois, je placerai les merveilleuses grilles que l’on admire à Burgos, à Salamanque, à Tolède, à Pampelune (phot. 157), àCuenca et où le marteau et le burin se sont associés pour enfanter de véritables chefsd’œuvre. Là, des fleurs et des rinceaux, ici, des chimères et des médaillons à tête d homme ou de femme, quelquefois oxydés, mais parfois aussi dorés et
polychromés, les ornent sans leur faire perdre jamais de leur légèreté et de leur grâce.
Enfin, il est un dernier domaine de l’art où l’Espagne montra une souveraine maîtrise. Je veux parler de l’architecture civile. Je rassemblerai peut-être un jour les maisons et les palais dont les ornemanistes ont brodé la pierre avec une distinction, une délicatesse, une habileté technique que l’on ne saurait dépasser, mais dès aujourd’hui j’entends au moins prendre date et signaler aux artistes comme de parfaits modèles, les sculptures décoratives répandues sur les façades et à l’intérieur des demeures de l’aristocratie et de la haute bourgeoisie {phot. 158 à 179).