‹ La statuaire polychrome en Espagne; illustré de quatre-vingts planches tirées hors texte et de trois planches en couleursChapitre 7 sur 171 · CRITIQUES DIRIGÉES CONTRE LA STATUAIRE POLYCHROME · texte numérisé non relu

CRITIQUES DIRIGÉES CONTRE LA STATUAIRE POLYCHROME

manifestations équivaut à juger la peinture sur des enseignes de village et sur des images d'Épinal.

A côté des aristarques frappant sans examen et sans merci, il existe une école qui n’abandonne aucune des critiques dirigées contre la sculpture polychrome, mais que gênent les exemples que nous fournit la Hellade impeccable et la prédilection dont jouissent les arts naguère honnis du Moyen âge. Les moins informés de ses membres ont prétendu que chez les Grecs la sculpture était antérieure à la peinture qui la recouvre et n’avait souffert cette suprême injure qu’aux époques de barbarie et de décadence. Les fouilles exécutées dans ces derniers temps et les découvertes opérées sur le sol de la Grèce et de l’Italie leur ont donné tort. Du reste, ne savions-nous pas que Phidias se plaisait à unir les gemmes à l’or et à l’ivoire et que dans le temple de Zens, à Olympie, la statue d’ivoire, célèbre par sa beauté incomparable, était rehaussée de couleurs ? « Ce qui fit beaucoup pour le succès de cette œuvre due à Phidias, dit Strabon, c’est que le peintre Panæus, son cousin, lui avait prêté le concours de son talent en revêtant de couleurs éclatantes certaines portions de la statue, les draperies notamment » De son côté, Praxitèle s'en remettait à Nicias du soin de peindre ses statues "'L Cicéron et Virgile trouvaient le marbre de Paros si beau qu’ils le jugeaient digne, comme l’ivoire, d’être allié aux métaux précieux "L Accuser de mauvais goût les maîtres les plus sûrs, les plus délicats, les plus raffinés, on n’y pouvait songer non plus. Alors la critique a cherché et proposé des excuses.

La peinture, a-t-on prétendu d’abord, protégeait le tuf et les autres pierres de nature gélive et friable contre les atteintes du climat. C’est ainsi que l’on passe trois couches à l’huile sur les bois exposés tour à tour au soleil et à la pluie. Est-il utile de répondre que dans tous les pays, comme à toutes les époques, les belles statues polychromes furent exécutées en des matières choisies, durables, souvent précieuses et que l’on ne saurait invoquer pour expliquer le coloriage le désir unique de les préserver d’une humidité dont elles auraient dans bien des cas moins souffert que la peinture protectrice.

Sous le ciel de la Grèce, a-t-on dit encore, un enduit coloré tempérait l’éclat aveuglant du marbre, corrigeait l’effet de la grande lumière et faisait mieux apprécier le modelé. D’accord, mais dans l’Antiquité les statues polychromes décoraient le plus souvent les cellas très sombres des temples comme au Moyen

âge, les nefs obscures des églises, et elles y étaient préservées de la brutalité du jour aussi bien que des intempéries. Enfin, les mieux avertis expliquent le goût très marqué pour les colorations vives et franches, dont témoigne fart des pays méridionaux, par la splendeur d’un soleil que ne voile jamais aucun nuage et par la violence de la lumière qu’il répand sur les édifices et sur les accidents du sol et ils ajoutent que les Grecs comme les Égyptiens furent sollicités par le climat à peindre leurs édifices et par conséquent les statues afin de les harmoniser avec les monuments auxquels elles étaient destinées. Il me sera permis de n’être pas de cet avis.

Le midi de l’Europe représenté par l'Espagne et l'Italie ; le centre, par la France et l’Allemagne ; le nord avec les Flandres, la Scandinavie, la Russie et la Finlande, dès qu’ils furent en mesure de manifester leurs instincts artistiques, se servirent, jusqu’à en mésuser, des couleurs violentes et des ors dans la décoration architectonique et dans la peinture des statues. En revanche, la Perse, bien qu’elle soit le pays le plus lumineux de la terre, a toujours fait preuve d’une prédilection marquée pour les bleus et les verts rompus, les ocres jaunes, les rouges obtenus par la trituration de la brique et les gris empruntés à de la terre délayée. Cette discrétion, dont ses décorateurs ne se départent qu’aux époques de grande décadence et à laquelle ils reviennent d'instinct, marque simplement chez eux un goût très sûr et très délicat, comme la préférence que la grande majorité des peuples, dont la civilisation est encore rudimentaire, affichent pour un coloriage désordonné, dénote des sens difficiles à impressionner, mais que la culture affinera.

Supposons un instant que la civilisation, au lieu de naître aux pays de lumière, se fût développée d'abord dans les brouillards du Nord; comme il n’est pas de contrées où les teintes violentes soient plus en honneur qu’en Finlande et en Scandinavie, et comme les grands coloristes flamands ne le cèdent pas aux 'Vénitiens, la statuaire eût été polychrome et on lui eût encore trouvé des excuses. Les mêmes critiques qui l’expliquent par un excès de lumière n’eussent pas manqué d’observer que dans les régions où le soleil apparaît derrière un voile épais, où il ose à peine s’élever au-dessus de l’horizon et où il envoie à la terre des rayons obliques et discrets, il était nécessaire de remédier à la longue tristesse des ciels gris et brumeux et d’égayer la pierre en la couvrant de couleurs

Planche Vil, Figure i. — Statue royale. Cathédrai.e de Leon.

Pierre peinte. — Phot. inédite de l'Auteur.

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Figure 2. — Statue de saint. Musée ue Leon.

I^ierre. — Phot. inédite de l'Auteur Paae 52;

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Supposons un instant que la civilisation, au lieu de naître aux p.i\ s de lumière, ; fût développcc d'abord dans les brouillards du Nord; comme il n'est pas de contrées où les teintes violentes soient plus en honneur qu’en Finlande et en Sc.tndinavie, et comme les grands coloristes flamands ne le cèdent pas aux Vénit ciis, la statuait . ••ûl été polychrome et on lui eût encore trouvé des excuses. 1 es mêmes critique.- qui l'expliquent par un excès de lumière n ■ .is-cnt pas ni, 'tiqué d’obserter que dans les régions où le soleil apparaît derric'n un vyile épais, e vi ii ose à peine s'élever au-dessus de l'horizon et où il enxou . la terre : a\(<ni cibliques et discrets, u était nêccssUire .'^medier a la longue tns-

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