‹ La statuaire polychrome en Espagne; illustré de quatre-vingts planches tirées hors texte et de trois planches en couleursChapitre 70 sur 171 · LE CAPITAN CEPEDA · texte numérisé non relu

LE CAPITAN CEPEDA

les statues, il n'eut qu’à marcher dans les voies nouvellement ouvertes’'’.

A côté de lui, et appartenant aussi au milieu du xvp siècle, se signalait l'auteur du célèbre tcnebrario de la cathédrale, duquel Cean Bermtidez a dit avec raison qu’il était la plus belle pièce de ce genre qu’il y eût en Espagne. 11 se nommait Bartolome Morel. Ce fut lui qui modela et fondit également la statue de la Foi Triomphante placée au sommet de la Giralda et le grand lutrin du chœur Peut-être faut-il attribuer encore à Bartolome Morel la plaque tumulaire en bronze où sont représentés gisants François Duarte et Catherine de Alcocer sa femme. Ce monument est incrusté dans la paroi — côté de l’évangile — de la chapelle de l’Université de Séville (pliot. 225). Morel, quand il exécuta le Tenebrai'io, avait choisi pour collaborateur Pedro Delgado^*, l’élève préféré de Micer Antonio Florentin, mais il forma lui-même de nombreux disciples. Je citerai Juan Bautista Masquez, qui avait travaillé à la cathédrale de Tolède à côté de Gregorio Vigarni et de Vergara le Vieux”’ et terminé le retable du maître-autel, puis, un Flamand, Juan Giralte, qu’il associa de longues années à ses travaux, mais dont l’histoire est mal connue *°.

Le dernier tiers du xvi” siècle et le commencement du siècle suivant virent briller trois grands artistes : un Cordouan le capitan Cepeda, Geronimo Hernandez et Ga,spar Nunes Delgado.

La carrière du capitan Cepeda ’■ à plusieurs égards ressemble à celle de Pierre Torrigiano. Comme le célèbre Italien, il s’adonna tour à tour aux arts et à la guerre. Après avoir servi en Italie, où il avait gagné son grade, il lut appelé à Séville en 1580 par quelques jeunes orfèvres désireux de propager une dévotion spéciale au Christ expirant sur la croix. Pour répondre à ce désir, il modela le Christ de la Espiracibn placé aujourd’hui sur l’autel d’une petite chapelle attenante au Musée. Le morceau de sculpture est superbe, mais l’attitude trop violente. le mouvement de la tête, l’expression de douleur exaspérée du visage font plutôt penser à un criminel qu’à un Dieu se sacrifiant pour le rachat du genre humain ^pliot. 226, 227). Cepeda représente dans le Sud le style que Berruguete, et Juan de Juni avaient fait triompher dans le Nord et qui trouva des adeptes nombreux parmi les peintres des siècles suivants.

Geronimo Hernandezfut aussi un artiste de haute valeur’”. Bien qu’il ait étudié la sculpture dans l’atelier de Pedro Delgado, il s’inspira surtout des œuvres de

Torrigiano. L'on a longtemps attribué le saint Jérôme de la cathédrale de Séville au maître florentin alors qu’il appartient à Geronimo Hernandez d’une manière bien authentique. Du même artiste, il existe encore un enfant Jésus ravissant (phot. 228) et une Résurrection appartenant à la confrérie du Dulce Nombre. Il fit aussi une image de la Virgen del Rosario avec l’enfant Jésus dans les bras et saint Dominique et sainte Catherine de Sienne agenouillés à leurs pieds. Enfin, le prieur du couvent de San Leandro lui commanda un retable que peignirent et dorèrent Juan de Saucedo et un artiste portugais de grand renoin, Vasco Pereyra, venu à Séville vers 1590”. Pacheco, dans son Livre de la peinture vante les œuvres de son contemporain. Cean Bermudez le tient également en grande estime.

Gaspar Nunes Delgado fréquenta tour à tour l’atelier de Geronimo Hernandez et de son oncle Pedro Delgado ’■* et s’éleva fort au-dessus de ses maîtres. Ses statues sont pleines de naturel et de grâce, l'anatomie des nus est excellente, les proportions sont élégantes et les draperies, traitées avec une grande souplesse.

Le saint Jean-Baptiste au désert, qui se trouve dans la chapelle des religieuses de San Clemente ’> et qui fut peint et damassé des mains mêmes de Francisco Pacheco est réputé à Séville pour un morceau hors pair et son auteur y est tenu pour l’un des plus grands maîtres de l’Espagne. C'est un bas-relief, mais le personnage est presque détaché du fond, Le saint porte une tunique noire couverte de broderies d’or fort délicates et un manteau brun rouge dont la doublure vert foncé disparaît presque sous de fines arabesques d’or. Le visage et en général les chairs sont très étudiés, le paysage est également fort beau de dessin et de ton. Je ne sais si j’ai examiné le saint Jean-Baptiste de Delgado avec des yeux prévenus ou si l’éclairage était défectueux ; il m’a paru excellent, sans doute, inférieur toutefois à sa réputation. La peinture aurait-elle trompé les critiques et leur aurait-elle causé de ces illusions dont il est difficile de se défendre en présence de polychromies aussi remarquables? Je suis porté à le croire.

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