‹ La statuaire polychrome en Espagne; illustré de quatre-vingts planches tirées hors texte et de trois planches en couleursChapitre 71 sur 171 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

MARTINEZ MONTAMES

Les premières œuvres de Montaües. — Le retable de Sanliponce. — Le Christ des Calices. — Le retable de Sauta Clara, — Les Christs de Passion. — Les Conceptions. — Résumé chronologique et symbolique du mystère de l’immaculée Conception. — Le retable de San Miguel et le saint Bruno de Cadi.x. — Pacheco.

EPUis la mort de Pedro Millan et de Torrigiano, Séville avait eu de grands

artistes; aucun, cependant, n’avait égalé en réputation Gregorio Hernan-

-1 — ^ dez de Valladolid. Née plus tard que celles du Nord, la floraison suprême de l’école était aussi plus tardive'.

Le xvi' siècle finissait quand vint s’installer dans la métropole de l’Andalousie un élève de Pablo de Rojas, sculpteur grenadin dont le nom fût resté inconnu si le disciple n avait fliit participer le maître de sa célébrité et de sa gloire. Le nouvelarrivants’appelait Juan Martinez Montanes T Le ii octobre 1582 lui et sa femme, Ana Villegas, entraient dans la confrérie du Dulce nombre de Jesûs où on les tenait quitte leur vie durant de toute cotisation parce que Montanes « avait gracieusement offert a la Confrérie une image de la Vierge ». Les archives de la communauté de Santa Teresa indiquent aussi qu’il travailla pour les religieuses du Carmel en 1590. A cela se bornent les renseignements que de patientes et laborieuses recherches ont permis de recueillir sur lui avant l’année 1607, où il livra un enfant Jésus que lui avait commandé la confrérie sacramentelle du Sanùsimo rattachée à la paroisse de la cathédrale h II résulte des termes d’un bail qti à cette époque, il habitait avec Catalina Salcedo y Sandobal une maison située dans l’Arquillo de Roelas. 11 avait donc perdu Ana Villegas et convolé en secondes noces. Ces divers documents montrent aussi que Montanes avait cin-

quantc ans environ — puisqu il était marié dès 1582 — quand il produisit la première d entre les œuvres bien datées qui allaient glorifier son nom

Ce début longtemps reculé, indique-t-il que 1 artiste arriva très tard a 1 apogée de son talent ou qu'il éprouva une grande peine à provoquer l’admiration de ses contemporains? 11 serait difficile de se prononcer; quoi qu’il en soit, le fait valait d’être retenu pour sa rareté. J’ajouterai que la suite de sa vie le dédommagea du long stage que les circonstances lui avaient imposé.

Les caractères dominants de la personnalité artistique de Montanes sont la foi et la sincérité. A ce point de vue, il se rapproche encore de Gregorio Hernandez avec qui j'aurai des occasions fréquentes de le comparer. Sans doute, il respira l’air où il vivait, ses yeux se portèrent et son esprit s’arrêta sur les œuvres de ses devanciers, il profita des progrès accomplis, il étudia les statues antiques rassemblées par le duc d’Alcala dans son palais de Séville'^ et cependant il sut garder une personnalité puissante, il ne copia aucun maître, il ne s inspira d’aucun style. Montanes dédaigne le procédé, la lormule, le convenu. Nul, plus que lui, n’a le re.spect de la vérité, ni un sentiment plus vil de la convenance, de la noblesse et de l’esthétique qu’exige l’association de l’idéalisme chrétien à la reproduction des formes humaines L 11 est l’honneur de l’école, il élève la sculpture espagnole à un haut degré de splendeur, il plane dans les mêmes régions que Velasquez et Murillo, ses admirateurs et ses frères par le génie.

Tous les artistes espagnols des bonnes époques ont eu le sentiment instinctif que la peinture et la sculpture religieuses ne consistaient pas seulement dans le choix et la production de sujets de sainteté ; tous ont été pénétrés de fonction et du spiritualisme qui se révèle dans leurs œuvres, accomplissant ainsi la haute destinée de fart chrétien. Aussi bien, on s’expose à des redites, quand on étudie Montanes après avoir parlé de Geronimo ou de Gregorio Hernandez, de Pedro Millan ou de Delgado. Et cependant, on ne saurait taire l’émotion que provoque la vue des saintes images conçues par le grand maître sévillan dans le ravissement de son âme pieuse et croyante.

Le Moïse de Michel- Ange passe pour le chef-d’œuvre de la sculpture moderne, mais sa tête cyclopéenne peut représenter aussi bien celle d’un chef de guerre et du législateur d’Israël que celle d’un Jupiter tonnant. II tient par des liens étroits à la Grèce et à Rome. On en pourrait dire autant des images du

Planche LXIII. — Saint Jérôme.

Église de Santa .Ana de Grenade. — Terre cuite peinte, — Sculpture de Torrigiano Phot Linares.

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Le Moïse de Michcl-.Ange prs.se pour le rhel-d'œuvre de la sculpture moderne, mais sa lôtc co-’opéenne peut repré.scntcr aussi bien celle d un chef de guerre et du législateu; J Israël qu- celle d un Jupiter tonnant. 11 tient par des

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