‹ La statuaire polychrome en Espagne; illustré de quatre-vingts planches tirées hors texte et de trois planches en couleursChapitre 72 sur 171 · PREMIÈRES ŒUVRES DE MONTANES · texte numérisé non relu

PREMIÈRES ŒUVRES DE MONTANES

Christ et de la Vierge où, en Italie surtout, la pensée chrétienne côtoie sans cesse l'inspiration païenne. 11 en va tout diftéremment de l’œuvre de Montanes. Il n’est pas de sculpteur qui ait serré de plus près la représentation du corps humain soit dans ses crucifix, soit dans ses Christs sur la route du Golgotha et jamais cependant on n'a divinisé la souffrance, jamais on n'a idéalisé comme lui la représentation de la mort. Le même prodige se rencontre dans ses Conceptions si belles, si pures, si saintement virginales que Murillo n'a eu qu'à les transporter sur la toile. Car il sut, et c’est un des côtés séduisants de son génie, exprimer tous les degrés, toutes les nuances des sentiments, tous les aspects de la nature depuis les contours délicats de ses Vierges enchanteresses, depuis les lignes molles et exquises desesenfiints Jésus jusqu’aux traits énergiques et sévères de ses Christs.

J'ajouterai que Montanes ne se spécialisa pas dans l'exécution des grandes ligures en ronde-bosse; il s’illustra aussi comme architecte et sculpteur de retables. Ceux de Santa Clara, de San Lorenzo à Séville et de San Isidro à Santiponce témoignent d'une science consommée et d'un goût très pur chez leur auteur.

Les œuvres attribuées à Montanes ou plutôt sorties de son atelier sont nombreuses. Il faut distinguer entre celles dont il confia l’exécution à ses élèves et celles qu'il modela lui-même. Je m'arrêterai de préférence à ces dernières en suivant dans leur description l’ordre chronologique.

On placera dans cette première période la Vierge de la confrérie du Dulce Nombre et les statues commandées en 1 590 par les religieuses de Sainte-Thérèse.

A cette année appartient l'enfant Jésus coulé en plomb et commandé par la confrérie sacramentelle du Santisimo (pliot. 229]. Cette image charmante et gracieuse porte sur le socle d’argent la signature du maître et la date où elle lut faite. Elle inaugure, comme on le sait, la belle période de la vie artistique de Montanes.

A l’occasion des fêtes auxquelles donna lieu la béatification de saint Ignace de

( Og )

Loyola, Montanes ébaucha le corps et modela la tête, les mains et les pieds du fondateur de la Compagnie et agit de même pour saint François Xavier* (phol. ijoii 2 34) . Le premier tient à la main un chapelet, les regards de l’autre se portent sur un crâne blanchi. Ces deux images placées aujourd'hui dans la chapelle de l'Université, à droite et à gauche de l’autel, rentraient dans la catégorie de ces statues que les Espagnols habillent et qu’ils nomment « imâgenes de candeleru ». Elles ont été couvertes depuis peu d’années de soutanes encollées et peintes. Le raccord de l’étoffe et des chairs fait une illusion complète et comme on a eu le bon goût de tenir les vêtements dans une gamme très foncée, les têtes ont conservé leur valeur. II y a lieu de croire que l’une et l’autre sont des portraits 5. C’est un mérite bien rare dans l’œuvre des sculpteurs espagnols.

Montanes employa deux années à composer et à tailler le magnifique retable et les statues que lui avaient commandés les Lliéronymites pour leur monastère de San Isidro del Campo situé à Santiponce dans les environs de Séville".

Le retable consiste en deux registres et un attique (phol. 255, 2j6). Au centre du premier registre, est la statue de saint Jérôme pénitent (PL LXl'Vj comprise entre la statue de saint Jean-Baptiste et celle de saint Jean l’Evangéliste et deux bas-reliefs: l’Adoration des Mages (phot. ijy) et l’Adoration des Bergers (PL LX'V). Montanes réserva le milieu du second registre à la statue de saint Isidore archevêque de Séville tandis que les deux côtés reçurent des bas-reliefs où il représenta la Résurrection et l'Ascension du Sauveur. Enfin, il disposa dans l’attique l'Assomption de la Vierge et les Vertus cardinales que surmontent un crucifix et deux anges agenouillés.

Un travail aussi important ne peut être en entier de la main de Montanes. Quel que soit le charme des deux bas-reliefs placés dans le registre inférieur, il est à penser qu’ils furent taillés par les élèves. En revanche, on sait d’une manière certaine, que le saint Jérôme pénitent est l’œuvre personnelle du maître et que Pacheco le peignit avec amour.

Le saint que l’on peut comparer au point de vue plastique au chef-d’œuvre de Torrigiano se détache sur un paysage dont les tons ont été assourdis à dessein. 11 semble que les chairs soient peintes sur un vieil ivoire dont on aurait ménagé

Planche LXIV. — Saint Jkrôme.

Retable de l’église de SaïUiponce. — Bois peint. — Sculpture de Monianes. peinture de Pacheco-

Phot. inédite de l’Auteur.

(Page 160)

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HEROÏSME D’ALONSO FEREZ.

par endroits la patine dorée. La seule note de couleur un peu vive est donnée par un chapeau rouge. 11 est accroché aux branches de l’arbre qui garnit une partie du fond et ressemble à une grosse fleur venue au milieu des feuilles. Toutes les formules laudatives ont été employées, dès son apparition, pour célébrer cette statue. Elle en est restée digne ".

En même temps qu’il travaillait au retable, Montanes, au rapport de Cean Bermudez, aurait modelé les statues funéraires des fondateurs du couvent [phot. 2^8, 239). Elles sont en marbre polychromé et auraient été substituées à d’anciennes images quand on restaura la chapelle, au début du xviF siècle.

Don Alonso Ferez de Guzman el Bueno occupe le côté de l’évangile. 11 porte une armure d'acier damasquiné que recouvre en partie une cape brune. L’inscription gravée à la base du mausolée donne le nom et rappelle le haut fait du héros qui laissa massacrer son fils plutôt que de remettre aux assiégeants la place de Tarifa.

C’était en 1293. « Don Alonso Ferez de Guzman occupait la place pour son roi. Don Sanche le Brave, et la défendit fort bien. L’Infant Don Juan frère du roi, qui en Elisait le siège à la tête d’une armée fournie par les princes mores, avait comme page le fils de cet Alonso Ferez. Il envoya dire à cet Alonso Ferez de lui rendre la ville et que s’il ne la rendait pas il lui tuerait son fils. Don Alonso Ferez lui répondit que pour la place, le roi lui en avait confié la garde et qu’il ne la rendrait pas ; quant à la mort de son fils, il lui donnerait le couteau pour l’égorger. Et il lui lança par-dessus les créneaux un couteau en ajoutant qu’il voudrait voir tuer ce fils et cinq autres, s’il les avait, avant de lui rendre la ville du roi son seigneur. Dans sa rage, le prince Don Juan fit massacrer l’enlant sous les yeux de son père, mais malgré tout, il ne put jamais prendre Tarifa 'L »

Les chroniqueurs ajoutent qu’Alonso Ferez dominant sa douleur se mit à table avec sa femme. Mais le peuple qui, du haut des remparts, avait assisté à l’assassinat de l’enfant s’étant répandu dans la ville en poussant des cris d’horreur, il se leva pour connaître la cause de cet émoi, et l’ayant appris il retourna chez lui en disant : « Je croyais que les Mores entraient dans la place 'L »

Four le récompenser de sa fidélité. Don Sanche joignit aux armes d’Alonso Ferez ce bras jetant un poignard que l'on voit peint sur le fond de la niche où est placée la statue et à ses noms patronymiques le surnom de El Bueno (le bon, le fidèle) rarement oublié quand il est fait mention de lui.

Quoi qu'en ait dit Cean Bermudez, il serait audacieux de prétendre que la statue orante dn héros ait été modelée par Montanes et soit à la ressemblance du défenseur de Tarifa; il est même intéressant de constater qu’Alonso Ferez ne porte pas le costume en usage à la fin du xm' siècle et qu’il est plutôt armé à la mode du milieu du xv'. D'autre part, si, comme on pense en avoir la preuve, la statue fut exécutée d’après une autre plus ancienne, il se pourrait qu’elle reproduisît quelques traits du modèle.

Le mausolée de Dona Maria Alfonsa Coronel femme d’Alonso Ferez est situé du côté de l’épître en face de celui de son mari (phot. -usp).

Dona Maria porte sur la tête un voile blanc d’étoffe légère, tandis que la robe de damas aux plis larges et puissants est d’un rouge sombre que réveillent quelques broderies d’or. Les manches tombantes sont ornées de nœuds en passementerie noire. Enfin sur les épaules s’étale un manteau brun foncé. Le coussin est rouge et une étoffe rouge également, mais damassée de blanc et de vert habille le prie-Dieu.

Si l’on en juge au costume de Dona Maria, au style général et à la valeur de l’œuvre en parfaite harmonie avec l’armure de Guzman le Bon et les qualités artistiques de sa statue, on est autorisé à penser qu’elles sont toutes deux de la même main. Les raisons données dans ces derniers temps pour attribuer la première à Montanes et la seconde à un sculpteur qui aurait copié un original du grand artiste ne me semblent pas décisives et ne prévalent pas contre le parallèle qui s’établit entre ces œuvres et contre la comparaison de ces mêmes œuvres avec le saint Jérôme placé au-dessus de l’autel. Je conviens cependant que la note dominante des deux statues funéraires est grave, simple, majestueuse et s’harmonise avec le lieu où elles sont placées, leur destination funéraire et la vie tragique des personnages. La polychromie surtout en est très belle. Aussi bien ces qualités communes les rendent-elles précieuses, quel que soit le nom de l'auteur.

Montanes avait à peine terminé les sculptures du couvent de Santiponce qu’il entreprenait un crucifix pour la Chartreuse de Santa Maria de las Cuevas. 11 lui fut commandé par don Mateo ’Vasquez de Leca, archidiacre de Carmone et chanoine de la cathédrale de Séville et fut offert pour le maître-autel de

Retable de l’Eglise de Santiponce. — Bois peint. — Bas-relief exécuté dans l’atelier de Montanes. Phot. inédite de l'Auteur.

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Le mausolée de l)'jiu .Maria Alfonsa Coroncl femme d’Alonso Ferez est situé du côté de l épitre en l'ace de celui de son mari (phot. -240).

Dorta Maria poi le >ur la tète un voile blanc d’étoffe légère, tandis que la robe de damas aux pli., larges et puissants est d'un rouge sombre que réveillent quelques brodei ie.s d . a Les manches tombantes sont ornées de nœuds en passementerie noii e. tniin sur les épaules s’étale un manteau brun foncé. Le coussin est • .iit’x II U ” i -i’.c luuge également, mais damassée de blanc et de vert ■'•■■■i.s,

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