‹ La statuaire polychrome en Espagne; illustré de quatre-vingts planches tirées hors texte et de trois planches en couleursChapitre 78 sur 171 · LES CONCEPTIONS · texte numérisé non relu

LES CONCEPTIONS

Doit-on faire honneur à Montanes, dont l’esprit apparaît lucide et pénétrant, de la simplification apportée à la représentation un peu confuse que les artistes français avaient donnée de la Vierge Immaculée? Je n’ose l’affirmer, tant il est difficile de trouver une démarcation dans le progrès et la marche des idées. Est-ce bien lui qui entoura le croissant de ces séraphins qui volent au milieu des nuages ? En tous cas, la dignité et la souplesse de l’attitude, l’expression grave et pourtant sereine de la Conception lui appartiennent bien en propre. Si l’on analyse le mouvement, on s’aperçoit que la Vierge porte sur la jambe droite et, que le buste est tourné vers la gauche tandis que la tête ramenée dans le plan général du corps est légèrement penchée en avant.

Le type est andalou, il a la noblesse naturelle, la beauté accomplie, les lignes pleines et pures de ces femmes dont les ancêtres se désaltérèrent aux eaux du Tigre ou connurent les déserts lointains de l’Hedjaz. Pourtant le port majestueux de la Vierge, de grands yeux baissés et le léger sourire perdu aux commissures des lèvres donnent à la figure une expression à la fois réfléchie et douce que les filles de Séville ne connaissent guère. Marie prie ou médite sur le mystère de sa naissance, aucune pensée funèbre ne l’en distrait ni ne l’attriste. Montanes sans exagérer les formes féminines, à la manière des Italiens et deTorrigiano en particulier, avait cependant choisi pour modèle une femme dans tout l’éclat de sa beauté. Si les lignes du corps sont chastement atténuées, elles donnent une grâce particulière aux plis de la robe et du manteau qui les accompagnent sans les souligner. Tel est le thème que le maître variera dans les détails mais auquel il restera toujours fidèle et que les peintres et les sculpteurs reproduiront après lui si souvent.

Parmi les Conceptions dont on fait honneur à Montanes, je mentionnerai celle de la cathédrale (PL LXIX et phot. 251 à et celle de Santa Lucia (phot. 2j4) qui ont chacune leurs admirateurs. Certains artistes prétendent que la tête de la première est d’une incomparable beauté, que la seconde l’emporte par les draperies. Je ne sais sur quelles raisons sérieuses ils fondent leur jugement. Peut-être l’éclairage, le milieu ambiant ou la couleur ont-ils influé sur leurs appréciations, car elles ont l’une et l’autre le même mérite.

Dès 1779, on trouvait si belle la Conception de la cathédrale’" que l’on décida de la dépouiller des vêtements dont les fidèles couvrent leurs saints de

prédilection. C’était là une pensée louable et à laquelle on ne saurait trop applaudir. Mais en même temps, et comme la peinture avait sans doute souffert du frottement des habits et peut-être aussi des mutilations nécessaires pour fixer ou attacher les couronnes et les bijoux, l’on rafraîchit et l’on refit les peintures anciennes. Si l’on se réfère au dessin des damas, il semble que le restaurateur s’inspira de la polychromie primitive et eut le bon goût de se borner à des retouches. Ce que l’on peut affirmer c’est que Pacheco, le peintre que Montanes avait associé à ses œuvres, rompit toute relation avec lui après le procès qui les divisa. Comme l’arrêt fut rendu en 1622, il resta sûrement étranger à la polychromie des Conceptions’'. On le reconnaît et on le regrette.

En l’état actuel, la Conception de la cathédrale, comme les lys dont elle a la pureté sans tache, est vêtue d’une robe blanche que j'aimerais toute simple, mais que le peintre couvrit de fleurs d’or serties d'un mince filet brun. Un manteau noir enrichi de palmes d'or serties de rouge la recouvre en partie. D'une robe de dessous, on ne voit que le bout des manches rouges. Le teint est animé; les cheveux noirs ont des reflets couleur de rouille.

La seconde Conception se trouve dans la chapelle du Sagrario de San Julian. Elle vient de l’église de Santa Lucia, aujourd’hui désaffectée, et en a gardé le nom. Elle aussi porte la robe blanche brodée d’or, mais le manteau vert olive doublé d’une étoffe rouge incarnat la différencie de la Vierge de la cathédrale. L’une et l’autre reposent sur le croissant lunaire, l’une et l’autre ont à leurs pieds des anges couleur... d’ange traités avec le même amour par le sculpteur et par le peintre.

La Conception de San Clemente et celle de Santa Clara m’ont paru fort belles; toutefois, elles sont placées si haut que je n’ai pu les examiner de près. Quant à la Conception que l’Université de Séville s’enorgueillit de posséder, elle est moins parfaite que les précédentes {phot. 255, 256).

Je ne sais si Montanes quand il en eut obtenu le droit, polychroma lui-même ses statues. Je ne le pense pas, il était surchargé de travaux et n'aurait pas trouvé le temps de manier tour à tour la gouge et le pinceau. Ce qu’il souhaitait c'était rompre avec un peintre en très grande réputation dont il était obligé de subir la loi au lieu de lui dicter ses volontés. Ce qu'il voulait, c'était, à l’exemple des grands sculpteurs de Valladolid, exercer un commandement et une

Planche LXIX. — Conception.

Cathédrale de Séville. — Bois peint et doré. — Sculpture de Montanes. — Phot. inédite de l’Auteur.

(Page 171)

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La seconde Conception sc trouve dans la chapelle du Sagrario de San Julian. Uic tient de l’église de Santa Lucia, aujourd hm ,1 .1 ''<Mee, et en a gardé le nom. Elle aussi porte la robe blanche broJ. .■ > -..us le manteau vert

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La Conception de San Clémente et celle de Santa Clara m’ont paru fort belles; toutefois, elles sont placées si haut que je n'ai pu les examiner de près. Quant à la Conception que 1 Université de Séville s’enorgueillit de posséder, elle est moins parfaite que Ic' précédentes p/ir ;. 155, 256).

Je ne sais si Montafles quand il en eut obtenu le droit, polychroma lui-même ses statues. Je ne le pense pas, il était surchargé, de travaux et n’aurait pas trouvé le temps de manier tour à tour la gouge et le pinceau. Ce qu'il souhaitait c'était rompre avec un peintre en très grande réputation dont il était obligé de subir la loi au lieu de lui dicter ses volontés. Ce qu'il voulait, c’était, à

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