PACHECO
Peu de temps après, en 1603, Don Fernando Ribera, troisième duc d'Alcala, lui demandait de s’inspirer de la fable de Dédale et d'Icare et de décorer à la détrempe une salle du palais connu sous le nom de Casa de Pilatos.
J’ai dit au début de ce travail, quels liens étroits avaient uni d’abord la vieille peinture à fresque et la peinture des reliefs. Plus tard, les damasseurs sous la double influence des artistes flamands et de leur pieuse clientèle enrichirent d’or jusqu’à les surcharger les vêtements des saintes figures et introduisirent sur la palette plusieurs tons qu’en avaient exclus leurs prédécesseurs. A Valladolid, Gregorio Hernandez protesta contre cet abus des couleurs et des ors et ramena la peinture des reliefs dans son ancienne voie. Tout d’abord, son exemple ne fut pas suivi dans le Sud. Pacheco, qui était un artiste curieux, un chercheur et un érudit et qui avait fait de longues stations à Madrid, à l’Escurial et à Tolède, connut-il les statues de Hernandez et de Juan de Juni, ou bien les études entreprises quand il eut à décorer le palais du duc d’Alcala lui montrèrent-elles combien les procédés de la détrempe convenaient à la peinture des figures en relief.? De toute manière, il remit en honneur la polychromie des anciens statuaires espagnols, se spécialisa dans la peinture des reliefs et devint le collaborateur des deux plus grands sculpteurs de son époque ; Gaspar Nunez Delgado et Juan Martinez Montanes. Les critiques et les artistes du xvii' siècle citent comme son chefd’œuvre la peinture d’une statue de Nuestra Sefîora de la Expectaciôn qu’il exécuta pour la comtesse d’Olivares Celle-ci la donna au couvent des Franciscains Déchaussés de Castillera de la Cuesta qu’elle venait de fonder dans les environs de Séville ■'°. Je ne l’ai pas vue et je ne sais même pas si elle existe encore, mais j’ai pu admirer à loisir le saint Jérôme de Santiponce et le Christ des Calices et j’ai reconnu combien était fondée l’admiration que professaient ses contemporains pour Fauteur de la polychromie.
Le mauvais éclairage de ces deux chefs-d’œuvre de la statuaire polychrome ne m’ont pas permis d’en faire des photographies en couleur. Je le regrette à peine, et l’on comprendra qu’il en soit ainsi, connaissant ma pensée sur les difficultés inhérentes à ce genre de reproductions. Je voudrais toutefois que les personnes, il en existe encore, hostiles à la statuaire polychrome puissent voir à loisir les vierges de Juan de Juni et de Hernandez à 'Valladolid, le Christ des Calices et le saint Jérome, de Montanes ainsi que le retable exécuté par Roldan
et Valdes Leal pour l’hôpital de la charité à Séville avant de porter un jugement définitif .sur un art condamné avant d’être connu. Peut-être abandonneraientelles tout ou partie de leurs préventions, peut-être conviendraient-elles qu’il n’est pas de difficultés apparentes ou réelles pour un grand artiste. J’avoue qu’il est plus facile de persister dans un paradoxe que d’aller à Séville ou à Grenade. Mais ’Valladolid est presque aux portes delà France et des deux Vierges que l’on y peut voir, quand on ne s’arrête pas aux œuvres cataloguées et quasi officielles, émane déjà un charme tel qu’il me paraît impossible de ne pas le subir ; je cite ces deux Vierges de préférence à telles ou telles œuvres du nord de l’Espagne parce qu’elles résument à mon avis et synthétisent toutes les qualités essentielles de la statuaire polychrome, et aussi parce qu’elles sont presque sous nos yeux mais je persiste dans la préférence que j’accorde aux sculptures où Montanes et Pacheco ont allié leur talent et peut-être aussi à un grand bas-relief de Roldan peint par Valdes Leal sous la direction de Murillo (PL LXXVII et ci-dessous, p. 190).