ALONSO CANO
statues antiques que renfermait le palais du duc d'Alcala, la célèbre Casa de Pilatos. De cette première époque, datent plusieurs retables de Séville, notamment deux retables de Santa Paula que, dit-on, il projeta, sculpta, dora et peignit à lui seul. II avait à peine vingt-six ans. L’exagération paraît maniieste. Outre qu’Alonso Cano fut aidé par Gaspar de Ribas, qui travaillait avec lui dans l’atelier de Montanes, certaines figures des deux autels paraissent être delà main du grand sculpteur qui lui prodigua tout au moins ses conseils. Du reste, il semble qu’entre le maître et l'élève il régna toujours des relations d’une étroite amitié. C’est ainsi qu’Alonso Cano ayant eu besoin d'un expert en i6j6 pour débattre la valeur d’un retable que lui avait commandé la paroisse de Lebrija, choisit Montanes qui en fixa la valeur à j 250 ducatsC
L’année suivante, Alonso Cano, qui ne souffrait à ses côtés d’autre supériorité que celle de son professeur, eut une querelle avec Don Sébastian de Llano y "V aides dont les succès l'offusquaient. 11 le défia et le blessa. Ce fut le début d'une vie dont l’agitation contraste avec l’existence tranquille de ses maîtres et de ses prédécesseurs. Obligé de fuir Séville, il se réfugie à Madrid auprès de son ami et condisciple 'Velasquez, obtient la protection du comte ducd’Olivareset devient le professeur du prince Balthasar.
En 164 J, il est à Tolède pour y solliciter la maîtrise de l’œuvre de la cathédrale. 11 ne l’obtient pas et retourne à Madrid. On l’y accuse, dit-on, d’avoir assassiné sa femme*. Mais, après avoir subi la torture, son innocence ayant été reconnue, il est nommé Majordome de la confrérie de Nuestra Seîîora de los Dolores. Ce fut l’occasion de nouveaux ennuis et d'une condamnation à cent ducats d’amende pour avoir refusé d’assister à la procession de la semaine sainte à côté des alguazils de la cour. Depuis ses démêlés avec les tribunaux, il n’aimait pas le voisinage de la police.
Alonso Cano quitte la capitale, passe de nouveau à Tolède, traverse 'Valence, Malaga, paraît à Madrid et revient à Grenade dans le dessein d’embrasser la vie ecclésiastique et de se reposer de ses aventures. Il y obtient en effet un bénéfice sanctionné par un décret royal du 1 1 septembre 1651 sous la réserve qu’il aura pris les ordres dans le délai d'un an’. 11 atermoie, se dérobe et, comme le bénéfice lui est enlevé, il se rend à la cour pour y porter ses doléances. Là, Alonso Cano trouve l’évêque de Salamanque et, de guerre lasse, reçoit de ses mains
le sous-diaconat. Le roi lui restitue le bénéfice avec un rappel des arrérages dont il n'avait pas joui — la cédule est du 14 avril 1658 — et il prend enfin possession de la charge qu'il garde jusqu'à sa mort survenue le 5 octobre 1667
Quelques traits de la vie d'Alonso Cano achèveront la peinture de ce singulier caractère.
On l'a vu payer une amende de cent ducats, somme énorme pour l’époque, plutôt que d'assister à une procession à côté des alguazils royaux. Dans une autre circonstance, il risque le bûcher, — l'exemple de Torrigiano tend à le prouver, — pour avoir brisé un saint Antoine qu’il vient de terminer et dont le juge-auditeur du Saint Office discute le prix. 11 refuse de terminer le chœur de la cathédrale de Malaga et quitte la ville sans l’achever pour une raison analogue. A son lit de mort, il repousse plein d'horreur le crucifix que le prêtre lui présente à baiser sous prétexte qu’il est vulgaire et trop laid et demandant une simple croix de bois, il la presse sur son cœur".
Malgré son caractère inquiet et violent, Alonso Cano était aimant et charitable. Jamais on ne fit un vain appel à sa pitié ; quand il n’avait pas d’argent, c’était souvent son cas, il prenait le crayon et donnait un dessin ‘L Jamais un maître ne porta plus d’intérêt à ses élèves. 11 les soutenait de ses conseils, travaillait à leurs œuvres'’, souvent même les terminait, et, quand il se présentait dans leur vie un pas difficile, il les aidait à le franchir. Un père ne se fût pas montré plus attentif. Les contradictions dans son tempérament expliquent la douceur et la tendresse que l’on observe dans ses œuvres comme son amour de l’indépendance donne la raison de son existence agitée.
De la période de sa vie où Alonso Cano subit l’influence de Montanes et de Pacheco et par contre-coup celle de Raphaël pour qui, sa vie durant, il professa une admiration sans bornes, il reste, comme je l’ai dit, les deux retables de Santa Paula dont l'un surmonte l'autel de saint Jean-Baptiste {phot. 263) et l'autre, celui de saint Jean l'Évangéliste. On connaît encore une Conception placée sur la porte des religieuses de ce nom une seconde appartenant à la paroisse de San Andres'^ (phot. 264) et quelques œuvres de moins grande valeur. Afin de bien caractériser la première manière du maître, je joindrai à la Conception de la paroisse de San Andres un enfant Jésus malheureusement habillé d'une robe de satin qui cache le corps et l'alourdit {phot. 265).
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M.ilgré son caractère inquiet et violent, Alonso Cano était aimant et chari- '..ible Jamais on ne fit un vain appel à sa pitié ; quand il n’avait pas d'argent, c'était soiuent son cas. il prenait le crayon et donnait un des.sin ". Jamais un maître ne pr>rta plus d'intérêt à .ses élève.- >1 k - o oit. de ses conseils, trav.ullaii à leurs œuvres", .souvent mêu» i ; o.: ..'- iv i -^..iind il se présentait
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