‹ La statuaire polychrome en Espagne; illustré de quatre-vingts planches tirées hors texte et de trois planches en couleursChapitre 84 sur 171 · GROUPE DE SAINTE ANNE, DE LA VIERGE ET DE L’ENFANT JÉSUS · texte numérisé non relu

GROUPE DE SAINTE ANNE, DE LA VIERGE ET DE L’ENFANT JÉSUS

seulement il est enveloppé d’une ombre si épaisse qu’à moins de s’aider d'une lumière artificielle on ne peut l'y deviner, mais la chapelle où il se trouve est défendue par une grille qui ne s’ouvre jamais, sauf aux heures des offices pour laisser passer le prêtre et son enfimt de chœur. Je ne serais pas surpris que les dignitaires du chapitre ne le cachent comme ils le font des trésors confiés a leur garde.

La Vierge assise sur l’un des genoux de sainte Anne serre l’enfant Jésus dans ses bras. Tel est le sujet. Les trois générations sont ainsi réunies dans une composition pleine de grâce et d'abandon fPl. LXXVI et phot. 269).

Le style général des draperies comme la polychromie font songer de suite à Montanes, de qui la cathédrale de Grenade possède un très beau crucifix. D’autre part, la beauté juvénile de Marie, la douceur exquise répandue sur les trois visages de l'aïeule, de la mère et de l’enfant, la ressemblance de la Vierge avec la Purisima, le caractère raphaélesque de l'œuvre, la petite dimension des figures — elles sont demi-nature — ramènent invinciblement la pensée vers Alonso Cano.

La Vierge est très blonde et porte sur la tête un turban de gaze blanche rayée de noir dont les pans sont terminés par une frange d’or. La robe rouge clair, damassée d’or est à peine cachée par une draperie bleu indigo, également brochée d’or, ramenée sur l’épaule droite, le genou et le liane gauches. Sainte Anne est vêtue d’une robe noire brodée d’or convenable à la gravité d’une grand’mère. Sa mante en tissu léger est brun-rouge comme la tunique de la Vierge, mais d’une teinte plus foncée et couverte d’un damas plus discret. Quant au visage et aux mains des trois personnages et au corps de l’enfant, ils rappellent par leur délicatesse les médaillons d’Alonso Cano que l’on ne se lasse pas d'admirer dans la chapelle de la Trinité de la même cathédrale. Cette comparaison que j’ai pu faire à loisir me paraît décisive en faveur de l’attribution que je propose. Le fauteuil où l’aïeule est assise paraît avoir été ajouté après coup. 11 est en bois doré et recouvert d’une étoffe rouge avec des fleurs et des feuillages de couleurs variées.

Alonso Cano n’est pas le seul sculpteur qui ait songé à grouper les trois générations et à faire porter à l’aïeule sa fille et son petit-fils. A Burgos, dans la chapelle du Condestable, j’ai déjà signalé l’autel de Santa Ana, où le motif

LA STATUAIRE POLYCHROiME EN ESPAGNE.

central se compose de sainte Anne tenant dans ses bras Marie qui soutient ellemême l’enfiint Jésus (PI. XIX). La seule distinction entre les deux groupes tient à leur composition. A Burgos, l’artiste en a plutôt exalté la forme paradoxale; à Grenade, il La surtout atténuée.

Josef de Mora, dont le nom vient d’être cité presqu’aussi souvent que celui d’Alonso Cano, avait vu le jour à Mayorqueen 1638 "L Après avoir reçu les leçons de son père Bernardo de Mora, il entra dans l’atelier d’Alonso Cano. Plus tard, il se rendit à Madrid où il fut nommé sculpteur de Charles II; mais sa santé l’ayant forcé de quitter la capitale, il reprit le chemin de Grenade et y demeura jusqu’à sa mort, survenue en 1725. Un trait assez curieux nous est rapporté par ses contemporains. Personne, pas même ses amis intimes, ne le voyait travailler et quand il était dans son atelier avec le modèle la porte en était verrouillée Il se cachait, sans doute, pour copier à loisir les plâtres de son maître et peut-être même pour en solliciter les conseils et en accepter le concours.

Je n’insisterai ni sur les saint Bruno, ni sur une Conception de la Cartuja de Grenade, je ne reparlerai pas de la Dolorosa de Santa Ana; mais il est dans cette dernière église une statue du même artiste qui présente des caractères personnels et qui par cela même est intéressante à considérer. C’est un saint Pantaléon placé comme la 'Vierge dans une niche fermée par une glace, précaution bien rare en Espagne et significative en tous pays [phot. 270).

L’artiste pour spiritualiser la figure du saint, martyrisé fort jeune, choisit, semble-t-il, une femme pour modèle. Aussi bien, le visage, les mains, les lignes du corps ont-elles une élégance d ’un caractère très accusé et une grâce qu’atténue à peine la sévérité du regard. 11 est regrettable que les plis des vêtements présentent des sécheresses et que le travail de l’outil soit trop apparent. Le modelé des jambes et des pieds laisse également à désirer.

La polychromie du saint Pantaléon est étudiée au point de dissimuler les imperfections du modelé. Elle appartient au style remis en honneur par Pacheco, c’est-à-dire qu’elle est mate, sobre et ne comporte pas de rehauts d’or. La tunique brun rouge avec des reflets carminés est encadrée dans les plis d’un manteau noir. Les chausses sont noires également. Des souliers en cuir fauve et un col et des manches en toile d’un blanc un peu roux complètent ce costume sévère.

F.A STATU.', IRH POLYCHROME EK ESP.AGNR.

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Je n'insisterai ni sur les saint Bruno, ni sur une Conception de la Cartuja de Grenade, je ne reparlerai pas de la Ddorosa de Santa Ana; mais il est dans cette dernière église une statue du même artiste qui présente des caractères pet «.innels et qui par cela même est intéressante à con'idérei . C'est un saint Pantalon placé comme la Vierge dans une niche fermée p.;r une glace, précaution bien rare en Espagne et significative en tous pays 'e-Y-/ 270;.

L’artiste pour spiritualiser la figure du saint, mar’.vM.sé fort jeune, choisit, scmble-t-il, une femme pour modèle. Aussi bien, le M.sage, les mains, les lignes du corps ont-elles une élégance d 'un caractère très accusé et une grâce qu’atténue à peine la sévérité du regard. 11 est regrettable que les plis des vêtements présentent des sécheresses et que le travail de l’outil soit trop apparent. Le modelé des jambes et des pieds laisse également à désirer.

La polychromie du saint Pantaléon est étudiée au point de dissimuler les imperfections du modelé. Elle appartient au style remis en honneur par Pachcco, c’est-à-dire qu’elle est mate, sobre et ne comporte pas de rehauts d’or. La tunique brun rouge avec des reflets carminés est encadrée dans les plis d’un manteau noir. Les chausses sont noires également. Des souliers en cuir fauve et un c<jltôlT{iè9inaaL'lr«iAâî;-itoaT3(r un- bWi(d<iln3^t>#i;tT)ux complètent ce costume

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PEDRO DE MENA Y xMEDRANO.

Certes, il serait plus agréable de s’arrêter devant une statue parfaite. Celle-ci pourtant est d’un grand intérêt, parce qu’elle permet de faire le départ entre les œuvres originales de Josef de Mora et celles qu’il a copiées et d’éclaircir le doute qui plane sur certaines figures dont il vient d’être parlé. Si elles ne sont pas d’Alonso Cano, elles reproduisent avec fidélité un original du maître, et, en tous cas, ne sauraient être rangées parmi les œuvres personnelles de son élève.

La réputation d’Alonso Cano avait attiré les Mora de Mayorque à Grenade'^ Elle eut encore pour effet d’y appeler Pedro de Mena y Medrano. 11 habitait les Alpujaras et y avait une clientèle nombreuse, quand, ayant appris en 1652 qu’Alonso Cano avait reçu une prébende dans la cathédrale de Grenade, il eut la curiosité de connaître le bénéficiaire d'une pareille faveur. A la vue des œuvres du maître, son enthousiasme fut si profond qu’il le supplia de l’admettre au nombre de ses élèves. Alors, il fit venir sa famille à Grenade, s’y installa, recommença ses études et n’accepta pas de nouvelles commandes avant d'en avoir été jugé digne. Alonso Cano, qui estimait le caractère de Pedro de Mena comme il appréciait son talent, lui céda désormais les travaux qu’il ne pouvait ou qu’il ne voulait pas accepter. En ce cas, il l’aidait de ses conseils, il lui donnait même des dessins et des maquettes. C’est dans ces conditions qu’il le chargea d’exécuter quarante statues destinées au chœur de la cathédrale de Malaga qu’il s’était refusé de finir. Pedro de Mena employa quatre ans à ce travail — de 1658 à 1662 — -, qui lui fut payé 40000 féaux. Plus tard, il y ajouta les images de saint Blas et de saint Julien taillées dans des blocs de cèdre provenant de Séville. Dès 166 j, il avait été nommé sculpteur du chapitre de Tolède. C'est à cette occasion, sans doute, qu’il dota la cathédrale de la célèbre statuette de saint François {phot. 271, 272) attribuée bien à tort à son maître.

Ces travaux et ceux qu’il avait entrepris à Grenade pour les religieuses del Angel avaient mis Pedro de Mena en évidence. A la mort d’Alonso Cano, survenue en 1667, sa réputation s’accrut encore. Le prince Don Juan d'Autriche le fit venir à Madrid et lui demanda, pour l’offrir à la reine-mère, une 'Vierge del Pilar avec saint Jacques à ses pieds. Ce groupe eut un tel succès à la cour que le prince Doria, lui ayant commandé un crucifix, envoya cette œuvre en Italie où elle fut hautement appréciée. Honneur bien rare et que seul peut-être Pedro de Mena connut à cette époque.

Revenu en Andalousie au cours de 1675, l’artiste se fixa d’abord à Cordoue, puis il chercha tour à tour à Grenade et à Malaga un climat favorable à sa santé compromise. 11 mourut enfin en 169^.

Outre les statues et les retables qui viennent d’être énumérés et où l’on trouve les qualités d'un maître qu’il s’appliqua toujours à copier, Pedro de Mena est l’auteur d’œuvres nombreuses toutes d’une facture excellente, mais où l’inspiration fait défaut. Ainsi que Josef de Mora son camarade d’atelier, il s’en remettait à Cano de penser pour lui comme il lui demandait de guider son crayon et sa gouge. Peut-être un saint François conservé à Salamanque, la statue équestre de saint Jacques placée dans une chapelle de la cathédrale de Grenade et les statues orantes des Rois Catholiques appartenant à la même église oflrent-elles quelques caractères personnels, mais ils sont encore bien effacés. Jamais trois âmes d'artistes ne furent unies d'une manière aussi intime que celles d'Alonso Cano et de ses deux élèves. L’école de Grenade dut à cette circonstance bien rare de garder une unité exceptionnelle et de conserver avec l’école-mère des traits de parenté ineffaçables.

A l’époque où Alonso Cano et ses disciples fleurissaient à Grenade, Pedro Roldan perpétuait à Séville les grandes traditions de l’atelier de Montanes. Il était né dans cette ville en 1624, avait reçu les suprêmes conseils du maître et complété son éducation à l’académie fondée par Murillo et installée dans la Casa Lonja. La décadence de l’architecture et de la sculpture décorative s’accusait déjà, mais Roldan dut à ses premières études d’échapper à la contagion. Loin d’en subir les atteintes, il prit une place hors pair parmi ses contemporains, non qu’il l’emportât en science ou en habileté sur les grands maîtres; il les surpasse seulement dans l’art de composer un bas-relief et de grouper les personnages. Les deux œuvres où s’affirme sa supériorité sont le retable de la paroisse de l’église métropolitaine de Séville et celui de l’hôpital de la Caritad.

Les architectes et les sculpteurs des xv' et xvi' siècles avaient légué à leurs successeurs une forme consacrée par de si nombreux chefs-d’œuvre que ceux-ci l’avaient longtemps respectée. On ne saurait nier la grandeur et le charme de ces premières compositions où les tableaux étaient encadrés de dentelles et de pinacles ajourés. Tout autre fut le retable, le jour où l’Espagne se convertit au

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Les architectes et les sculpteurs dos xv' et xvi' siècles avaient légué, à leurs successeurs une forme consaciéc par de si nombreux chefs-d’œuvre que ceux-ci l'avaient longtemps re.spectéc. On ne saurait nier la grandeur et le charme de ces premières compositions où les tableaux étaient encadrés de dentelles et de pinaç^t^AIvâdfffÂS ftiuti4tij;xjl'^!>n£l'î^t'l‘^i jour où l’Espagne se convertit au

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