THÉRÈSE LEVASSEUR
elle fut bientôt franchie. Il fallait à Jean-Jacques quelqu'un qui lui remplît le cœur, qui lui procurât la douceur de la vie domestique et privée, qui remplaçât enfin cette pauvre maman avec laquelle il ne devait plus vivre. Thérèse fut ce quelqu'un. Il la trouva sous sa main, il la prit moitié par besoin, moitié par affection, la jugeant à la fois sensible, simple et sans coquetterie. Il lui déclara tout d'abord qu'il ne l'abandonnerait ni ne l'épouserait jamais, et il tint parole, en droit du moins, sinon en fait.
L'ignorance et les naïvetés de Thérèse étaient proverbiales; Jean-Jacques perdit sa peine à vouloir lui former l'esprit. -En revanche elle avait un mérite suffisamment appréciable à ses yeux, elle était bonne ménagère, et plus d'une fois il lui dut d'excellents conseils. Malheureusement il y avait derrière elle toute une famille dont le désintéressement était loin d'être égal au sien : tout ce que faisait Rousseau pour Thérèse était effrontément détourné par la mère de celle-ci au profit de ses autres enfants. Ce fut pour notre philosophe une charge écrasante et dont jamais il n'eut le courage de se débarrasser entièrement.
Il travaillait alors à son opéra des Muses galantes, autre chimère sur laquelle il avait encore fondé l'espoir de sa fortune. Acette époque comme aujourd'hui, faire jouer une pièce au théâtre n'était pas chose facile. Il se vit pourtant un jour à la veille de voir